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Scandale. L’Etat français complice des versements de l’entreprise Lafarge à Daech

Rebondissement dans l’affaire Lafarge, un document de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) révélé par Libération prouve que le gouvernement français avait connaissance des affaires de Lafarge avec Daech.

mercredi 14 juillet

Crédits photo : AFP

Depuis 2017, la multinationale française Lafarge, spécialisée en matériaux de construction et cimenterie est mise en examen dans le cadre de son activité en Syrie. Lafarge est soupçonnée d’avoir versé près de 13 millions d’euros entre 2013 et 2014 à l’Etat islamique et au Front al-Nusra affilié à Al-Qaeda pour maintenir la production de son usine de Jalabiya en Syrie alors en pleine guerre, d’avoir vendu plusieurs dizaines de milliers de tonnes de ciment à Daesh et d’avoir payé des intermédiaires afin de se fournir en matières premières auprès des djihadistes. L’entreprise est mise en examen pour financement du terrorisme, violation d’un embargo en 2019 et mise en danger de la vie de salariés. Elle était aussi poursuivie pour complicité de crime contre l’humanité mais cette mise en examen a été annulée par la cour de Paris en 2019, une annulation sur laquelle la Cour de cassation doit se prononcer jeudi.

L’affaire Lafarge constitue à ce titre un exemple frappant des liens existants entre les entreprises du CAC 40 et l’État islamique, et du jusqu’au-boutisme des multinationales pour maintenir leurs profits n’hésitant pas à mettre la vie de leurs salariés en danger pour conclure des contrats juteux avec les groupes terroristes.

Au-delà, c’est l’implication de l’État français qui est interrogée. Jean-Claude Veillard, ancien directeur sûreté de Lafarge, révélait déjà que le ministère des Affaires étrangères et la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) étaient au courant que le fleuron du capitalisme français et des investissements français en Syrie finançait Daech. De même Christian Herrault, ancien directeur général adjoint opérationnel du groupe Lafarge témoignait des contacts réguliers avec l’État français et la DGSE : « On allait voir, tous les six mois, l’ambassadeur de France pour la Syrie [à Paris] et personne ne nous a dit : "Maintenant, il faut que vous partiez". Le gouvernement français nous incitait fortement à rester, c’est quand même le plus gros investissement français en Syrie », affirmait-il.

Or, d’après des révélation de Libération, une note de la DGSE, émanant de la direction de la stratégie de ce service de renseignement et estampillé « confidentiel défense » corrobore ces liens et « atteste que l’État avait connaissance d’un accord passé entre le cimentier et l’organisation terroriste dès l’été 2014 », soit avant la prise de contrôle de l’usine par l’État islamique. La note, qui mentionne un correspondant, précise : « Daech vient de les autoriser à reprendre les activités commerciales et donc transiter sur les routes du nord de la Syrie entre Membij, Aïn Issa, Raqqah, Deir ez Zor et Qamishli. Derrière cette autorisation il y a un "agreement" […]. L’agreement consiste bien entendu à fixer un prix fixe et une variable à la tonne transportée ».

Ce véritable scandale d’État montre encore une fois toute la réalité impérialiste qui se cache derrière la « lutte contre le terrorisme islamiste ». Ce chiffon agité par l’État français pour justifier ses interventions militaires à l’extérieur et le renforcement autoritaire à l’intérieur, cache donc les intérêts capitalistes et impérialistes que le gouvernement français est prêt à sécuriser coûte que coûte. Jusqu’à trouver des accords avec son « ennemi désigné » contre qui les dirigeants politiques bourgeois affirment « être en guerre ».

Une hypocrisie d’autant plus crasse que des membres du gouvernement français se lancent à des cabbales médiatiques et des procès en « islamo-gauchisme » pour fustiger la « complicité intellectuelle du terrorisme » qui « gangrènerait » les universités comme l’a affirmé Jean-Michel Blanquer. S’il on attend encore les preuves d’une telle complicité des « islamo-gauchistes » avec le terrorisme islamiste, la complicité de l’État français avec ce dernier est aujourd’hui indéniable.




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