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Monde

Les capitalistes ne perdent pas le nord

Scandale. Les Etats-Unis et l’Allemagne se disputent le monopole d’un vaccin contre le Coronavirus

En pleine pandémie mondiale, l’urgence devrait être la coopération. Cette dispute inter-impérialiste montre encore une fois que la logique capitaliste va à l’encontre des intérêts de l’humanité.

lundi 16 mars

Le journal allemand Dei Welt a révélé ce dimanche que le président des Etats Unis, Donald Trump, serait en train de déployer des moyens financiers considérables pour convaincre un laboratoire privé allemand, CureVac, de délocaliser ses recherches pour trouver un vaccin contre le Coronavirus vers les Etats Unis. L’objectif du gouvernement nord-américain serait d’obtenir le monopole d’un tel vaccin et, selon le journal allemand, de le commercialiser exclusivement aux Etats Unis. Plus tard, un responsable américain, tout en affirmant que les Etats Unis travaillent avec plusieurs laboratoires et qu’ils continueront à le faire, a dû clarifier qu’il n’a jamais été question d’utiliser un tel vaccin seulement sur le sol étatsunien.

Ces révélations ont déclenché des réactions scandalisées de la part de politiciens allemands mais aussi beaucoup d’indignation au niveau international. Le ministre de la santé allemand a sorti un communiqué sur lequel on peut lire : « Le gouvernement allemand est très intéressé à ce que le développement de vaccins et de substances actives contre le nouveau coronavirus soit effectué en Allemagne et en Europe ». Le porte-parole du Parti Social-démocrate allemand en charge de la politique sanitaire, Karl Lauterbach, a écrit sur Twitter à propos de cette nouvelle : « Le capitalisme a des limites (…) Nous ne pouvons pas continuer à dépendre des médicaments chinois et américains. Notre politique en matière de recherche doit changer ».

Ces mots relèvent d’une pure démagogie. Les partis du « centre » en Allemagne ne sont pas en train de faire un tournant « anticapitaliste ». Comme Macron ici en France qui a revendiqué l’Etat-providence et un secteur de la santé échappant aux logiques marchandes, les politiciens allemands « pestent » contre cette logique purement capitaliste seulement pour mieux servir leur propres intérêts capitalistes. N’oublions pas que Merkel a joué un rôle central dans l’imposition de politiques d’austérité dans plusieurs pays européens, comme la Grèce, qui ont abouti à la destruction des systèmes sanitaires nationaux.

En effet, la crise du Coronavirus, par son caractère disruptif et planétaire, est en train de révéler devant les yeux de milliards de personnes les contradictions du capitalisme. Alors que des milliers de personnes sont déjà mortes, l’épidémie au lieu de faire baisser les tensions internationales est en train d’accentuer les frictions géopolitiques, d’accélérer les tendances à la crise économique. Dans ce contexte, pour les puissances impérialistes trouver un vaccin contre le Covid-19 ne relève pas d’un enjeu majeur de santé publique mais d’un enjeu de la concurrence inter-impérialiste entre les Etats Unis et l’Allemagne et les autres puissances européennes.

Ni les Etats Unis, ni l’Allemagne n’auraient intérêt à commercialiser un tel vaccin exclusivement sur leur territoire. Au contraire, il s’agit de conquérir le monopole du vaccin afin d’empocher des milliards de bénéfices sur le dos de la santé de centaines de millions de personnes à travers le monde.

La pandémie avance à une grande vitesse contaminant des centaines de milliers de personnes à travers la planète. Cette situation dramatique et inquiétante exigerait la collaboration de toute la communauté scientifique de tous les pays et de tous les Etats, débloquant les moyens financiers et humains nécessaires pour contenir l’avancée du virus et pour en trouver un remède au plus vite. Mais au contraire de cela, la logique capitaliste amène la bourgeoisie à pousser jusqu’au bout sa « tendance naturelle » à la concurrence et à la recherche de profits. La logique capitaliste est en train de montrer encore une fois qu’elle est contradictoire avec les intérêts non seulement des travailleurs ou de la majorité de la population mais de l’humanité elle-même.

Mais les différents politiciens, gouvernements et régimes et le capitalisme lui-même ne sortiront pas indemnes de cette crise. Après cette pandémie le monde ne sera sans doute pas le même. Et une contestation des politiques néolibérales appliquées partout depuis plusieurs décennies aura inévitablement lieu. Cependant, cela ne veut pas dire qu’elle sera forcément progressiste. Au contraire, les forces réactionnaires du capitalisme ne resteront pas passives. Une nouvelle course de vitesse entre les tendances réactionnaires et progressistes est déjà en « incubation ».




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