^

Jeunesse

Scandale des partiels à Paris 1 : la Présidence menace de suspendre la bourse

Alors que le 5 mars dernier les étudiants de l’École de Droit de la Sorbonne recevaient les résultats des partiels du premier semestre, un véritable combat débutait pour une centaine d’entre eux. Envoyés aux rattrapages pour avoir déposé leurs copies avec quelques secondes de retard, la présidence de l’Université Paris 1 continue sur cette lancée méprisante en menaçant les élèves boursiers de communiquer leur défaillance au CROUS, entraînant la suspension immédiate de leur bourse et le remboursement des sommes versées.

jeudi 18 mars

Crédit Photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Si la présidence fait la sourde oreille face aux contestations massives des étudiants et de certains professeurs, obligeant certains à se tourner vers des recours administratifs qu’elle sait longs et onéreux pour des jeunes de vingt ans subissant la crise de plein fouet, celle-ci ne perd pas le nord quand il s’agit de frapper les élèves les plus précaires.

En plus d’utiliser la défaillance comme un prétexte pour faire le tri parmi les élèves de 1ère et 2ème année de droit, l’École de droit de la Sorbonne bénéficie du soutien de la Présidence de l’Université Paris 1, qui enjoint sans aucun scrupule de couper les vivres aux étudiants boursiers concernés.

En effet, c’est une lettre actée du 10 mars 2021 qui alerte une élève boursière en 2ème année de droit, dans laquelle la présidence de l’Université Paris 1 lui explique que suite à sa défaillance et sans justificatifs de sa part, « le versement de la bourse peut être suspendu et son montant partiel ou total, réclamé. »

Dans son cas, seule une attestation de présence aux examens peut constituer une pièce justificative. Cependant, l’élève a été notée automatiquement absente suite au retard de quelques secondes dans le dépôt de sa copie sur la plateforme numérique de l’Université. Comme de nombreux autres étudiants, sa copie a été écartée par le jury de délibération.

« Veuillez me faire parvenir les pièces justificatives, accompagnées du présent courrier avant le 24 mars 2021. Tout autre justificatif n’est pas recevable. », conclut la présidence de l’Université Paris 1 dans son courrier.

Mais comment prouver qu’elle a bien composé ce jour-là ? L’élève est mise au pied du mur : elle ne peut se procurer un tel justificatif, car l’université est incapable de le lui délivrer.

Déconcertée, elle s’exprime sur le groupe de soutien que les élèves défaillants ont créé : « Ils ont besoin de mes relevés de notes sinon ils enlèvent ma bourse : j’ai des ABI (absences injustifiées) partout je fais comment ? » Parmi les étudiants, cette annonce a fait l’effet d’une bombe.

Un élan de solidarité a émergé sur Twitter, notamment grâce à un compte anonyme créé spécialement pour dénoncer la situation. Un thread récapitulant celle-ci a suscité plus de 18k retweets et provoqué d’innombrables réactions de dégoût émanant d’étudiants venus de toute la France. Un seul mot d’ordre : « la honte ». Un phénomène de solidarité qui rappelle la libération de la parole de la jeunesse sur Twitter à propos de leur détresse, leur précarité, et les violences sexistes et sexuelles, expression progressiste du combat contre dans les universités.

La colère est grande mais la présidence semble miser sur l’isolement des étudiants du fait de la fermeture des universités. Une étudiante s’exprime d’ailleurs en ce sens : « notre moyen de pression en tant qu’étudiants c’était les blocages, les AG, les grèves, la retenue des notes, les cours-détournés. Aujourd’hui on n’a plus rien, et des administrations comme celle de Paris 1 pensent pouvoir faire ce qu’elles veulent. »

Tandis que pendant ce temps la directrice de l’École de Droit de la Sorbonne Agnès Roblot-Troizier se réjouit dans un article publié par Le Monde que « les épreuves réalisées à distance ont convaincu les étudiants de composer. Il n’y a pas eu de copie blanche ou non rendue », alors que c’est précisément son établissement qui considère des centaines de copies comme non rendues à cause de quelques secondes de retard suite à un bug informatique, les étudiants rient jaune.

Entre la situation factuelle des étudiants, qui à l’apogée de leur précarité se voient opposer une réforme des APL, s’entassent chaque jour dans les files de distribution alimentaires, souffrent de dépression et de décrochage scolaire, et la présidence de l’Université Paris 1 qui ne trouve d’autre idée que de suspendre la bourse de ses étudiants les plus précaires, il y a un fossé, dans lequel les étudiants précaires sont visiblement les premiers à être poussés.




Mots-clés

Université Paris 1   /    Partiels   /    Sélection à l’université   /    Précarité   /    Jeunesse