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Scandale des partiels à Paris 1 : une minute de retard et c’est les rattrapages

Il y a une semaine tombaient les résultats des partiels en ligne des étudiants en 1ère et 2ème année de Droit à Paris 1. Après deux mois d’attente une centaine d’étudiants a eu la surprise de trouver la mention « défaillance » sur son relevé de notes au motif de retard sur les rendus. Une méthode de sélection scandaleuse qui ne dit pas son nom.

jeudi 11 mars

Crédit Photo / AFP

La raison d’une telle défaillance ? Lorsque les copies des étudiants présentaient un retard de dépôt sur la plateforme numérique, la direction de l’École de Droit de la Sorbonne les a automatiquement écartées. Pour les étudiants, c’est la douche froide. En effet, la défaillance signifie leur convocation directe aux rattrapages en juin, sans possibilité de compensation entre les semestres. C’est habituellement la sanction infligée aux étudiants ayant eu plusieurs absences injustifiées ou ne s’étant pas présentés à un partiel.

Pourtant, les élèves en question ont bien composé ce jour-là. Malgré les difficultés du système en distanciel et le cruel manque de contact social à l’université, ils se sont accrochés et ont passé toutes les épreuves. Seulement, l’École de Droit de la Sorbonne, fidèle à sa politique élitiste et pro-sélection, a trouvé un moyen efficace pour faire du tri parmi les élèves : sanctionner le retard avec lequel ils ont déposé leurs copies.

« J’ai rendu mon devoir avec 28 secondes de retard et je n’ai pas été corrigée… » témoigne une élève de 2ème année, anéantie par l’absurdité de cette décision. Une autre étudiante de L2, défaillante pour 2 minutes de retard dans le rendu de sa copie surenchérit : « Aujourd’hui je me sens juste déshumanisée par l’administration. J’ai le sentiment de ne pas être considérée ».

« C’était mon premier réel examen car l’année dernière, on a pas passé le bac. On ne connaît pas le système des études supérieures. J’étais extrêmement assidu et impliqué dans cette matière et là, je suis juste dégoûté. À cause d’une simple erreur technique, je me retrouve défaillant », raconte un élève en 1ère année de Droit-Philosophie. Il ajoute : « si on avait été en présentiel, il n’y aurait eu aucun soucis, j’aurais lâché mon crayon à l’heure. »

Une décision du jury méprisante et brutale quand l’on sait dans quelles conditions certains élèves étaient contraints de composer : saturation du serveur, connexion internet limitée, famille nombreuse… Nombre d’éléments sont de nature à justifier un léger retard dans le dépôt d’une copie dématérialisée.

Après un mouvement de panique générale et d’incompréhension, les élèves ont massivement demandé des comptes à la scolarité. La seule réponse que cette dernière a été capable de leur donner, est un mail automatique et impersonnel, marquant une fois de plus son mépris à l’égard des étudiants.

Du côté des professeurs, la plupart baissent les yeux devant cette décision autoritaire de l’École de Droit, tendant nettement à la culpabilisation des élèves. Un professeur, néanmoins, répond à une élève :

« À titre personnel, j’ai corrigé toutes les copies reçues. Cependant, nous avons appris que L’École de droit avait décidé que les copies rendues avec du retard ne devaient pas être corrigées. Certains professeurs et moi-même avons exprimé notre désaccord absolu avec cette décision ; nous n’avons pas été suivis. »

En parallèle, les élèves en Master et en 3ème année ont été épargnés par ces sanctions autoritaires, en bénéficiant d’une certaine tolérance concernant les retards, laquelle reste ridicule puisque celle-ci n’est que de 4 minutes.

Mais l’incohérence de l’EDS ne s’arrête pas là : au sein même des promos de 1ère et 2ème années de droit, les élèves n’ont pas tous reçu la même sanction : certains sont défaillants, d’autres sont en situation d’absence injustifiée mais il y a aussi plusieurs d’entre eux qui ont « simplement » reçu la note de 0.

La décision de l’Université justifiée par « des raisons tenant à l’égalité des étudiants face aux épreuves » est donc d’autant plus vécue comme une violence par les élèves qui voient des sanctions différentes appliquées à des situations identiques.
De quelle égalité parle-t-elle ? Ironie du sort pour des étudiants en droit auxquels on apprend ce principe dès les premiers cours magistraux.

La logique de sélection que l’École de Droit de la Sorbonne est en train de mener illustre à quel point les étudiants sont actuellement délaissés à des fins pratiques et élitistes. Le choix de la défaillance comme sanction n’est d’ailleurs pas anodin, puisqu’il peut entraîner pour les étudiants boursiers une perte de la bourse et le remboursement d’une partie des montants versés. Encore une fois, il semble que c’est aux étudiants de payer la crise.

Après qu’il ait fallu batailler pour que la présidence abandonne l’idée des partiels en présentiel, le passage en distanciel apparaît finalement comme un moyen pour l’Université de justifier des pratiques autoritaires alors que les étudiants ont justement, plus que jamais, besoin de soutien. Alors que la gestion de la crise sanitaire a récemment montré ses funestes conséquences sur les étudiants, avec plusieurs suicides en France, c’est à un jeu dangereux que l’Université Panthéon-Sorbonne décide de jouer.

Le message est de plus en plus clair : l’Université est en train de mener une politique d’écrémage qui ne dit pas son nom. Suite à l’année scolaire 2019-2020 marquée par le confinement et le manque de moyens accordés aux universités pour assurer des cours décents, la logique de sélection habituelle des premières années de licence n’a pas pu être effectuée. C’est donc cette année que tout se joue pour l’EDS, qui se donne le défi d’évincer le plus de nouveaux étudiants possible pour atteindre des effectifs se rapprochant de la « normale », voire sélectionner davantage pour réduire les rangs étudiants et ainsi les nouveaux diplômé en plein boom du chômage.




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