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Gestion coloniale

Scandale du chlordécone aux Antilles. Le parquet de Paris protège l’État et requiert un non-lieu

Contaminant les Antilles depuis 1972, le chlordécone, pesticide qui empoisonne toujours ses habitants aujourd’hui, avait déclenché un scandale d’État au début des années 2000. Jeudi 24 novembre, le parquet de Paris a pourtant requis un non-lieu dans l’affaire, couvrant de fait la responsabilité de l’État français dans ce scandale sanitaire.

30 novembre 2022

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Le parquet de Paris a rendu son réquisitoire définitif, jeudi 24 novembre, après 16 ans de procédure dans l’affaire du chlordécone. Un non-lieu a été requis par le parquet de Paris, au grand dam des associations antillaises qui avaient déposé plainte en 2006 pour « empoisonnement », « mise en danger de la vie d’autrui », « administration de substance nuisible » et « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation des marchandises ». En avril 2022, les juges d’instruction parisiens du pôle santé publique avaient annoncé la clôture de leurs investigations sans avoir procédé à des mises en examen, préparant l’annonce faite ce jeudi.

Ce scandale sanitaire risque donc d’être enterré sans même qu’un procès se tienne afin d’établir les responsabilités de l’État français dans l’empoisonnement de la population des Antilles, et la pollution pour des siècles des terres antillaises. La décision définitive est attendue pour fin décembre.

Des dangers connus de longue date

C’est une affaire qui dure depuis très longtemps. Le chlordécone est un pesticide qui a commencé à être commercialisé en 1972 sous le gouvernement de Giscard avant d’être interdit en France métropolitaine en 1990, tout en continuant d’être utilisé officiellement dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle jusqu’en 1993.

Les dangers de ce pesticide sont pourtant connus de longue date. Dès 1967, des études avaient démontré le caractère dangereux du chlordécone sur la santé. L’OMS a même, dès 1979, classé le pesticide comme cancérogène, mais rien n’a arrêté l’utilisation de celui-ci. L’État français, dans une logique de spécialisation coloniale de la production de son capital, a continué de produire des bananes en utilisant ce pesticide dans les Antilles.

Dans son réquisitoire, la procureure de la République conclut pourtant que les faits d’empoisonnement « ne peuvent recevoir la qualification légale d’“empoisonnement” » et sont « en tout état de cause couverts par la prescription », selon le journal Le Monde, qui a pu se procurer le dossier.

Un scandale, lorsque l’on sait que ce produit, persistant dans l’environnement, n’aura pas seulement causé de nombreux dégâts sur la santé des travailleurs des bananeraies, mais sur l’ensemble des populations de Martinique et de Guadeloupe. Il persiste dans l’environnement, atteignant parfois des concentrations dépassant d’un facteur 100 les normes environnementales, touchant dès lors de nombreux produits alimentaires locaux.

92 % de la population guadeloupéenne et martiniquaise est aujourd’hui contaminée. Une étude de l’Inserm datant de 2019 établit clairement un lien entre exposition au pesticide utilisé dans les Antilles et cancer. Entre autres, la Guadeloupe et la Martinique détiennent le record mondial de cancers de la prostate. « Aux yeux de la justice, il n’y a pas de coupables et il n’y en aura jamais », fustige un ancien travailleur de la banane interrogé par Le Monde, qui déplore « des centaines de morts » et « des milliers d’ouvriers agricoles victimes de maladies ».

Soutien au peuple antillais contre la gestion sanitaire coloniale de l’Etat français !

Ce non-lieu constitue une insulte à toute la population antillaise, qui se bat depuis des années pour faire reconnaître ce scandale sanitaire. La justice, couvrant de fait la responsabilité de l’État français, montre une nouvelle fois le caractère colonial de la gestion sanitaire dans les départements d’outre-mer. Des dizaines d’années où l’État a laissé faire au profit des exploitants locaux et au mépris de la santé et de l’environnement, sachant très bien le risque dénoncé par les scientifiques depuis plusieurs années.

La décision finale, qui, selon les informations du Monde, devrait suivre cet avis motivé du parquet, est attendue par les défenseurs des victimes à la fin du mois de décembre.

Des appels à manifestation ont d’ores et déjà été lancés, parmi lesquels celui du Lynnaj Pou Depolyé Matinik, un collectif de lutte très actif sur la question, pour le 10 décembre prochain, afin de mettre la pression sur la justice et l’opinion publique. Face au mépris et à la couverture par la justice de ce crime raciste commis par l’État français, nous soutenons la lutte du peuple antillais pour la reconnaissance de ce scandale sanitaire.


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