^

Politique

Enquête Mediapart

Scandale sanitaire. La SNCF cache les potentiels clusters dans les TGV

Alors que la SNCF se prépare à remplir ses poches pendant cet été, une enquête de Mediapart montre que les TGV seraient des possibles foyers de contamination à cause d'une mauvaise ventilation des trains. Des données alarmantes dont l'entreprise était au courant et à propos desquelles elle n'a rien fait, mettant ainsi en danger la vie des salariés et usagers.

lundi 7 juin

Crédits : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L’été arrive, le déconfinement a commencé, la situation sanitaire s’améliore et la SNCF profite pour lancer à tout va ses offres commerciales pour voyager pendant les vacances après une année difficile. Mais l’enquête de Mediapart met l’entreprise en difficulté... En effet, Mediapart révèle que les TGV seraient de possibles clusters. Cette enquête s’est basée sur un rapport de l’Inspection du travail qui avait été rendu le 21 mai à la direction de la SNCF lui prévenant que l’air ne serait pas suffisamment filtré dans les TGV - une mesure essentielle pour éviter la diffusion du Covid-19.

Alors que le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) fixe un seuil de 800 parties par million (ppm) - soit la concentration en CO2, une mesure qui permet d’évaluer la qualité de l’air et donc le risque de transmission du virus par l’air ambiant - un TGV qui allait de Lyon à Montpellier lui rapportait un taux de 1380 ppm. Sans compter l’augmentation du taux à 4000 ppm lors de la montée des voyageurs à la gare de Valence, c’est-à-dire 5 fois plus haut du taux recommandé par le HCSP. Ceci met en évidence de façon claire et nette que le renouvellement d’air dans les wagons est insuffisant, mettant ainsi en danger la santé des voyageurs et des travailleurs. Une information scandaleuse à propos de laquelle la direction de la SNCF était au courant et n’a rien fait.

Mais ce n’est pas la première fois que la direction de la SNCF est interpellée à cause de cette situation de ventilation. Sud Rail avait déjà contrôlé la qualité de l’air dans les trains et avait vu “le curseur monter dans le rouge à plusieurs reprises, notamment sur la ligne Paris-Lyon” comme le souligne l’article de Mediapart.

Dans ce sens, « seuls les dispositifs équipés de filtres HEPA […] permettent d’arrêter efficacement les aérosols susceptibles de porter le virus » car ils « sont efficaces à 99,97 % pour capturer les particules virales d’origine humaine associées au Sars-CoV-2 », selon les experts du HCSP. Un argument repris par le Ministère de la transition écologique pour justifier les voyages en avion sans jauge de personnes limitées.

Mais interrogé par Mediapart à ce sujet, notamment du fait d’une absence de filtres HEPA et une absence de jauge dans les TGV, le ministère, en difficulté, décide de se laver les mains : « Il appartient à chaque autorité organisatrice de transport de surveiller la fréquentation de son réseau et d’adapter les fréquences pour éviter la promiscuité. »

En effet, les TGV sont équipés de filtres de type gravimétrique, qui, selon Bruno Andreotti - professeur à l’ENA, spécialiste de la physique de la dispersion du virus et de la ventilation -, « doivent enlever 20 % des particules virales si on est généreux. Sans filtre HEPA, les TGV sont des contaminoirs ». De plus, de part la rapidité de ces trains, l’ouverture des fenêtres ne peut pas être envisagée.

Mais face à ce manque de ventilation efficace, y aurait-il une diminution des jauges des personnes ? Pas vraiment. Même si les gens ne peuvent plus voyager debout, toutes les places assises sont disponibles. Ceci pose ainsi un problème, car la distanciation sociale devient impossible et dans les voyages longs les usagers doivent enlever leur masque pour boire et manger.

Ainsi, alors que les trains n’ont plus de jauge limite et que la réouverture du wagon-bar se profile pour le 9 juin, ces données sont d’autant plus alarmantes. En décidant d’ignorer les recommandations de la HSPC et sans aucune intention de changer les conditions de voyage, la SNCF adopte ainsi une attitude criminelle et soutenue par le gouvernement.

La SNCF, main dans la main avec le gouvernement, tente de se défendre pendant que les cheminots et usagers tombent malades

L’entreprise SNCF, visée par Mediapart, tente de se défendre derrière l’argument comme quoi le seuil de 800 ppm « ne concerne pas le transport ferroviaire, il ne vise que les établissements recevant du public (ERP) non ventilés ». Le problème est que ceci ne change en rien le risque de contamination. Elle essaye également de se vanter de la filtration de l’air toutes les 3 min et qu’elle serait donc totalement renouvelée toutes les 9 min, Mediapart montre que non seulement "pour éviter qu’il ne fasse trop chaud l’été et trop froid l’hiver, l’air qui circule dans les wagons ne peut être entièrement composé d’air neuf. Ce dernier constitue 40 % de l’air respiré dans les TGV.”, mais qu’en plus cette filtration n’est pas continue, comme par exemple quand le TGV passe sous un tunnel.

Mais aucune de ces données ne semble embêter et le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari sur CNEWS est le premier à défendre l’entreprise criminelle, en reprenant les arguments déjà cités de la SNCF et de dire : « C’est un sujet que nous avons pris très au sérieux, nous menons actuellement des études avec le Commissariat à l’énergie atomique qui a des capacités de modélisation très fines, l’idée c’est de toujours progresser si le cas échéant nous apprenons des choses au cours de ces investigations ».

Les mesures de l’inspection de travail et l’enquête de Mediapart s’avèrent donc insuffisantes aux yeux du gouvernement pour contraindre la SNCF à perdre des profits en réduisant les jauges ou en investissant dans des mécanismes de ventilation efficaces.

Alors que pendant le deuxième confinement les déplacements étaient interdits sauf pour s’entasser dans des métros où la distanciation sociale était impossible pour aller travailler, la question des clusters dans les transports en commun était déjà posée.

Face à des études qui indiqueraient donc un risque de clusters dans les TGV, dont les fréquentations augmenteront pendant l’été, ni la SNCF ni le gouvernement ne pensent bouger un doigt et préfèrent continuer à appeler à la responsabilité individuelle. Le problème est que ça fait plus d’un an que les TGV ont commencé à rouler à 100% en risquant la vie des usagers et salariés, et que le risque sera d’autant plus important avec la réouverture du service de restauration dans le train.

Alors que la situation sanitaire s’améliore en France avec une diminution de cas graves de covid et l’accélération du rythme de la vaccination, le gouvernement continue à montrer ses contradictions quand il s’agit de toucher aux profits d’une entreprise.




Mots-clés

Covid-19   /    Crise sanitaire   /    Coronavirus   /    SNCF   /    Politique