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Politique

Scandale sanitaire : la Haute Autorité de Santé préconise de décaler la deuxième dose !

Ce samedi, la Haute Autorité de Santé a publié un avis certifiant le rallongement de l’espacement des injections de vaccins de trois à six semaines, venant appuyer la proposition du gouvernement d'espacer la deuxième injection. Un avis que de nombreux scientifiques critiquent et qui semble avoir été rendu sous la pression du gouvernement, en dépit des recommandations des laboratoires.

lundi 25 janvier

Crédits photo : AFP

Face au potentiel risque de pénurie de vaccins, le 7 janvier dernier, Olivier Véran évoquait un possible report de la deuxième injection de vaccin pour « disposer de davantage de doses disponibles tout de suite ». Pour justifier cet allongement de trois à six semaines, le gouvernement s’était jusqu’à maintenant appuyé sur les recommandations de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), cette dernière acceptant « une flexibilité de la deuxième dose entre 21 et 42 jours [...] au vu des circonstances actuelles spécifiques, afin d’élargir la couverture vaccinale des personnes prioritaires et faire face aux fluctuations d’approvisionnements ».

Sous le feu des critiques depuis plusieurs semaines quant à la mise en place de sa stratégie de vaccination, l’objectif du gouvernement était le suivant : vacciner plus de monde quitte à rallonger le délai recommandé par les laboratoires plutôt que vacciner complètement un nombre plus réduit de personnes. Olivier Véran déclarait ainsi le 22 janvier : « Notre plan est clair : nous avons commandé assez de vaccins pour protéger tous les Français avant fin Août (137 millions de doses livrées à un rythme qui s’accélérera mois après mois.) »

Samedi dernier, la Haute Autorité de Santé a confirmé cette décision, publiant un avis recommandant « d’élargir à 6 semaines le délai entre 2 doses de vaccin à ARN messager (vaccins de Pfizer et de Moderna) », cet allongement devant permettre de vacciner « 700 000 personnes supplémentaires ». Pour justifier ce revirement, la HAS explique s’être appuyée sur les études obtenues par Pfizer. C’est ce que développe Christian Lehmann, médecin et écrivain dans un article de Libération : « La Haute Autorité de santé, transformée en agence de communication du gouvernement, bégaie dans son communiqué en affirmant par deux fois appuyer sa décision sur « l’absence de position consensuelle des autres pays sur la question du schéma vaccinal dans le contexte épidémiologique actuel » »

Cependant, cet avis ne fait pas l’unanimité, et comme l’explique L’Est Républicain, la communauté scientifique reproche à la HAS d’avoir rendu un avis politique sous la pression du gouvernement. Ainsi, Philippe Froguel, diabétologue et généticien à l’Imperial College London et au CHU de Lille, s’exclame ainsi dans un tweet : « Très discutable ! En réalité le gouv a besoin de l accord de l’HAS pour allonger la période entre les 2 injections et l’HAS aux ordres sans aucun justificatif scientifique fait ce qu’on lui demande. C’est politique... Est ce raisonnable ???? »

Éric Billy, lui aussi généticien, s’interroge également : « on a tous accès aux mêmes données, donc comment pouvez-vous conclure pour un report a J+42, alors que la seconde dose doit etre donnée a J+21/28 suivant le vaccin ARNm utilisé ? » Ainsi, allant à l’encontre des préconisations du gouvernement et de la Haute Autorité de Santé, de nombreux médecins estiment qu’il faut respecter le délai de 21 jours pour les vaccins Pfizer et de 28 jours pour les vaccins Moderna.

Et pour cause : ces délais sont les seuls qui ont réellement fait l’objet de tests permettant de prouver l’efficacité des vaccins. Un rapport de la Food and Drug Administration explique ainsi que « Pour le vaccin Pfizer-BioNTech, l’intervalle entre la première et la seconde dose est de 21 jours. Pour le vaccin Moderna, l’intervalle entre la première et la seconde dose est de 28 jours. » L’administration américaine ajoute ensuite : « Les participants qui n’ont pas reçu deux doses de vaccin à trois ou quatre semaines d’intervalle n’ont généralement été suivis que pendant une courte période de temps, de sorte que nous ne pouvons rien conclure de définitif sur la profondeur ou la durée de la protection après une seule dose de vaccin ». L’avis donné par la Haute Autorité de Santé paraît encore plus discutable lorsqu’on lit dans ce même rapport que « apporter de tels changements qui ne sont pas étayés par des preuves scientifiques adéquates peut finalement être contre-productif pour la santé publique ».

L’Académie de médecine, elle aussi, appelle à « se conformer autant que possible au schéma vaccinal prescrit par le fabricant ». Car au-delà du risque que le vaccin s’avère inefficace en raison d’un espacement trop long entre les deux doses, une des craintes des scientifiques est celle de l’augmentation du risque d’apparition de nouvelles souches. L’Académie de médecine explique ainsi que : « au plan collectif, l’obtention d’une couverture vaccinale élargie, mais fragilisée par un faible niveau d’immunité, constituera un terrain favorable pour sélectionner l’émergence d’un ou de plusieurs variants échappant à l’immunité induite par la vaccination ».

Plus encore, selon L’Indépendant, le médecin Yvon Le Flohic aurait semé le trouble en dévoilant le fait que la Haute Autorité de Santé ne se serait en réalité appuyée sur aucun fait scientifique avéré, et en aucun cas sur les recommandations de Pfizer. Ainsi, il aurait écrit dans un tweet : « Réponse de Pfizer à ma demande d’information sur le délai de deuxième dose : aucune data n’existe sur une administration au-delà de J23. Les doses ont été injectées entre J19 et J23 lors de l’essai de phase 3 », avant d’ajouter que « Pfizer ne suggère ni ne recommande l’utilisation » du vaccin « de toute autre manière que celle décrite dans le RCP (résumé des caractéristiques du produit, NDLR) ».

À la lumière de ces différents éléments, l’avis rendu par la Haute Autorité de Santé apparaît donc plus que discutable. Alors que c’est bien la seconde dose qui garantit l’efficacité du vaccin à 95%. En effet, selon, Andrés Finzi, il y a « chez les personnes de 18 à 55 ans, 10 fois plus d’anticorps parce que vous avez un boost, un rappel de votre vaccin » tandis que « chez les personnes plus âgées, le taux d’anticorps est près de 20 fois supérieur une semaine après que la seconde dose du vaccin a été administrée. » Avant d’ajouter : « on a besoin de ces deux doses non seulement pour augmenter la quantité d’anticorps, mais aussi parce que cette deuxième dose permet que les anticorps, et probablement à cause de leur quantité, puissent neutraliser les particules virales, affirme Andrés Finzi ».

En somme, la HAS et le gouvernement prennent au travers cette décision irresponsable dans une politique du chiffre et non de vaccination de qualité le risque d’annuler l’efficacité du vaccin ou alors de la maintenir aux 70% assurés par la première injection, faisant fi des recommandations de la plupart des scientifiques, mais aussi du fabricant du vaccin lui-même Pfizer. Une démonstration de plus que la politique de vaccination du gouvernement reste chaotique, et que notre santé ne peut en aucun cas reposer entre ses mains.




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