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Genres et sexualités

Saint-Denis

Scandale : une association d’aide aux mères isolées menacée d’expulsion par la mairie de Saint-Denis

L’association MaMaMa, qui fournit des produits de première nécessité pour des mères isolées et leurs jeunes enfants, a reçu l’ordre d’évacuer les locaux qu’elle occupe à Saint-Denis, faute de pouvoir payer le loyer exorbitant réclamé par la mairie. Ce jeudi 3 novembre l’association était convoquée au tribunal de Bobigny qui devait se prononcer sur l’expulsion.

vendredi 4 novembre

[Crédits photo : Association MaMaMa]

L’association MaMaMa a été fondée au cours du premier confinement en 2020 par des bénévoles de l’APHP et de la Croix Rouge qui constataient la précarité à laquelle devaient faire face les mères isolées. L’association s’est appuyée sur des institutions telles que le service Covidom de l’APHP ou la Maison Des Femmes de Saint-Denis, et la Mairie de Saint-Denis et la SEM Plaine Commune Développement (aménageur public du 93) ont mis un grand hangar à la disposition de l’association pour stocker les denrées dont l’association a besoin pour les colis alimentaires.

Le local, propriété de la SEM Plaine Commune Développement était une perle rare : 1200m2, accessible aux camions de livraison, aux poussettes et aux personnes à mobilité réduite, en toute proche banlieue et accessible depuis la station de métro Front Populaire. Il a été mis à disposition à titre gratuit à partir de mai 2020, à la toute fin du mandat de l’ancien maire, sous la forme juridique d’une convention d’occupation à titre précaire.

Le local est destiné à la destruction pour 2024 et l’association espérait pouvoir continuer à occuper le local jusque là. Mais la mairie de Saint-Denis a progressivement changé d’attitude vis-à-vis de l’association.

Juste après la parution dans le Washington Post d’un article faisant l’éloge de l’association, le nouveau maire Mathieu Hanotin était venu visiter le local pour la première fois accompagné d’une documentariste qui a filmé la scène, et avait assuré que bien que le local soit destiné à la destruction il s’engageait à laisser l’association occuper le hangar à titre gratuit et chercher une solution de relocalisation le moment venu, en février 2021.

Pourtant quelques mois plus tard en décembre 2021, la SEM Plaine Commune Développement et la Mairie de Saint-Denis, toutes deux dirigées par Mathieu Hanotin ont commencé à exiger de l’association un loyer de... 18 000€ par mois ! Une somme exorbitante pour une association d’aide alimentaire qui revient à signer la fin de ses activités.

L’association a demandé une relocalisation, seulement le seul local qui lui a été proposé ne fait plus que 80m2, ridiculement peu comparé aux 1200m2 qui permettent actuellement à l’association de fournir des colis alimentaires à déjà 70000 femmes et enfants. Elle a donc refusé et la mairie a ouvert une procédure d’expulsion à son encontre le 12 septembre dernier, et elle a reçu le 12 octobre une assignation en référé devant le tribunal de Bobigny. L’audience, qui devait se tenir ce jeudi 3 novembre au tribunal de Bobigny a été renvoyée au 13 janvier prochain, ce qui offre un sursis de quelques mois pour l’association, qui cherche à visibiliser sa cause par une pétition ouverte aux signatures.

Une situation inadmissible alors que les pouvoirs publics se sont largement reposés sur les associations pendant la crise sociale qui s’est ouverte avec l’épidémie du Covid et qui ne s’est jamais tout à fait résorbée : de nombreux foyers continuent à l’heure actuelle d’avoir recours à l’aide alimentaire et leur nombre semble destiné à augmenter alors que le gouvernement refuse d’augmenter les salaires, les pensions et les minimas sociaux et que la perspective d’une récession qui va frapper très durement les plus précaires se fait de plus en plus menaçante.

Dans ce contexte, la mairie de Saint-Denis est bien plus occupée à augmenter les effectifs et à armer sa police municipale et à mettre en place des politiques anti-pauvres telles que la réduction de la part de logements sociaux à Saint-Denis.



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