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Du Pain et des Roses

Fémonationalisme

Schiappa dans Valeurs Actuelles pour défendre la politique raciste du gouvernement

Marlène Schiappa a accordé à l'hebdomadaire réactionnaire Valeurs Actuelles une interview sur « l’islamisme » où, dans la droite lignée de la politique sécuritaire et islamophobe du gouvernement, elle instrumentalise le féminisme pour justifier des politiques racistes.

jeudi 5 novembre

Le gouvernement toujours plus loin sur le terrain de l’extrême-droite

Je mesure le ras-le-bol général, et je le partage. Je suis la personne la moins de gauche de mon entourage, ma famille et mes amis sont chez LREM, au PS, au Parti communiste ou chez les Verts, et j’ai pourtant reçu de très nombreux messages me demandant pourquoi nous n’expulsions pas tous les étrangers radicalisés. Plus personne ne supporte ce qui nous arrive. Mais ce que j’observe, c’est que nous avons déjà un arsenal législatif très dense qui nous permet d’agir. C’est d’ailleurs ce que le ministre de l’Intérieur s’emploie à faire, notamment lorsqu’il annonce que 231 étrangers radicalisés vont être expulsés. Depuis le début du quinquennat, 428 l’ont été.

Dès le début de l’interview, le ton est donné. Les mesures que Schiappa vante dans les pages de Valeurs Actuelles relèvent du coup de com’ raciste. Comme elle l’explique elle-même, la France possède déjà en matière de xénophobie un “arsenal législatif très dense”. Dans un dialogue ouvert avec l’extrême-droite, la ministre ne cache pas la volonté du gouvernement de marcher de plus en plus ouvertement sur les plates-bandes de cette dernière et à séduire les électeurs du Rassemblement National et le lectorat de Valeurs.

Les propos de Schiappa s’inscrivent dans la droite lignée du gouvernement depuis la loi contre les « séparatismes », si ouvertement raciste que Le Pen a déclaré elle-même que Macron avait eu de « bonnes intuitions ». Le gouvernement Macron n’a pas hésité non plus à se saisir du drame de Conflans-Saint-Honorine pour maintenir cette ligne, et récupérer politiquement la souffrance générée par l’assassinat de Samuel Paty pour appuyer ce tournant islamophobe et sécuritaire.

« ll faut combattre avec la même vigueur le terrorisme que le discours qui précède le terrorisme. [...] Dans le cas de Samuel Paty, cela commence sur les réseaux sociaux, et cela se termine sur les réseaux sociaux. Il y a des centaines, voire, d’une certaine manière, des milliers de complicités de la part de ceux qui relaient. La menace est endogène. Il faut rajouter au caractère sordide de cet attentat les justifications de certaines personnes. Illustrant ainsi les sondages montrant que beaucoup de jeunes considèrent que Charlie Hebdo l’a bien mérité ou qu’il ne faut pas montrer les caricatures.

Tout comme celles de Blanquer, ces accusations sont non seulement vides de tout fondement, mais elles agitent une menace large et invisible pour justifier de réprimer par le même coup toute opposition politique et tous ceux qui à grand coups de préjugés racistes sont vus comme une « menace endogène ». En témoigne la répression scandaleuse de plusieurs enfants de 8 à 12 ans dans la région de Strasbourg, trainés injustement devant le procureur sous couvert d’avoir prétendument qui « tenu des propos laissant entendre qu’ils justifiaient l’assassinat du professeur » d’après le Parquet.

En cherchant à mettre la responsabilité du terrorisme sur le dos des réseaux sociaux ou de « beaucoup de jeunes », l’on voit aussi la volonté du gouvernement et de Schiappa de chercher à étouffer les responsabiltés de l’État et des entreprises françaises, comme par exemple les relations financières entre l’entreprise Lafarge et Daesh, où les implications de l’État français n’ont pas encore été clarifiées.

Les propos racistes de Schiappa s’inscrivent non seulement dans le tournant toujours plus répressif du gouvernement Macron, mais aussi dans la lignée d’une politique sécuritaire menée au nom du droit des femmes, dont Schiappa s’est fait la spécialiste.

Instrumentaliser le féminisme pour justifier une politique raciste et répressive

« Lors du Comité interministériel de 2019 sur l’immigration et l’intégration : j’avais réclamé que l’on expulse tous les étrangers condamnés pour des faits de violence conjugale ou de viol. Notre principe, c’est d’accueillir le voisin lorsque sa maison s’effondre. Pas d’accepter qu’il tabasse notre sœur pendant qu’on prépare le dîner. Si c’est le cas, on le met dehors immédiatement. On le ferait tous chez nous. »

C’est ce qu’a déclaré « très sereinement » Schiappa à Valeurs Actuelles, incarnant une fois de plus le bras droit et la caution féministe de l’exécutif dans ses politiques racistes.

On se rappelle de la vidéo de la ministre, depuis supprimée de Twitter, qui marchait dans les rues de la Chapelle sous-titrée du commentaire « Les lois de la république protègent les femmes, elles s’appliquent à toute heure, en tout lieu ». La logique est encore la même : stigmatiser les étrangers, ou ceux perçus comme tels, en prétendant qu’ils seraient naturellement enclins à commettre des actes violents envers les femmes.

Je vais vous donner une mesure, dont on n’a pas beaucoup parlé, que je porte : la polygamie. Je souhaite qu’on ne délivre plus de titre de séjour une personne qui vite situation de polygamie qui se présente pour entrer en France. Je vais même aller plus loin : on retirera le titre de séjour d’une personne dont on découvrira qu’elle est en situation de polygamie.

Le thème cher à Schiappa de la polygamie revient également sur le tapis. Malgré ce que prétendent les polémiques incessantes générées par la ministre, cette loi existe par ailleurs déjà, et ce depuis le gouvernement Chirac. Elle force les femmes à « se mettre en conformité » vis à vis d’un mariage polygame, c’est-à-dire de devoir divorcer, ou de se retrouver sans titre de séjour. Ainsi au prétexte de libérer les femmes d’un mariage polygame, cette loi tend au contraire à les jeter dans une situation de précarité et d’insécurité encore plus grande, les forçant à divorcer - brisant de force des attaches - ou à perdre leur droit à vivre en France.

En ciblant les hommes étrangers et les musulmans ou ceux perçus comme tels, Schiappa oublie volontairement l’impérialisme français et l’héritage colonial qui opprime les femmes, ainsi que le patriarcat qui s’exerce librement dans tous les secteurs de la population.

Il est nécessaire de dénoncer cette instrumentalisation du féminisme à des fins racistes, xénophobes et islamophobes et d’imposer un contre-discours qui réaffirme que la libération des femmes ne se fera pas dans les même bureaux de Matignon où se construit l’offensive sécuritaire du gouvernement. Il nous faut pour cela organiser une réponse collective et construire une riposte féministe et antiraciste dans la lignée des larges mouvements antiracistes et féministes qui ont émergé à l’échelle internationale ces derniers mois, comme l’affirme une tribune récente à l’initiative du collectif féministe Du Pain et Des Roses.




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