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Politique

Ni Le Pen, ni Macron !

Sciences Po Paris fait la leçon à la jeunesse : l’institut appelle à voter Macron

Dans une déclaration adoptée à la quasi-unanimité le 19 avril, le Conseil de l’institut de Sciences Po Paris appelle « à faire battre Marine Le Pen » au second tour de l’élection présidentielle. Avec cette prise de position, l’institution qui prend position pour la première fois pour une présidentielle cherche à remettre dans le droit chemin une jeunesse, qui s’est mobilisée la semaine dernière, y compris rue Saint-Guillaume, et qui refuse de se laisser enfermer dans un duel Macron Le Pen sans issue.

jeudi 21 avril

La formule est certes pudique mais l’appel reste limpide sur le fond. En appelant « à faire battre Marine Le Pen le 24 avril prochain » dans une résolution adoptée par 20 voix pour, 1 voix contre et 2 abstentions, le Conseil de l’institut de Sciences Po a donné le 19 avril une consigne de vote qui signifie qu’il faut user le bulletin de vote Macron, dont le nom est pourtant absent de la déclaration.

Cette instance qui réunit étudiants, doctorants, personnels et personnalités extérieures justifie sa décision en faisant appel aux valeurs démocratiques, scientifiques et internationales de l’école et en dénonçant « l’attaque d’étudiants manifestant pacifiquement devant le 27 rue Saint-Guillaume, jeudi 14 avril après-midi par des individus se réclamant de Génération Zemmour, de la Cocarde étudiante et de la branche nationale du syndicat UNI ».

En effet, le 14 avril dernier, l’entrée du principal campus de Sciences Po Paris, situé rue Saint-Guillaume dans le 7ème arrondissement, avait été bloquée par des étudiants dans la droite ligne des autres mobilisations de la jeunesse qui avait éclaté la semaine dernière après les résultats du premier tour, parmi lesquelles l’occupation de la Sorbonne du 12 au 14 a constitué un événement hautement symbolique. Les étudiants mobilisés avaient été délogés par une trentaine de militants d’extrême-droite cagoulés.

Or cet appel n’est pas anodin, il est même inédit pour l’institut de Science Politique. En effet, « c’est la première fois que Sciences Po prend, en tant qu’institution, au niveau du Conseil de l’Institut, une position comme celle-ci, puisque ça n’a pas été le cas en 2002 et en 2017 », a insisté le directeur de Science Po.

Cet appel à deux jours de la présidentielle est donc très politique et s’inscrit dans un contexte bien particulier ou plusieurs occupations à Sciences Po, à la Sorbonne, plusieurs instituts élitistes ont ouvert la voie à une contestation de la jeunesse aux cris de « ni Le Pen ni Macron ». L’appel n’est donc pas anodin et cherche en réalité à répondre par une la voix d’un appel inédit à ces mobilisation pour les mettre au pas, sinon les diriger vers la bonne « direction » et soutenir Macron.

Cet appel est donc l’illustration que la voie suivie par cette jeunesse qui se refuse à voter pour la peste et le choléra est bien celle à suivre car l’alternative électorale ne lui offre aucun avenir. En effet, depuis 20 ans, les appels au front républicain n’ont pas arrêté la montée de l’extrême droite, ni dans les urnes, ni dans la rue. Pire, ceux-là même qui se sont fait élire pour l’éloigner du pouvoir ont participé à la propagation de ses idées dans tous les domaines de la vie politique : de la loi de 2004 interdisant le voile à l’école, portée par un Jacques Chirac élu dans la stupeur du 21 avril 2002, à la loi séparatisme de Macron et Darmanin qui attaque les musulmans et leurs organisations par de multiples mesures liberticides.

Le Pen, le RN et leurs idées doivent être battus, mais il n’est pas possible d’y arriver par les urnes. Il est nécessaire de construire une alternative par en bas, en regroupant un bloc de résistance face aux attaques qui viendront, quelle que soit l’issue du scrutin.



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