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Seconde vague en Guadeloupe : toujours pas de moyens mais plus de répression

Le virus frappe la Guadeloupe d’un second fouet particulièrement fort, situation à laquelle le ministre de la santé n’a su apporter que des réponses punitives et répressives plutôt que sanitaires.

jeudi 24 septembre

Crédit photo : Cedrick Isham Calvados / AFP

En Guadeloupe, la situation sanitaire s’aggrave depuis maintenant près d’un mois, mais aucune solution à la hauteur de ce que réclame le personnel hospitalier n’a été apportée. Les chiffres parlent d’eux mêmes et saturent déjà les hôpitaux qui, en 1 mois, ont enregistré 94 patient en réanimation contre 31 sur les 8 semaines de la première vague. Cette dernière semaine, le nombre de mort est monté à 16 alors que depuis le début de l’épidémie en mars il n’avait pas dépassé encore celui de 26, ce qui porte le bilan total à 39 décès, avec une hausse brutale en quelques jours. 
 
Débordés et saturés, les hôpitaux sont déjà submergés par la seconde vague. Le spectre de celle-ci est devenu une réalité pour les personnels hospitaliers de la région qui sont au bord du burn out alors que la première vague et l’état des hôpitaux en Guadeloupe auraient dû exiger de moyens de la part du gouvernement. Au lieu de cela, rien n’a été anticipé, préférant à nouveau assurer l’économie lorsque cette stratégie a pourtant causé des milliers de morts il y a à peine quelques mois.
 
Mais ce mercredi Olivier Véran a estimé, devant plus de 30% des lits de réanimations par des patients covid et avec plus de 100 000 cas en une semaine, que la Guadeloupe méritait d’être placée en État d’alerte maximale. Une catégorisation qui se résume à la "fermeture totale des bars et des restaurants et de l’ensemble des établissements recevant du public". De nouvelles mesures restrictives de la part du ministre de la santé qui n’a pas jugé bon, devant une recrudescence mondiale du virus, d’investir massivement dans l’hôpital public. D’autant que l’on sait déjà que ces mesures seront imposées par la force pour faire plier une population déjà très pauvre, à laquelle on fait payer l’absence de plan sanitaire de la part du gouvernement français dans un territoire colonial aux grand intérêts économique pour le pays.
 
Ce ne sont, ni les fermetures de bars, ni celles de gymnase, ni encore celles de toute activité extra-professionnelle qui permettra de réduire la propagation du virus. Le pourcentage de test positif s’élève à 25%. Sans un investissement massif dans des campagnes de dépistages sur les lieux de travail, le virus continuera de se répandre et ne permettront pas aux hôpitaux d’absorber les cas en forte hausse. 
 
Quant à la Ministre des Armées, elle a annoncé l’arrivée de 36 renforts militaires pour assurer 8 lits, alors que c’est plus de 1000 cas qui ont été avérés en 1 semaine. Le gouvernement tente, comme Macron en avril dernier qui annonçait l’arrivée d’un unique navire médicalisé pour le vaste territoire antillais, de s’afficher comme ceux qui maîtrisent la situation. 

Le mépris dont ils font preuve à l’égard des guadeloupéens, sans déploiement d’un dispositif sanitaire à la hauteur et avec une plus forte présence de l’armée et de mesure restrictives, révèle encore une fois la gestion coloniale de la crise sur l’île des Caraïbes. Les mesures gouvernementales ne répondent pas, une fois de plus, aux exigences en matière de financement public sanitaire que nécessitent la pandémie et la casse de l’hôpital public depuis des années, d’autant plus importante dans les territoires coloniaux plus exploités et moins développés.

Derrière l’absence de moyens, l’impérialisme français

 
Le gouvernement est plus occupé à verser des milliards aux grandes entreprises alors que l’état fragile des hôpitaux en Guadeloupe pousse leur personnel à interpeller le gouvernement à l’aube de la première vague. Faute de moyens en amont c’était un confinement total, arbitraire et autoritaire qui avait été mis en place. Pour reprendre les mots d’Elie Domota, secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe (UGTG) : “voilà le point de départ : une irresponsabilité des autorités sanitaires et politiques à ne pas entendre et à ne pas voir ce qui se passe.”
 
Le confinement a entraîné de lourdes conséquences pour la population dont la pauvreté frappe 50% de celle-ci, et s’est aggravée pendant le confinement pendant lequel une large partie des Guadeloupéens se sont retrouvés sans aucune forme de revenu pour continuer de vivre. C’est notamment dû au fait que beaucoup vivent du travail informel.
 
Aujourd’hui, si l’épidémie continue de progresser sur le territoire comme le laisse présager la politique criminelle du gouvernement dans la période, alors un nouveau confinement menace d’être appliqué, comme le prévoit l’ORSAN (Organisation de la Réponse du Système de Santé en situations sanitaires exceptionnelles.) La Guadeloupe a besoin de moyens pour faire face au Covid, et pas de mesures autoritaires imposées depuis Paris et déconnectées de la réalité du terrain. Cette gestion criminelle de la crise dans les colonies française sans dispositif à leur échelle, montre à quel point, par un confinement et le déploiement de l’armée comme la première fois, l’impérialisme français cherche à maintenir ses profits coûte que coûte. Pour le gouvernement et les capitalistes français il s’agit de maintenir l’ordre social en ne laissant aux travailleurs coloniaux que le choix de mourir de faim ou de mourir du virus.
 
Ni les soldats ne pourront combler les manques de personnel hospitalier, ni les matraques ne pourront remplacer les respirateurs. Les fermetures ne stopperont pas plus le virus si celui-ci continue de se propager au travail où les capitalistes refusent d’entacher leurs profits pour réorganiser la production au service de l’effort sanitaire et financer les équipements nécessaire pour protéger les travailleurs. 
 
Les travailleurs surexploités pour les profits des capitalistes occidentaux doivent se lier aux travailleurs des hôpitaux à bout de nerfs pour imposer ensemble un rapport de force. La gestion catastrophique des dirigeants pour maintenir les profits a montré qu’ils étaient incapables d’assurer les vies de leur population. Ce n’est que par l’organisation à la base de ceux qui subissent en première ligne les conséquences de la crise que la solution peut être envisageable, en réorganisant la production pour répondre aux besoins matériels de la population et de l’hôpital. La première ligne ne paiera pas une seconde fois la crise, aux capitalistes de la payer de leur privilège pour sortir de cette crise systémique.




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