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Politique

Parodie de négociation

Ségur : 180 euros contre un plan néo-libéral ! Les syndicats ne doivent pas signer !

Après 7 semaines de « négociation », le Ségur de la santé a abouti sans surprise à un projet d’inspiration purement macroniste. Derrière le rideau de fumée de la très maigre augmentation salariale, le plan Ségur prévoit en échange un plan des plus néo-libéraux : généralisation et contractualisation des heures supplémentaires, annualisation du temps de travail et accords locaux sur les 35h, prime d'intéressement collectif pour mettre en concurrence les différents services…

jeudi 9 juillet

crédit photo : Christophe Archambault / AFP

Depuis la fin du mois de mai, les négociations du Ségur de la santé entre le gouvernement et les organisations syndicales hospitalières vont bon train. Après deux journées de mobilisation les 16 et 30 juin, les tractations ont pris fin dans la nuit de mercredi à jeudi et ont abouti à une proposition d’une part insuffisante au vu des revendications des personnels soignants et de la gravité de la crise qu’a connu l’hôpital public pendant la crise du Covid-19, mais surtout qui ouvre derrière la porte à de nouvelles attaques.

En effet, le gouvernement a remis sa copie aux syndicats et a tout fait pour ne pas accéder à la demande des hospitaliers de revaloriser à hauteur de 300 euros les salaires. Après avoir joué sur le montant total du budget de l’Etat alloué à la santé pour refonder le système de santé public, passant de 6,4 milliards d’euros d’augmentation dans la bouche du ministre de la santé à 7,5 milliards dans celle du premier ministre, les personnels en première ligne lors de la crise du Covid-19 devront se contenter de miettes. En effet, les salariés des métiers paramédicaux et non médicaux se verront allouer seulement 180 euros en plus et qui plus est augmenté en deux temps, 90 euros en septembre prochain et 90 euros en mars 2021.

De plus, les 90 euros supplémentaires à compter de septembre ne seront versés qu’en janvier de façon rétroactive (soit 450 euros). « Olivier Véran avait promis une revalorisation pour le 1er juillet, puis pour septembre et finalement elle ne sera touchée qu’en janvier. J’espère que la deuxième vague n’aura pas tué tout le monde d’ici là ! », a ainsi réagi Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral CGT santé. Le Collectif Inter-urgences a quant à lui fustigé la « magie de la négociation » qui fait qu’on est passé de « de 300€ pour toutes à deux fois 90€ » en l’espace d’un mois.

Quant aux médecins hospitaliers, ils ont claqué la porte des négociations séparées qu’ils mènent avec le gouvernement depuis juin. Les augmentations de salaires proposées par Olivier Veran ne sont pas à la hauteur des attentes des médecins et ne prennent pas en compte les indemnités de garde et d’astreinte.

Pour faire passer la pilule de cette solution amère, le gouvernement a sorti son joker : 15 000 postes supplémentaires. Mais, quand on y regarde de plus près, la réalité que recouvre ce chiffre est bien en deçà de ce que l’on pouvait attendre du « plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières » que promettait Macron fin mars. Sur ces 15 000 postes, 7500 n’étaient pas pourvus et le seront très prochainement et 7500 seront créés. Autant dire qu’on met un emplâtre sur une jambe de bois tant la crise du coronavirus a montré que la sonnette d’alarme tirée par les personnels hospitaliers depuis des années à propos de la dégradation du service public de santé est grave et urgente. Le gouvernement veut par ce biais se montrer magnanime tout en ne consentant à aucune modification significative à la casse systématique du service public de santé qu’il orchestre depuis des années.

Du côté de certaines organisations syndicales, la « parodie de concertation » que dénonçait le syndicat Sud Santé Sociaux avant de quitter la table des négociations au début du mois de juin semble avoir marché. De recul en recul, Didier Birig, représentant du syndicat FO, se félicite quand même de l’accord proposé par le gouvernement : « On ne peut pas dire que 7,5 milliards d’euros, tous les ans pour l’hôpital, à partir de 2022, c’est une petite somme ou que ça ne représente pas grand-chose ! » là où Jean-Marc Dechauvelle, secrétaire général de SUD-Santé, réclame 14 milliards au minimum.

À la CFDT, on reconnaît certes que l’augmentation de 180 euros par mois n’est « pas suffisante mais quand même conséquente » mais on se réjouit des à-côtés que le gouvernement a su ménager « dans le domaine de la promotion professionnelle, dans le domaine des effectifs, des grilles salariales des soignants, et notamment le passage en catégorie B des aides-soignants » selon Êve Rescanières, secrétaire générale de la CFDT Santé Sociaux. Comme à son habitude, le syndicat réformiste finira par saluer un « bon accord » qui « a le mérite d’exister » tout en déplorant « le retard accumulé depuis des décennies ».

Du côté de la CGT le ton est plus mitigé face à la proposition du gouvernement. Alors que depuis le lancement du Ségur, la CGT a privilégié la stratégie de la concertation et de la négociation au détriment de la lutte à la base et de l’instauration d’un réel rapport de force, celle-ci se retrouve aujourd’hui acculée face à un rapport insatisfaisant et qui cache de futures attaques : « plusieurs lignes rouges qui sont franchies ». Ce qui met la CGT « en position de s’interroger sur la possibilité de signer ou pas [ce protocole d’accord] ».

Parmi ces lignes rouges, plus que la relavorisation salariale insuffisante, la CGT dénonce les futures attaques directes qu’ouvre l’accord actuel, qui visent à libéraliser toujours plus l’hôpital. Parmi elles, la possibilité d’accords locaux sur les heures de travail, qui remettraient en cause les 35 heures actuelles. Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT santé a en effet exprimé son inquiétude : « On a aussi des inquiétudes sur leur volonté de mettre en place des accords locaux par établissements sur le temps de travail. »

Dans le même sens, Philippe Crépel, responsable national de la fédération Santé action sociale de la centrale et membre de la CGT a réagit suite à la proposition d’accord : « Derrière le rideau de fumée de ces 183 €, on voit une forte libéralisation du fonctionnement de l’hôpital ». Ajoutant que l’accord contient des contreparties à l’augmentation salariale, notamment l’annualisation du temps de travail. Si le temps de travail vient à être annualisé, les hospitaliers seront contraints, en fonction des diverses charges de travail, de travailler certaines semaines plus de 35 heures, d’autres moins. Une flexibilisation et une précarisation des conditions de travail.

Dans la même continuité, selon les Echos, une enveloppe d’un milliard d’euros sera consacrée à l’intéressement collectif et le recours régulier aux heures supplémentaires devrait être facilité. En effet, si aujourd’hui les 35 heures à l’hôpital sont strictement encadrées par le décret de 2002 qui les a instaurés, l’accord actuel permettra d’autoriser la mise en place d’un forfait mensualisé d’heures supplémentaires pour faciliter son recours. Un forfait qui pourrait être négocié au niveau local des établissements. Des initiatives encore une fois dénoncées par la CGT : « Ils croient que la CGT va signer un chèque en blanc pour supprimer les 35 heures ? » déclare Patrick Bourdillon, ajoutant : « On va permettre la contractualisation des heures supplémentaires dans chaque établissement, sans savoir qui est concerné, combien d’heures, et combien elles seront payées ! ».

Au regard du contenu de cet accord et des attaques qu’il contient, il est évident que le rôle des organisations syndicales présentes autour de la table devrait être de refuser sa signature et de quitter cette mascarade que représente le Ségur, afin d’instaurer un réel rapport de force, par nos mobilisations et dans la rue. Seul un rapport de force à la hauteur permettra de faire reculer le gouvernement et d’obtenir autre choses que des miettes qui cachent de futures attaques. En effet, à l’instar de Sud Santé Sociaux, il faut rappeler que, face à un gouvernement qui veut rendre le monde d’après encore pire que le monde d’avant, seule la lutte peut instaurer un réel rapport de force à même de faire plier le gouvernement et de proposer un projet à la hauteur de l’urgence pour l’hôpital public. La date de mobilisation du 14 juillet prochain doit faire converger toutes les colères contre le gouvernement de Macron.




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