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Politique

Ségur de la santé

Ségur. Castex agite une augmentation des salaires pour tenter de clore les négociations

A quelques jours de la fin annoncée du Ségur de la santé, le nouveau premier ministre, Castex, a porté l’enveloppe sur les revalorisations salariales de 6,4 milliards à 7,5 milliards d’euros pour les personnels paramédicaux et non médicaux. Un nouveau geste pour tenter d’aller vers la signature d’un protocole d’accord avec les organisations syndicales. Face à ce nouveau cadeau empoisonné, il serait temps de quitter le Ségur et de construire un véritable rapport de force par la mobilisation.

mercredi 8 juillet

Crédits : Reuters, Charles Platiau

Depuis le 25 mai dernier, c’est une longue et interminable tractation qui s’est ouverte entre le gouvernement et les organisations représentatives du secteur de la santé (CFDT, FO, CGT). L’objectif pour le gouvernement était de donner l’impression d’une refonte de la santé publique et privée après la catastrophe épidémique. Alors que le Ségur devait être structuré autour de quatre axes, l’un d’eux s’est imposé comme l’axe principal, celui portant sur la revalorisation des rémunérations et des carrières. La promesse a été faite très rapidement par le Président Emmanuel Macron le 14 mai dernier : « on va revaloriser les personnels médicaux et paramédicaux ».

A compter du lancement du Ségur, le ministère a donc multiplié les effets d’annonce sur le montant de l’enveloppe afin d’habiller sa volonté de maintenir et accélérer dans le même temps « le cap » (de destruction de l’hôpital public) proposé par les gouvernements successifs jusqu’à aujourd’hui, tout en prétendant donner des gages à un secteur fortement mobilisé au lendemain du confinement. Ainsi, le ministère a choisi de miser sur l’effet « choc » de l’annonce d’une première enveloppe de 6 milliards d’euros pour les soignants hors médecins (élevée à 6,4 milliards le 1er juillet), et le nouveau premier ministre, J. Castex, a augmenté l’enveloppe ce mardi. Elle s’élève désormais à 7,5 milliards d’euros. Une manière de montrer que le gouvernement serait à l’écoute et prêt à négocier. « Sur ces bases, la négociation aboutira », a déclaré Castex, promettant un résultat « à la hauteur des attentes ».

En effet, le gouvernement aimerait pouvoir clore le Ségur en fin de semaine, après l’avoir repoussé une première fois le 3 juillet dernier, et finir sur un protocole d’accord avec les organisations syndicales les plus représentatives du secteur. En effet, le dernier protocole proposé par le ministère le 24 juin dernier n’avait pas fait accord. Olivier Véran proposait alors de débloquer 6 milliards d’euros pour revaloriser les salaires des personnels paramédicaux et non-médicaux. Une somme censée comprendre à la fois une augmentation générale, une refonte des primes mais également des majorations ciblées sur certaines professions. L’enveloppe devait par ailleurs être partagée avec les Ehpad et les cliniques privées. La veille de la manifestation du 30 juin, le ministre avait ajouté une enveloppe de 300 millions pour les 100 000 personnels médicaux hospitaliers. Puis, le 1er juillet, Olivier Véran revenait à la table des négociations et annonçait une rallonge de 400 millions sur l’enveloppe de 6 milliards. Depuis mardi, s’est ajoutée une dernière rallonge annoncée par Castex d’1,1 milliard pour atteindre 7,5 milliards, ainsi que la promesse de la création de 15 000 emplois (financés par la même enveloppe !).

Face à ces annonces, les organisations syndicales majoritaires disent maintenir autour de la table un rapport de force, et cherchent à grapiller ce qui s’apparente en réalité toujours à des miettes. La CFDT ne cesse de saluer les efforts faits par le gouvernement, et s’inquiète de la répartition de l’enveloppe tout en espérant monter à 8 milliards pour obtenir une hausse de salaire « qui aille au-delà de 200 € pour les soignants, et qui se rapproche de 200 € pour les non soignants. ». Alors même que, depuis le début, des collectifs et syndicats estiment à des dizaines de milliards la somme nécessaire pour augmenter l’ensemble des personnels. L’enveloppe proposée par le ministère se rapproche donc de plus en plus de celle espérée par la CFDT, une manière des deux côtés de la table de peut-être s’acheminer vers un accord.

Du côté de Force ouvrière et de la CGT Santé, l’idée jusqu’à présent était de défendre la revendication de base des soignants, à savoir une augmentation de 300 nets par mois pour tous les personnels. Or, l’enveloppe actuelle, pas plus que celle d’hier ne va dans ce sens : si l’on s’en tient à ce compte-rendu de la CGT Santé suite aux négociations du 7 juillet, la majorité du montant de l’enveloppe pourrait aller dans la revendication « socle », cela correspondrait à une augmentation de 165 euros net par mois pour les personnels non-médicaux. On est donc encore loin des 300 euros net par mois, et ce pour l’ensemble des soignants (médicaux et non-médicaux), sans compter les salariés du privé, ni même parler de l’étendue dans le temps de la revalorisation salariale. Par ailleurs, « le problème » peut-on lire dans les Echos, « aux yeux des partenaires sociaux, c’est que le gouvernement considère que la revalorisation des grilles salariales est incluse dans ces 200 euros, alors qu’eux voulaient qu’elle se superpose à cette hausse « socle » ». Les partenaires sociaux espéraient revoir également les grilles salariales.

De plus, dans l’enveloppe de 7,5 milliards, le ministère aimerait dorénavant réserver une somme de 1,4 milliards pour déployer ce qu’il appelle « un système d’intéressement collectif et individuel à l’hôpital » qui permettrait de récompenser certains services en échange d’une certaine productivité par exemple. Une proposition qui s’inscrit dans le projet de transformer les hôpitaux publics en des entreprises privées et de fonctionner par des systèmes de bonus et que dénonce la CGT et FO.

A quelques heures de la fin du Ségur, il est sûr que le plan global proposé par le ministère est insuffisant, tant du côté de l’enveloppe de 7,5 milliards dites pour les revalorisations salariales, que celle qui concerne la reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux. Sans parler du silence absolu qui règne sur la question de l’ouverture de lits ou encore de celle de plans d’embauche conséquents.

Mais, le nœud du problème réside dans le fait que le gouvernement trouve du côté des organisations syndicales majoritaires du répondant voire de très bons alliés. Dans un article publié sur le site de Force ouvrière le 2 juillet, soit après l’augmentation de l’enveloppe à 6,4 milliards, on pouvait lire « au cours de la négociation [du 1er juillet], les organisations ont consenti à revoir la revendication et ont demandé 250 euros net pour tous et avec un effet rétroactif au 1er juillet. Pour l’instant le gouvernement n’a pas répondu ». Une déclaration écrite que les organisations syndicales seraient prêtes à reculer sur la revendication clé de 300 euros net par mois. De la même façon, dans les dernières déclarations de Didier Birig, négociateur de FO au Ségur, suite à l’offre de Castex, l’augmentation de 300 net s’est transformée en une augmentation minimum de 200 euros net. Dans un article des Echos, il explique même être prêt à descendre encore sur la revalorisation « socle » : « On est déjà descendus de 250 à 200 euros. On est prêts à aller à 190 euros, si on obtient des garanties sur le déblocage des carrières ». Les syndicats vont-ils se résoudre à signer un tel protocole en fin de semaine alors même que les propositions restent très éloignées de celles des soignants à la base et s’inscrivent dans une logique générale de poursuite des politiques de privatisation menées ces dernières années ?

En effet, certains collectifs ou syndicats comme Sud Santé Sociaux, qui ont quitté le Ségur, jugent les annonces, totalement insuffisantes. Même réaction du côté de la base des soignants où la déception est grande. Sur France Info, Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, explique : « Au niveau salaire, c’est notoirement insuffisant (…) le problème central, c’est le manque de lits et le manque de personnel à l’hôpital. Et là, il faut mettre les moyens ». Ce dernier, à l’image de nombre de soignants fustige le choix du nouveau premier ministre qui « a impulsé la tarification à l’activité, c’est lui qui a commencé les plans de suppressions de postes, toutes les mesures que l’on conteste aujourd’hui ».

Aujourd’hui, au lieu de souligner l’importance de trouver un accord avec le gouvernement autour d’une table de négociations et alors même que ce dernier fait des propositions indécentes, tout en nommant Jean Castex au gouvernement, les syndicats de la santé et du monde du travail devraient proposer un plan de bataille à la hauteur des attaques qui se cachent derrière les « gestes » dérisoires concédés par le ministère. Un plan de bataille qui consisterait tout d’abord à se retirer immédiatement du cadre du Ségur puis à dénoncer l’ensemble du plan d’investissement pour la santé proposé jusqu’à aujourd’hui par le gouvernement ou encore la répression policière et syndicale qui s’abat sur plusieurs soignants à travers la France. La participation à ce Ségur tout comme le calendrier de mobilisation, avec seulement des dates éparses, proposé par l’intersyndicale est clairement une stratégie perdante. Pour gagner autour d’un véritable programme pour les travailleurs de la santé, et l’ensemble des travailleurs, c’est à dire exigeant un salaire porté à 1 800 euros net, indexé sur l’inflation en cas de situation de récession économique à l’image de la crise qui arrive, ou encore un plan d’embauche massif, le plan de bataille devrait être celui de la mobilisation de tous les soignants dans la rue, celui de la grève et de l’organisation sur les lieux de travail, seule manière de construire un véritable rapport de force contre ce gouvernement remanié qui compte bien faire la guerre aux salariés.




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