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Ségur de la santé : les soignants à nouveau mobilisés ce mardi

Ce mardi 30 juin, l’ensemble des organisations syndicales du secteur de la Santé appellent à une mobilisation nationale. Cette journée intervient notamment après les annonces d’Olivier Véran, cédant la somme de six milliards d’euros pour les salaires des personnels hospitaliers non médicaux, jugée insuffisante, mais aussi après plusieurs intimidations et actes de répression pour décourager les soignants.

lundi 29 juin

Crédit photo : SEBASTIEN LAPEYRERE / HANS LUCAS / AFP)

Le 16 juin, ce sont près de 180 000 personnes qui sont descendues dans la rue pour la première journée d’actions et de mobilisation du monde hospitalier. Alors que la crise sanitaire a révélé les effets destructeurs de la casse de l’hôpital public depuis des dizaines d’années, les conditions de travail de ces soignants mal payés dont le gouvernement n’a cessé de louer les mérites, la police n’a pas hésité, en guise de "remerciements", à réprimer la manifestation parisienne en arrêtant violemment Farida, une soignante ayant été contaminée par le Covid-19 pendant la crise sanitaire, convoquée en septembre au tribunal pour "violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique, outrage et rebellion"

Au vu de la réussite de la journée du 16 juin, et toujours insatisfaits sur leurs revendications, la plupart des organisations syndicales et collectifs – AMUF, APH, Collectif Inter Urgences, Inter hôpitaux, SNPI CFE-CGC, CGT, FO, Unsa – ont appelé à une nouvelle journée de grève nationale, ce mardi 30 juin.

Cette pression de la rue a poussé Olivier Véran à s’exprimer en milieu de semaine dernière, alors que le Ségur de la Santé touche à sa fin. Le Ministre de la Santé a notamment annoncé débloquer la somme de 6 milliards d’euros pour les infirmiers, aide-soignants, techniciens hospitaliers, soit au total, 1,2 million de salariés. Rappelons que les soignants n’ont toujours pas vu la couleur des fameuses primes promises par le gouvernement. Ce nouvel effet d’annonce n’a pas calmé la colère des soignants, alors que Macron avait promis mi-mars que ce Ségur allait « refonder le système de santé » et a même convaincu certains secteurs, à l’appel de syndicats et de collectifs de médecins et d’internes, de se joindre à la grève du 30 juin. Ce lundi soir, sous pression du mécontentement des médecins faisant partie des laisser pour compte de l’enveloppe de 6 milliards, le ministre Olivier Véran a fini par mettre sur la table 300 millions, en plus, pour les 100 000 médecins hospitaliers. Un geste qui a grandement déçu les médecins qui réclamaient 7 milliards.

La revalorisation envisagée est divisée en trois tranches (une hausse de salaire nette, des révisions de grille, une refonte des primes) pour seulement certaines catégories, soignantes (infirmiers, aides-soignants) et médico-techniques (techniciens de laboratoire, manipulateurs radio). Or, le ministre n’a pas annoncé de montant concernant la revalorisation immédiate, alors qu’il s’agit de la revendication principale des soignants qui exigent 300 euros net par mois et ce pour l’ensemble du personnel hospitalier, dès maintenant.

En outre, l’enveloppe devrait être partagée entre le secteur privé et le secteur public, comme l’a indiqué le président de la Fédération des cliniques et hôpitaux privés de France (FHP) au micro de France Info : « Cette information m’a bien été confirmée, avec un périmètre qui reste à préciser et dans des modalités que nous souhaitons rapidement approfondir ». Sur sa page Facebook, le collectif Inter-Urgence s’indigne de ce partage avec le privé : « Mais que vient faire le privé à but lucratif dans ces négociations ??? C’est aux cliniques d’augmenter les salaires de leur personnel, peut être en réduisant les dividendes versés aux actionnaires !!! ».
De plus, comme l’a souligné le Collectif inter-hôpitaux dans un communiqué, au sujet des embauches de personnel, aucun plan n’est prévu. Quant aux fermetures de lits, le Ministre a annoncé ne plus vouloir de « fermeture sèche sans solution » : des mots plus qu’insuffisants au vu de la situation. S’agissant des médecins, ils ont aussi décidé de se joindre à la journée du 30 juin, aucune annonce n’ayant été faite à leur égard.

Depuis le début, le Ségur est une mascarade, qui vise à contenir la colère des soignants en faisant quelques concessions tout en revendiquant et en comptant poursuivre la logique de privatisation de l’hôpital public qui l’a mené à son état de crise actuel. Sud Santé Sociaux a fait le choix de quitter cette « parodie » début juin. Un choix de rupture avec le Ségur pour construire le rapport de force dans la rue, par la mobilisation et l’organisation des soignants à la base, que devrait suivre l’ensemble des directions syndicales conviées à ce cadre de négociations factice.

La réussite de la journée du 16 juin a poussé le gouvernement à faire la concession des 6 milliards qui, bien qu’insuffisante, n’est pas totalement anodine. C’est également cette pression de la rue qui pousse le gouvernement à la répression contre ceux qui ont été en première ligne, à la fois policière avec l’arrestation de Farida, mais également syndicale.

Ainsi, des menaces de sanctions commencent à se multiplier contre ceux qui ont osé dénoncer les conditions scandaleuses dans lesquelles ils ont dû travailler pendant la crise sanitaire. A l’Hôpital de Rouvray par exemple, deux agents sont convoqués en entretien disciplinaire pour avoir dénoncé une note, en plein COVID-19, qui leur demandait de faire sécher leur masque jetable pour les réutiliser. A l’EHPAD de Livry-Gargan, dans le 93, une aide-soignante syndiquée SUD est convoquée pour un entretien préalable, pour avoir alerté des médias de la gestion dangereuse de l’épidémie par son équipe de direction. A l’Hôpital Avicenne, la direction a quant à elle payé 500 euros à quatre reprises un huissier de justice pour intimider le personnel qui manifestait devant l’hôpital.

Une façon bien particulière de traiter celles et ceux de la première ligne, ceux que le gouvernement n’a cessé de féliciter avec hypocrisie pendant deux longs mois de confinement. Cette répression montre aussi que la journée du 16 juin a installé un rapport de force, soutenu par l’opinion publique, qui inquiète le gouvernement, et qu’il est nécessaire de maintenir en descendant dans la rue ce mardi 30 juin.




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