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Jeunesse

Communiqué du Poing Levé

Sélection. La fac du Mirail refuse d’inscrire hors délai un étudiant précaire qui était bloqué à Haiti

L’université du Mirail a refusé d’inscrire un étudiant haïtien dans le processus d’inscription hors délai, au prétexte que « ses motivations étaient insuffisantes ». Une sélection scandaleuse, alors même que l’étudiant n’a pas pu s’inscrire dans la procédure normale parce qu’il était bloqué à Haïti, sans moyens de se rendre à l’aéroport.

jeudi 29 septembre

Crédits photo : REMY GABALDA / AFP

Cette semaine, un étudiant de l’université du Mirail est venu demander de l’aide au Poing Levé face au refus de l’université de l’inscrire dans sa formation. Adam* nous raconte qu’il était inscrit à l’UT2J l’année dernière mais qu’il n’a pas pu passer ses examens à cause de problèmes de santé, et qu’il comptait donc à se ré-inscrire et redoubler pour réussir à terminer sa licence.

Seulement ces dernières semaines, Adam était rentré chez sa famille à Haïti, plongé actuellement dans une crise économique profonde. Adam nous explique qu’il « était impossible de s’inscrire à l’université en ligne, car il n’y a plus accès à Internet là bas », et que suite à l’amplification du mouvement contre l’inflation et la hausse des prix du carburant, il n’a pas pu se rendre à l’aéroport à temps pour s’inscrire à l’université.

Il a donc cherché à s’inscrire dans sa formation via le processus d’inscription « hors-délai » (qui ouvre la possibilité de rentrer dans une formation jusqu’au 30 septembre 2022). Il explique dans son dossier : « Je suis rentré en à Haïti car […] j’ai eu des problèmes de santé qui ne pouvaient que se régler là-bas. Malheureusement le pays est bousculé par une crise politique et sociale, il n’était pas possible de se rendre à l’aéroport. Toutes les rues étaient barricadées depuis un mois, si vous essayez de passer les barricades, on vous tire dessus ».

Mais en réponse, le département dans lequel il souhaite s’inscrire a refusé son inscription, sous prétexte « d’un retard dans les délais et d’une absence de places dans la formation », alors même que les procédures d’inscription hors-délai sont toujours ouvertes. Face à la demande d’explication du Poing Levé, l’université persiste et signe en nous expliquant que « l’inscription hors délai n’est pas un droit automatique puisqu’il est demandé à l’étudiant de motiver sa demande, motivations insuffisantes dans le cas de M. XXX ».

Alors que l’université du Mirail affiche publiquement qu’elle garantie un « accès gratuit et libre aux études supérieures à tous ceux qui le souhaitent », elle montre par cette situation qu’elle opère en réalité une sélection brutale des étudiants qui vivent dans des situations précaires. En faisant fi des difficultés rencontrées par les étudiants, et notamment celle des étudiants étrangers, elle plonge les étudiants comme Adam dans une précarité encore plus grande, celui-ci risquant de perdre son logement s’il n’est pas inscrit à l’université.

Cette situation révoltante n’est qu’un témoignage de la politique de sélection sociale imposée par le gouvernement français depuis des années pour refermer les portes de l’université et en restreindre l’accès aux jeunes les plus précaires, aux classes populaires et aux étudiants étrangers. Une politique que l’université du Mirail applique sans vergogne, malgré des faux-semblants progressistes.

Face à ce scandale, nous revendiquons l’inscription immédiate d’Adam et de tous les étudiants sans distinction de nationalité et de parcours. Nous nous sommes battus l’année dernière pour faire inscrire les étudiants réfugiés d’Ukraine sans distinction de nationalité, et nous appelons tous les étudiants à s’organiser pour lutter et obtenir une université gratuite, ouverte à toutes et à tous, au Mirail et dans toutes les autres universités !

* Le prénom a été modifié



Mots-clés

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