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Politique

"Séparatismes" : des concertations pour légitimer un projet de loi islamophobe et sécuritaire

Schiappa défend son projet islamophobe et lance un cycle de discussions pour faire taire les doutes qui traversent jusqu'à sa majorité. Au nom du « séparatisme », elle fait la guerre aux musulmans mais ouvre aussi la porte à une attaque contre tous les « ennemis de la République », contre donc l'ensemble du mouvement social.

jeudi 17 septembre

Crédit photo:AFP

Ca fait plusieurs semaines maintenant que Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et Marlène Schiappa – ministre déléguée à la citoyenneté- dessinent les contours de leur projet de loi contre les «  séparatismes  ». Lundi 7 septembre ils revenaient dans un entretien donné au parisien sur les grandes lignes du projet avec d’un côté une suspension des financements pour les associations visées : « Nous ne voulons plus un euro d’argent public aux associations qui sont les ennemies de la République !  » a ainsi assuré Schiappa. Ce projet ça serait aussi la possibilité de « fermer une association ou une chaîne YouTube, qui invite, par exemple, quelqu’un qui se présente comme un imam susceptible de dire qu’une femme se parfumant est une fornicatrice méritant les flammes de l’enfer » ou encore la mise en place «  d’un contrat d’engagement sur sur les valeurs de la République, la laïcité  » .

Lancement d’un cycle de discussion pour faire passer un projet décrié

Ce 13 septembre c’est au micro d’Europe 1 que Marlène Schiappa a annoncé le lancement d’un cycle de consultations où ils vont recevoir au ministère de l’intérieur les représentants des cultes, les élus locaux, les parlementaires et un certain nombre d’experts. Le but assumé est de «  lever tous les malentendus et les mauvaises interprétations » car d’après elle « beaucoup de choses ont été dites dans la presse » et peut-être mal comprises... En tous cas il y a un enjeu pour eux à convaincre du projet et à le relégitimer, pour le duo mis sous le feu des projecteur et critiqués jusque dans leurs rangs. C’est ainsi qu’auprès de Public Sénat un ministre « de poids » a déclaré au sujet de l’offensive sécuritaire menée par ses collègues « Il ne faut pas opposer sécurité et sentiment d’insécurité. Il faut faire attention à ne pas faire monter nous-même ce sentiment d’insécurité ». Quand un autre pointe le terme d’ « ensauvagement » qui le « choque d’un point de vue sémantique. Des gens vont se sentir visés. Il y a une connotation très borderline. » . Aurélien Taché député Écologie Démocratie Solidarité du département et ancien LREM répond lui au gouvernement qui s’inquiète des « dérives séparatistes » chez certains élus du Val d’Oise en affirmant « je n’ai encore jamais vu d’élus à qui on pouvait reprocher ce type de fait » et en insistant sur le fait de « ne pas tout confondre ».

C’est cette défiance relative que Schiappa tente de calmer avec le lancement du cycle de discussion. Sans pour autant cesser d’avancer dans le projet, puisqu’elle a assuré qu’il était prévu que le calendrier reste inchangé et que la présentation se fasse toujours à l’automne. Et alors que le gouvernement cherche à faire croire -sans beaucoup de conviction- que le projet ne concernerait pas que les musulmans on peut observer que Schiappa elle est toujours aussi claire depuis le 31 août où elle assurait que le projet viserait « principalement le séparatisme islamiste  » jusqu’à ce 13 septembre où elle a assuré qu’« il s’agit effectivement de lutter contre l’islam radical et je suis très tranquille avec ça pour le dire très simplement et en ces termes  ». En effet celle qui affiche fièrement dans sa description twitter son attachement à la Corse a rejeté à plusieurs reprises ces derniers temps le parallèle avec les corses, comme sur RTL où elle s’est exclamée « Laissez les corses tranquilles, ils n’ont rien demandé ». Les musulman.e.s et les femmes qui portent un voile ou un burkini avaient sans doute eux du demander quelque chose...

Après avoir affirmé qu’elle luttait contre l’islam radical, Schiappa a ajouté « mais il n’y a pas que cela, nous voulons lutter contre le suprématisme blanc, contre les groupuscules radicaux et extrémistes qui veulent s’organiser contre la république ». Après avoir lancé l’offensive sécuritaire et marché tranquillement sur les plates bandes de l’extrême droite, le gouvernement cherche à s’en délimiter en pointant les attentats motivés par des idéologies racistes. Délimitation d’une hypocrisie sans nom quand on sait que l’attentat de de la mosquée de Bayonne le 28 octobre 2019, a été perpétré par un ancien militant du Rassemblement National au lendemain du discours d’Emmanuel Macron appelant à lutter contre « l’hydre islamiste ». Dans le même temps ils élargissent le champs des « séparatistes », en pointant des « ennemis de la République » . Mais qui sont-ils ces ennemis de la République ? On ne peut que se souvenir d’un tweet de Macron le 16 mars 2019 au sujet des Gilets Jaunes : «  Ce qu’il s’est passé aujourd’hui sur les Champs-Élysées, ça ne s’appelle plus une manifestation. Ce sont des gens qui veulent détruire la République, au risque de tuer.  ». Ainsi au delà des rhétoriques racistes que déploie le gouvernement à travers ce projet, il pourrait bien élargir le danger de la lutte contre les « séparatismes » à l’ensemble des voix qui s’élèvent contre lui, et qui sont nombreuses ces dernières années.

Contre l’offensive réactionnaire et islamophobe que mène le gouvernement, il faut que toutes ces voix contestatrices qui ont pris la rue ces derniers temps se rejoignent pour dénoncer les projets de loi racistes. Il faut que l’ensemble des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier s’empare de la question et se mettent en ordre de bataille pour stopper la dynamique réactionnaire et sécuritaire qui traverse toute la classe politique.




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