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Sept militants YFC arrêtés après qu’un service de messagerie « sécurisé » ait fourni leur adresse IP à la police

ProtonMail, qui faisait sa pub sur la confidentialité et le chiffrement des données, a livré à la police par Europol l'adresse IP de militants YFC qui occupaient des locaux contre la gentrification. Sept d'entre eux ont été arrêtés.

mercredi 8 septembre

Ce dimanche 5 septembre, sept militants de Youth For Climate ont été arrêtés par la police après avoir occupé pendant un an plusieurs locaux dans le quartier de la place Saint Marthe à Paris, pour dénoncer la spéculation et la gentrification. Ils passeront devant la justice début 2022 pour “vol et dégradation en réunion et violation de domicile” suite à l’occupation de l’Arche.

Mais si cette arrestation a eu lieu, ce n’est pas par n’importe quel moyen : la police française a mené un appel via Europol, dans le cadre de la coopération européenne contre le terrorisme et le crime international, afin de charger la justice suisse de récupérer l’adresse IP du collectif auprès de ProtonMail, la messagerie qu’ils utilisaient. Des moyens répressifs conséquents qui ont donné lieu à l’arrestation de ces sept militants en utilisant les moyens de la lutte contre le terrorisme pour aboutir à leur identification.

Pourtant, la firme ProtonMail a développé son succès autour la protection de la vie privée et sz la défense des données personnelles qu’elle est censée garantir. D’autant plus qu’elle indique sur son site que « par défaut, elle n’enregistre aucune métadonnée telle que l’adresse IP utilisée pour se connecter à son compte ». Protonmail procèderait à un chiffrement systématique du contenu de tous les emails, mais annonçait également ne pas conserver par défaut les fichiers Log enregistrant les adresses IP. Ce qui n’est plus respecté quand une requête policière acceptée par la Suisse demande à Proton de faire le contraire...c’est-à-dire collecter les IP et les données pour les transmettre à la police.

Il faut dire que cet évènement n’est pas anodin pour Protonmail. En effet, son rapport de transparence montre la croissance alarmante des ordonnances judiciaires suisses, ainsi que celles signifiées au nom d’enquêtes étrangères. On observe qu’en 2020, Proton s’est soumis à plus de 3 000 ordonnances de données provenant de tribunaux suisses, et pas loin de 200 pour ce qui est des juridictions étrangères, soit deux fois plus que l’année précédente. Une ironie lorsque toute la politique marketing de cette messagerie affirme le contraire, démontrant une hypocrisie sulfureuse de la part de la firme.

Cette mesure qui a abouti à l’arrestation de militants, ainsi que la croissance d’ordonnances de données, s’ancre dans une séquence de surenchère sécuritaire et liberticide. Le gouvernement multiplie de plus en plus les mesures d’exceptions, telles que la mobilisation d’Europol, dans le droit commun. Dans ce sens, que ce soit au nom de la lutte contre le terrorisme, ou dans le cadre de la gestion de la crise sanitaire, l’exécutif opère un véritable tour de vis liberticide, sur le plan de la répression et de la surveillance, ce qui constitue une menace importante pour nos mobilisations, nos organisations ainsi que nos droits, tendant à museler les personnes contestataires. Au-delà de la « disproportion », il est totalement scandaleux que des lois anti-terroristes soient utilisés pour censurer ou arrêter des militants, ainsi que la collaboration de la firme avec la police, qui rappelle les offensives que cherchaient à mener le gouvernement sur les réseaux sociaux, pour restreindre la liberté d’expression et faire encore croître la surveillance.




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