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Serbie. Des milliers de manifestants contre la gestion du Covid-19 par le gouvernement

Depuis mardi, des milliers de Serbes descendent dans la rue contre la gestion catastrophique de la crise sanitaire du gouvernement d’Aleksandar Vučić qui a déconfiné complètement au milieu du pic de l’épidémie afin de mener des élections et qui a aussitôt après instauré un couvre-feu à Belgrade. Les manifestations ont été violemment réprimées par la police, faisant de nombreux blessés.

vendredi 10 juillet

Belgrade a été l’avant-scène de l’éruption de colère ce mardi, les manifestants s’étant rassemblés devant le Parlement et certains ayant même pénétré dans le bâtiment. Une colère qui s’est répandue dans plusieurs villes telles que Novi Sad, Nis, Kragujevac et Smederevo. La manifestation a éclaté suite à l’annonce du président Aleksandar Vučić d’interdire tout rassemblement de plus de 5 personnes et d’instaurer un couvre-feu intégral dans la capitale durant le week-end pour essayer de gérer la propagation de l’épidémie. Néanmoins, cette révolte fait partie d’un tableau plus général de la gestion catastrophique de l’épidémie : dissimulation du nombre réel de décès et des personnes contaminées, au déconfinement à deux vitesses (l’autorisation des rencontres sportives de masse) afin d’assurer les élections législatives qui permettent à Vučić d’asseoir son pouvoir au parlement. C’est dans ce cadre qu’un réconfinement brusque pour contrer la montée de l’épidémie ne passe pas.

A la différence d’autres pays où les manifestations contre les mesures prises par les gouvernements pour stopper la progression de la maladie avaient un caractère clairement réactionnaire, en Serbie les manifestations ont un caractère progressiste et montrent un rejet de plus en plus important du gouvernement d’Aleksandar Vučić, qui a employé une forte répression en dispersant les manifestants à coups de matraques, « la plus brutale jamais vue depuis une décennie », selon l’analyste politique Đorđe Vukadinović. En effet, plusieurs médias locaux et notamment sur les réseaux sociaux on a pu assister à des scènes de brutalité policière évidente. La police de Vučić était déchaînée et a déversé sa violence contre les manifestants qui parfois se trouvaient assez loin des lieux de la manifestation. Alors que le ministre de l’Intérieur Nebojsa Stefanovic déclarait que la police agissait en « légitime défense », des vidéos montrent des policiers brutaliser des personnes totalement pacifiques.

En scandant « démission », des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le parlement pour dénoncer « l’attitude irresponsable » du gouvernement. L’enquête de Balkan Insight montre que les chiffres réels de la mortalité et des contaminations ne coïncidaient pas avec le bilan officiel du gouvernement. Celui-ci parlait de 244 morts dus au Covid-19 alors que l’étude montre qu’il y en a eu en réalité plus de 600.

Pourtant la situation catastrophique de crise sanitaire en Serbie n’a pas empêché que Vučić lève toutes les mesures de confinement autorisant même les rencontres sportives et, s’appuyant sur le bilan officiel faussé, qu’il autorise la tenue des élections les plus truquées de l’histoire – le parti progressiste serbe (SNS), qui a remporté la victoire avec la quasi totalité des sièges au Parlement, aurait acheté 5000 voix.

Contrairement à ce que rapportent quelques grands médias sur la Serbie, les manifestations ne se cantonnent pas à l’annonce du couvre-feu, et même le recul de Vučić sur ce point, n’a pas pu éteindre le feu de la révolte, qui a des racines bien plus profondes. Rien qu’à Novi Pazar, un des clusters au sud de la Serbie, le système de santé est collapsé, sans équipement ni respirateurs ni la capacité d’accueillir le nombre des contaminés qui augmente. L’écart entre la réalité et la réponse du gouvernement, comme la première ministre Ana Brnabic qui affirme qu’il n’y a pas de pénurie, malgré la situation alarmante dans les différents hôpitaux, particulièrement affectés dans la région sud du pays est parlante de la manière comme le SNS gère la crise, laissant les travailleurs serbes totalement démunis.

La mobilisation en cours en Serbie montre qu’il y a un rejet profond du gouvernement et que celui-ci tente de conjurer le mécontentement avec une forte répression. Ce n’est pas sûr que cela suffise à faire taire la contestation. Avec la crise économique qui risque de s’abattre sur l’ensemble de la planète, nous devons nous attendre à de plus ne plus de situations comme celle-ci ; elles peuvent éclater à tout moment et à l’occasion de situations les plus diverses. Les capitalistes en sont conscients et c’est pour cette raison qu’ils sont obligés de plus en plus d’avoir recours à la violence.




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