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Politique

Discipline républicaine

Service National Universel : 29 jeunes font un malaise lors d’une « cérémonie patriotique »

Le Service National Universel (SNU), lancé cette semaine, fait déjà scandale : alors qu'ils sont tenus de rester debout et immobiles en plein soleil, 29 jeunes font un malaise à l'occasion d'une cérémonie visant à commémorer l'appel du 18 juin du général De Gaulle, à Évreux. Un évènement qui en dit long sur ce qui est attendu de la jeunesse par le gouvernement : une discipline aveugle, mise à son service au nom de la « Nation ».

mercredi 19 juin

Crédit photo : Twitter @Tristan_CtP

Ce mardi 18 juin a eu lieu la première "cérémonie patriotique" dans le cadre du SNU, ce service militaire à la sauce Macron. Comme annoncé par Gabriel Attal, la phase test de ce dispositif comporte en effet une dimension rituelle importante qui n’est pas sans rappeler l’armée : réveil à 6h30, lit au carré, levée du drapeau tricolore, chant de la Marseille en rangs disciplinés tous les matins et cérémonies patriotiques célébrant la mémoire républicaine.

Ainsi, l’inauguration d’une statue de Charles de Gaulle à Évreux pour commémorer l’appel du 18 juin devient un prétexte pour mettre au pas les jeunes du SNU. Une centaine d’eux sont alors disposés en rang sur les marches de l’hôtel de ville en plein soleil et tenus de rester immobiles pendant plus d’une heure, sans eau ni autre protection que la triste casquette de leur uniforme. D’après le Parisien et de nombreuses vidéos publiées sur Twitter, pendant que les élus font leur discours, pas moins de 29 jeunes font des malaises et sont évacués à l’intérieur du bâtiment où ils sont à peine pris en charge. Les encadrants n’ont pas jugé nécessaire de les mettre au repos ni même à l’ombre. Si la plupart des malaises s’expliquent par l’épreuve de la chaleur étouffante, certains jeunes "ont des symptômes d’hyperventilation et de stress", dus à la situation. « Deux ou trois ont été plus sérieusement touchés, dont l’un a dû être évacué [par les pompiers] », a indiqué le maire de la ville Guy Lefrand ce mercredi.

Une situation absurde, due à l’ordre aberrant qui leur a été donné de rester plantés là pour faire le décor dans la mise en scène nationaliste. Mais quel intérêt ? En faisant jouer aux 2000 volontaires de cet été - et bientôt à tous les ados de France - le rôle d’une jeunesse uniforme et dévouée à la patrie au prix de ce genre de violences physiques et psychologiques, le gouvernement espère que les jeunes finiront par y croire et deviendront autant de petit soldats de la Start-Up Nation, prêts à défendre le régime.

Mais dans la situation politique actuelle, à l’heure où le mouvement des Gilets jaunes a permis la mise en relief des nombreuses lignes de division qui traversent la société et notamment la jeunesse, il semble que les uniformes et les rituels peinent à faire illusion. Sous la casquette bleue, la jeunesse est multiple. Si elle peut s’unir, ce n’est pas à long terme autour de l’idée d’une nation française fantasmée par la bourgeoisie mais, bien au delà des frontières, contre un système qui la prive d’avenir et pour un projet collectif d’émancipation, vers une société dans laquelle on aurait autre chose à faire que se lever à 6h30 pour bredouiller de vieux chants guerriers avant d’aller cuire au soleil pour le plaisir de quelques uns, au nom d’une "Nation"qui n’existe même pas.




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