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Politique

Endoctrinement de la jeunesse

Service national universel. Des uniformes tricolores et une cérémonie patriotique pour « l’appel du 18 juin »

Ce vendredi, le secrétaire d’État en charge de la jeunesse Gabriel Attal en dit plus sur le Service national universel (SNU) qui sera « testé » dès cet été : sur la base du volontariat pour l’instant, les jeunes de 16 ans qui y seront inscrits devront assister à une « cérémonie patriotique pour l’appel du 18 juin » et porter à cette occasion les uniformes tricolores qui leur seront fournis… Vous avez dit « propagande nationaliste » ?

vendredi 12 avril

Crédits photo : Stéphanie Péro / Paris Normandie

Le SNU : l’enrôlement de la jeunesse dès 15 ans

Revenons d’abord sur ce qu’est le SNU en 2019 et sur ce qu’il a vocation à devenir. La mise en place du SNU faisait déjà partie du sombre programme de Macron pendant les présidentielles. Sur le site du gouvernement, on peut lire : « La mise en place d’un Service national universel (SNU) vise à impliquer davantage la jeunesse française dans la vie de la Nation, promouvoir la notion d’engagement et favoriser un sentiment d’unité nationale autour de valeurs communes. » Il s’agit clairement, en d’autres termes, d’un outil de propagande d’État. 

En effet, de quelle « Nation », de quelle « unité nationale » et de quelles « valeurs communes » parle-t-on ? Émanant d’un État impérialiste qui précarise, réprime et assassine en France et à l’étranger, ce sont des termes qui n’ont de sens politique que celui du nationalisme et de son histoire tachée de sang. Si cette rhétorique a pu avoir un certain écho dans le contexte « post-attentat » si bien exploité par l’État pour imposer à long-terme ses mesures « exceptionnelles », elle semble aujourd’hui vraiment déconnectée de la réalité de ce que vivent les gens et notamment les jeunes. Comme si "l’unité nationale" rangée derrière Macron allait permettre une amélioration des conditions de vie, régler le problème du chômage de masse et donner des perspectives à la jeunesse quant à son avenir…

Sous couvert « d’engagement citoyen », le nationalisme nauséabond qui était au fondement du Service National Français - ou « service militaire » - supprimé en 1997 fait donc son retour au coeur du dispositif du SNU qui sera testé cet été dans 13 départements sur 2000 volontaires, tout juste sortis du collège. D’après Gabriel Attal, le SNU sera ouvert à 40 000 jeunes en 2020 et imposé à toute la jeunesse de France d’ici 2023

Uniformes tricolores et cérémonies patriotiques

Ce vendredi, dans un interview sur RTL, Gabriel Attal lâche que les uniformes tricolores déjà annoncés seront composées d’un « pantalon à pince spécifique pour les cérémonies patriotiques », comme celle prévue dans tous les centres du SNU pour le 18 juin, durant la phase pilote qui se déroulera du 17 au 28 juin. 

Commémorant l’appel du général De Gaulle à rejoindre la résistance en exil à Londres en 1940 pendant la seconde guerre mondiale, cette cérémonie du 18 juin sera donc une occasion de plus pour l’État de bourrer le crâne des jeunes avec les « saintes valeurs républicaines ». On peut d’ores et déjà imaginer la scène : la Marseillaise, l’importance de la défense nationale, la lutte pour la patrie, le courage des « grands hommes » tels que De Gaulle… Sera-t-il question de la responsabilité de ce dernier dans les suites sanglantes de la guerre d’Algérie ou des politiques autoritaires qu’il a mené en France jusqu’à sa démission suite à Mai 68 ? On a quelques raisons d’en douter. Ce ne sont pas des cours d’histoire mais bien des cours de patriotisme qui seront dispensés aux jeunes du SNU dès cet été. Cela n’est pas sans faire penser aux camps au Brésil ou aux « réserves militaires juniors » mises en place dans les écoles par les États-Unis dans les suite de l’attentat du 11 septembre 2001. 




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