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Monde

Services essentiels : héros dans la propagande, chair à canon en réalité

Nous publions la traduction du témoignage d’une travailleuse dans la Grande Distribution en Italie sur la nature hypocrite de la rhétorique gouvernementale à propos des travailleurs essentiels, en particulier dans la santé publique et dans la grande distribution, décrits dans la propagande patronale comme des héros, mais envoyés en première ligne sans aucune garantie de sécurité face à la contagion.

mardi 21 avril

Traduction : Ella

Texte original de Sveva Tristan publié sur La Voce delle Lotte : Servizi essenziali : eroi nella propaganda, carne da macello nella realtà

Tout le monde sait désormais qu’il faut rester chez soi dans cette période particulière pour éviter d’être contaminé par le covid-19 et de pouvoir contaminer les autres. Mais bien qu’une grande partie de la population qui peut se permettre (relativement) de respecter cette règle, il en existe une autre toute aussi grande qui est contrainte de sortir tous les jours, composée de toutes les personnes qui travaillent dans des secteurs essentiels. De toute évidence, ceux qui sont essentiels sont tous ces travailleurs qui opèrent dans le système de santé, dans les pharmacies, les transports et la filière alimentaire (supermarchés et magasins de la grande distribution organisée à grande échelle). Mais il faut dire que ceux qui continuent de travailler dans les usines, dans la logistique, dans les secteurs du nettoyage, dans les centre d’appels sont aussi considérés comme essentiels sans trop de distinction.

Il est devenu courant d’entendre parler des travailleurs de ces secteurs en première ligne à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les journaux comme étant les héros de notre temps. Mais je crois, faisant partie de cette catégorie de travailleurs, qu’aucun de nous n’aspire au titre de “héros” ou “d’ange” mais plutôt que chacun de nous espère pouvoir utiliser le DPI (dispositif de protection individuel) adapté et des protections adéquates pour travailler en sécurité. En fait, aucun travailleur ne se sent protégé et en sécurité en ce moment dramatique, au contraire, on voit une vraie prise de conscience sur le risque réel de contracter le virus.

Dans le secteur de la santé, il y a eu, et y a encore aujourd’hui, beaucoup de cas de contagions et de décès parmi les médecins, infirmiers et autres travailleurs de la santé qui n’ont pas eu le droit de se protéger de façon adéquate. Sur les réseaux sociaux, les témoignages pleuvent pour dénoncer le manque important de masques adéquats, de tout ce qui sert réellement à limiter la contagion, et le fait qu’on impose de continuer de travailler en dépit de leurs vies et de celle des patients. Dans les rangs du personnel soignant en première ligne pour combattre le virus, on ne compte plus les suicides, liés à la quantité de stress à laquelle ces travailleurs sont soumis en raison des heures accumulées et de la vision constante de la mort sous leurs yeux.

En ce qui concerne les travailleurs de la grande distribution, la situation ne change pas. Les lieux de travail ne sont pas désinfectés correctement, les dispositifs de protections individuels chaque travailleur se débrouille tout seul pour se les trouver, et ceux qui sont fournis ne sont pas adéquats. Ce sont, trop souvent, des masques en tissu ou, dans le pire des cas, des dispositifs fabriqués chez soi. Fondamentalement, on demande tous les jours aux travailleurs de descendre dans les tranchées pour combattre dans une guerre, armés d’un pistolet à eau, bien qu’on les idéalise comme des personnages héroïques et dignes de toutes les attentions possibles. Et comme si cela ne suffisait pas, dans cette situation de précarité et d’angoisse, s’ajoute l’absence totale de transparence de la part de certaines entreprises qui ne communiquent pas au personnel lorsqu’un travailleur est contaminé : la vérité est omise aux autres collègues afin de continuer les ventes des biens, afin de ne pas fermer, sans aucun scrupule ; cette machine infernale s’appelle le capitalisme.

Les vendeurs des supermarchés se sont retrouvés d’un jour à l’autre à devoir effectuer en plus de leur propre emploi habituel, celui de vigile, avec des rappels constants à la clientèle de maintenir la distance sécurité et d’éviter le risque de contagion, ce qui met ces travailleurs dans une situation de stress en continu.

L’image est claire, nous vivons dans une société qui d’une part admet que nous jouons un rôle fondamental pour la collectivité, d’une autre elle nous traite comme de la chair à canon, nous écrase pour les profits des patrons, ne regarde dans les yeux aucun travailleur et tous les jours nous expose à une situation de danger. Avec plus de conscience après l’avoir vécu directement, il va falloir tout faire pour changer cette société, parce que nos vies valent plus que leurs profits.

Crédit Photo : Miguel Medina. AFP




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