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Du Pain et des Roses

Droit des femmes au travail

Sexisme au travail : les conductrices de train demandent des WC, la SNCF leur propose des culottes menstruelles

Cela fait des dizaines d’années que les conductrices de train dénoncent l’insalubrité, voire l’absence de sanitaires sur leurs lieux de travail. Pour toute réponse, la SNCF leur propose trois culottes lavables, à porter des heures lorsqu’elles ont leurs règles.

mercredi 18 mai

Crédits photo : AFP - Michèle Daniau

Lorsqu’on conduit un train de marchandises durant 10 heures, avec de rares haltes dans des lieux non équipés de sanitaires, une envie pressante peut vite se transformer en cauchemar. Pour les conductrices, les jours de règles, la situation devient infernale. L’une des 394 conductrices employées par la SNCF, sur un total de plus de 15000 agents de conduite, témoigne auprès des journalistes du Parisien : « On se bat depuis vingt ans pour des conditions de travail décentes, notamment l’accès à des toilettes réservées et à des temps de pause suffisants ! »

Des conditions de travail qui concernent aussi les hommes. Un conducteur de Fret interviewé par France Inter déplore : « Avec ce métier, on apprend à se retenir. mais c’est très mauvais pour la santé. Je bois peu d’eau, du coup l’année dernière j’ai fait une grave infection urinaire. »

Lorsqu’elles ont leurs règles et gardent leurs protections hygiéniques trop longtemps, faute de pouvoir accéder à des sanitaires, les conductrices s’exposent à un choc toxique, dû à la présence d’une bactérie dans la flore vaginale. Selon un microbiologiste spécialiste de ce syndrome, « 20 à 30 % de femmes sont porteuses du staphylocoque doré. Si le fluide menstruel est bloqué dans le vagin par un tampon, la bactérie va l’utiliser comme milieu de culture et se développer. Elle va libérer une toxine extrêmement dangereuse et déclencher une infection généralisée dont on peut mourir si elle n’est pas prise en charge correctement ».

Les solutions au problème sont connues depuis longtemps : équiper les trains de fret de WC afin de permettre à celles et ceux qui les conduisent de se soulager et de se changer au besoin dans les meilleures conditions ; des haltes régulières et suffisantes dans des endroits équipés de sanitaire ; une reconnaissance au travail des difficultés liées aux règles et la possibilité de poser des congés menstruels.

Pourtant, la SNCF a préféré le mépris et les économies : « Chères conductrices, dans la continuité de nos entretiens de l’année dernière sur le sujet de l’accès aux sanitaires pour les conductrices, notre ambassade aimerait mettre en expérimentation la culotte menstruelle... » C’est ainsi que débute un mail reçu récemment par des conductrices de Fret, envoyé par le service Rail Mixité de la SNCF.

« Je pars de Perpignan à 2h du matin, j’arrive à Avignon aux alentours de 8h, je vais garder ma culotte tout ce temps-là ? » ironise l’une des destinataires du mail, citée par France Inter. Face au tollé suscité par l’envoi de ce mail et sa publicisation, la présidente de SNCF Mixité revendique cette expérimentation comme une mesure féministe sur Twitter et déplore le bad buzz qu’elle a engendré.

Pourtant, en termes de mesures cosmétiques sur les questions d’égalité de genre, la SNCF n’en est pas à son coup d’essai. Il y a 10 ans, un kit « Go Girl » pour uriner debout avait été offert à certaines cheminotes, accompagné à l’époque d’un livret expliquant aux commerciales comment se maquiller pour mettre les nouveaux uniformes en valeur. Une fois de plus, la direction de la SNCF prouve son hypocrisie concernant les questions féministes, avec un objectif affiché de « féminiser » des métiers historiquement masculins comme la traction des trains, mais en privilégiant toujours les économies faites sur le dos des femmes et de l’ensemble des travailleurs de l’entreprise.



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