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Politique

Chez ceux d’en haut

Si Macron veut (encore) sauver l’essentiel, c’est (toujours) la fébrilité qui domine 

« Aujourd'hui, les gens veulent voir votre tête au bout d'une pique ! », ce ne sont pas les mots d’un gilet jaune mais une formule adressée par un maire à Macron, début décembre, lors d’un entretien "sans filtre" avec le président de la République. En un certain sens, le « Macron démission ! » entonné par les gilets jaunes à chaque manifestation résonne comme une colère raisonnée en rapport à ces termes rapportés. Un exemple parmi tant d’autres qui illustre la manière dont le soulèvement des gilets jaunes a réveillé le spectre de la révolution au sein des classes dominantes.

vendredi 21 décembre 2018

Les temps sont durs pour Macron et son parti LREM. S’il affirme ne pas changer de cap, Macron est obligé de réagir de manière brusque à la première crise majeure de son quinquennat ouverte par le soulèvement des gilets jaunes. C’est ainsi un tournant à 180 degrés sur la méthode que Macron opère en commencent à se raccommoder avec les « corps intermédiaires ». Sur sa « gauche », le lieutenant-colonel Laurent Berger, sur sa droite, son nouveau représentant à l’international Nicolas Sarkozy. C’est dire la détresse de Jupiter.

Pour autant, l’exécutif espère (encore) et toujours pouvoir sauver les meubles de son quinquennat ainsi que son agenda de contre-réformes. D’abord, la réforme de l’assurance-chômage, la « réforme » de l’Etat ou encore les retraites. Si cette dernière a déjà été repoussée aux calendes post-élections européennes, la réforme de l’assurance chômage commence elle aussi à avoir du plomb dans l’aile dans le contexte de mobilisation actuelle. Déjà, le gouvernement a prévenu que le régime des intermittents du spectacle ne sera pas concerné par les « mesures d’économies ».

Ainsi, à contrario des apparences maintenues par Macron, la fébrilité règne toujours chez ceux d’en haut. Et ce ne sont pas les miettes visant à éteindre la colère des gilets jaunes, ni le cadeau de Noel fait aux policiers pour les remercier de leurs bons et loyaux services quant à la répression des manifestants qui va arranger les choses pour le gouvernement. Si les mauvais réflexes ressurgissent, ils sont corrigés maladroitement dans l’instant. Il suffit pour cela de voir les va-et-vient de la politique gouvernementale et la parole enfin ouverte, dans la mesure du raisonnable, au sein de LREM. 

Après avoir annulé les mesures compensatoires à la hausse des taxes écologiques comme l’extension du chèque énergie, deux heures plus tard, sous pression des parlementaires LREM, l’exécutif annule cette annulation. De même pour Vinci qui, après avoir envisagé de faire acquitter le montant des péages aux automobilistes ayant profité des passages gratuits, y renonce quelques heures plus tard, suite à l’indignation générale et à…l’incendie d’un péage à Bandol. Pour régler la question, le gouvernement a expliqué régler la note à la multinationale de l’autoroute.
Signes, s’il en fallait, que non seulement Macron ne pourra et ne peut déjà plus gouverner comme avant. Les formules assassines et méprisantes de Macron ne font plus partie de la stratégie de communication de Macron. Désormais, c’est au Courtepaille que lui et ses équipes dînent pour se faire « proche du peuple ». Non, définitivement, Jupiter n’est plus. Plus encore, en cédant face au soulèvement des gilets jaunes, il a peut-être ouvert une boite de Pandore. Si en 4 semaines, il est possible de le faire plier, pourquoi d’autres secteurs ne se lanceraient-ils pas eux aussi dans la bataille ?

Crédit photo : PHILIPPE WOJAZER / AFP




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