^

Politique

Une provocation

Sibeth Ndiaye sur Lubrizol : « Je serais restée car je suis quelqu’un d’un peu rationnel »

La porte-parole du gouvernement a déclaré qu’elle serait restée si elle habitait près de l’usine Lubrizol partie en fumée… Quand la communication du gouvernement pour couvrir le scandale va trop loin.

jeudi 3 octobre

À Rouen, des craintes irrationnelles ?

Jeudi matin, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, s’est livrée à un absurde exercice de propagande au micro de RMC. « Je serais restée car je suis quelqu’un d’un peu rationnel et j’essaye de faire confiance dans les gens qui savent » a-t-elle déclaré sans sourciller. « Vous voyez votre fils ou votre fille en train de vomir, en train d’avoir des difficultés pour respirer, avoir des maux de tête, vous restez ? » s’est étonné Jean-Jacques Bourdin. La porte-parole n’en démord pas ; elle irait « éventuellement » à l’hôpital, mais elle resterait chez elle. Le message du gouvernement aux habitants de Rouen et de ses alentours reste le même : restez calmes, soyez « rationnels ».

Mais alors, est-ce irrationnel de craindre pour notre santé quand une usine, classée Seveso, présentant donc des risques d’accidents majeurs, s’enflamme en plein milieu d’une ville ? Quand un panache de fumée noire s’étend sur plusieurs kilomètres, que les habitants des alentours se plaignent de maux de tête, de vomissements ? Quand on ne connaît pas l’origine de l’incendie et quand 5 253 tonnes de substances chimiques sont parties en fumée ?

En janvier 2013 déjà, cette même usine Lubrizol avait connu un premier incident grave, une fuite de mercaptan, gaz « toxique par inhalation » et « dangereux pour l’environnement ». À l’époque, le Ministère de l’Ecologie avait conclu à des erreurs techniques et humaines, et l’entreprise avait écopé d’une amende d’à peine 4 000 euros. Pour une entreprise possédée par le milliardaire américain Warren Buffet, autant dire que l’amende n’était rien de plus qu’un euro symbolique.

De plus la situation n’est pas aussi simple que ce que la porte-parole du gouvernement insinue. Beaucoup de Rouennais habitant près de l’usine n’ont pas eu d’autres choix que de rester ; pour la grande majorité de la population, il est difficile de trouver des solutions de relogement sans débourser de l’argent. Et que dire des gens du voyage, logés par la mairie de Rouen sur un terrain à moins de 500 mètres de l’usine, en pleine zone Seveso, pour lesquels aucun local de confinement ni plan d’évacuation n’avait été prévu ?

Vérité pour les habitants de Rouen !

Mardi, le gouvernement a publié une liste des produits ayant brûlé dans l’incendie. Agnès Buzyn, ministre de la santé, se veut rassurante : la pollution émise « n’entraîne pas de risques pour la santé, avec ce que nous connaissons aujourd’hui », et le préfet, Pierre-Yves Durand, affirme quant à lui que « tous les produits ne sont pas dangereux ».

Mais selon Le Monde, qui a épluché cette liste, on retrouve parmi les dix produits présents en plus grande quantité des substances pouvant nuire à la fertilité. Interrogée par le journal, Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et présidente de l’Association Henri-Pézerat, souligne la présence de benzène ou de HAP (hydrocarbures), potentiellement cancérogènes. La spécialiste de la pollution ajoute que c’est « l’effet cocktail de tous ces produits qui ont brûlé qui est dangereux ». De plus, le journal Sciences & Avenir dénote la présence de 257.894 kilos de distillat de pétrole, appartenant à la classe de danger H 304, ce qui signifie qu’il « peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires ».

La transparence du gouvernement semble bien opaque. Alors oui, les Rouennais sont méfiants, et ils ne sont pas les seuls. Rappelons que l’Union Européenne recense 10 000 sites Seveso, dont 705 en « seuil de risque haut » pour la France. La véritable transparence ne sera obtenue que par des enquêtes indépendantes, en collaboration avec les populations touchées et les organisations écologistes et syndicales qui dénoncent les risques de ce type de sites depuis des années.

Le capitalisme nuit gravement à notre santé et à celle de la planète

Car l’opacité de ce genre d’évènement n’est pas un hasard. Elle est le fait de tout un système industriel, économique, qui met en danger les populations et qui échappe totalement à leur contrôle, tout comme à celui des travailleurs et travailleuses en première ligne lors de ces accidents.

Les entreprises dangereuses pour la population, les travailleurs et l’environnement doivent fonctionner dans la plus absolue transparence, c’est-à-dire entre les mains et sous le contrôle direct des travailleurs. C’est la seule solution pour que l’industrie lourde ne soit plus soumise à des directives de profit, mais plutôt à des mesures environnementales et de sûreté.

La maîtrise directe et démocratique, sous le contrôle des travailleurs, du système productif serait le seul moyen d’avoir un pouvoir réel sur la production et notre sécurité. Face à la catastrophe sociale et environnementale à laquelle on est en train d’assister ces jours-ci à Rouen, il devient urgent d’exproprier ces entreprises polluantes qui mettent en danger nos vies.

Macron et son gouvernement l’ont compris : les mobilisations pour la justice climatique, les questions de choix économiques, industriels, et de conditions de travail, se rejoignent, et c’est cette convergence qui leur fait peur et qu’ils essayent à tout prix de freiner. C’est ici et maintenant que notre victoire peut se construire, par la mobilisation et la grève, seules à même de s’affronter aux capitalistes qui ruinent nos vies et notre planète.




Mots-clés

Scandale Lubrizol   /    environnement   /    Politique