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Le gouvernement dissout un groupe antifasciste : solidarité avec le Gale face à l’offensive autoritaire !

Après les offensives contre des organisations antiracistes, ou encore les menaces qui pèsent contre Nantes Révoltés, ce mercredi, Gabriel Attal a annoncé la dissolution du Gale, un groupe antifasciste lyonnais. Contre cette nouvelle attaque et le saut autoritaire du gouvernement, l’ensemble des organisations politiques et du mouvement social doivent faire front. Solidarité !

mercredi 30 mars

Photo : compte Twitter du Gale

Le Gale, Groupe Antifasciste Lyon et Environs, se définit comme étant un groupe luttant « contre le fascisme bien implanté sur Lyon, contre la répression et les violences policières, contre le sexisme et l’impérialisme » selon le propos d’une de ses membre récolté par Mediapart. Après avoir lancé la procédure de dissolution le jeudi 17 mars, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé ce mercredi à l’issue du conseil des ministres la dissolution du groupe. Ce dernier, selon les mots du gouvernement, est « connu pour ses actions violentes, ses appels à la haine et ses incitations virulentes et incessantes à s’en prendre à nos forces de l’ordre. » Et Gabriel Attal de rajouter : « que les choses soient dites, nous ferons respecter l’ordre républicain jusqu’au bout et face à tous ceux qui le menacent ».

Le projet de décret de dissolution consulté par Mediapart explique que « le Gale inscrit sa stratégie dans la récurrence d’actions violentes, légitimées par un discours idéologique dirigé contre la violence et le racisme d’État. » Le gouvernement reproche par exemple au groupe d’avoir organisé, appelé ou participé à des manifestations ces dernières années contre l’extrême-droite, en hommage à Rémi Fraisse ou en soutien au peuple kurde. Il lui reproche également ses positions contre la police, qu’il considère être « des appels à la haine contre les forces de l’ordre ». En cause, les slogans « Acab » ou « tout le monde déteste la police », ou encore le relai d’une vidéo où l’on entend « tous les flics sont des bâtards ». Tout autant de motifs visant à faire taire tous ceux et celles qui dénoncent quotidiennement les violences policières.

Mediapart commente : « Le texte insiste sur le fait que ces rassemblements ont donné lieu tantôt à des dégradations, tantôt à des jets de projectiles contre les forces de l’ordre, sans pour autant démontrer que les membres du Gale en seraient responsables. Par un glissement sémantique propre à la police administrative, le ministère de l’intérieur entretient l’ambiguïté entre les infractions attribuées à des individus et et leur imputabilité au groupe, auquel il est reproché entre les lignes de les cautionner, voire d’en être à l’origine. » Pour les avocats du collectif, « cette procédure de dissolution trouve sa seule justification dans la proximité immédiate d’échéances électorales importantes », alors que le Gale « n’est à l’origine d’aucun trouble grave à l’ordre public ».

Face à l’annonce de la dissolution du groupe, un des membres du Gale affirme auprès du Progrès : « On ira au Conseil d’État. On ne va pas lâcher. On fera encore parler de nous, c’est sûr. Ils ne vont pas nous clouer la bouche avec une dissolution. Les élections arrivent avec une extrême-droite au plus fort, il y a encore des fascistes sur Lyon, il y a encore beaucoup de choses à critiquer au gouvernement notamment on voit ce qu’ils viennent de faire avec une dissolution d’un groupe de gauche, donc non les antifascistes de Lyon ne vont pas disparaître et ils seront encore présents dans les prochaines manifestations. »

La dissolution du Gale est la conclusion d’un long processus de répression contre ses membres. Déjà en novembre dernier, plusieurs de ses membres comparaissaient en procès après une altercation avec des militants d’extrême-droite. Ce procès avait été l’expression criante d’un deux poids deux mesures dans le traitement des militants d’extrême-droite et ceux d’extrême-gauche : les militants du Gale avaient été attaqués en justice et accusés pour « violences en réunion » sur des membres du groupe catholique d’extrême-droite Civitas, quand ces derniers, qui avaient scandé des slogans antisémites pendant une manifestation contre le pass sanitaire, n’ont jamais été inquiétés.

Dans un contexte de montée des idées réactionnaires, où la campagne présidentielle a été rythmée par les sorties racistes et islamophobes et la montée de l’extrême droite, le choix de dissoudre ce groupe n’est pas anodin. D’autant plus alors que les attaques violentes de la part de militants d’extrême-droite se multiplient, comme par exemple l’attaque de réunions anti-fascistes à Strasbourg et Rennes le mois dernier, ou encore le meurtre de Frederico Aramburu samedi 19 mars.

La décision du gouvernement s’inscrit en réalité dans la longue continuité de nombreuses dissolutions au cours des derniers mois. Le 9 mars, Gérald Darmanin annonçait la dissolution du Collectif Palestine Vaincra, et le 25 mars, c’était Nantes Révoltée, un média d’extrême-gauche, qui était menacé de dissolution. A l’occasion de la manifestation du 26 mars en soutien au Gale, ses militants dénonçaient ainsi : « Après les collectifs de défense des musulmans puis les comités de soutien à la Palestine, le pouvoir s’attaque désormais au mouvement antifasciste. L’ensemble du camp progressiste, des forces politiques, syndicales et associatives doivent passer à l’offensive et apporter une réponse commune contre cette dissolution, sinon, ils démantèleront une à une nos organisations. »

Aujourd’hui, la dissolution du Gale marque un nouveau saut dans la surenchère autoritaire et sécuritaire du gouvernement, puisqu’il s’agit de la première dissolution d’un groupe d’extrême-gauche depuis la dissolution d’Action directe en 1982. Le projet du gouvernement, permis par la mise en application de la Loi Séparatisme, s’affine de jour en jour : il s’agit de faire taire toutes les voix dissonantes qui dénonceraient le racisme d’État, le colonialisme d’Israël ou les violences de l’extrême-droite. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement utilise les mêmes arguments que pour la dissolution du Collectif Palestine Vaincra, qu’il accusait de diffuser « l’idée d’une islamophobie à l’échelle internationale ».

Avec cette nouvelle dissolution, c’est l’ensemble du mouvement social qui est menacé. Face aux attaques du gouvernement, il est fondamental que les organisations du mouvement ouvrier fassent front pour construire une riposte unitaire en soutien au Gale et plus largement à l’ensemble des organisations de gauche menacées ou dissoutes par le gouvernement.



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