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« Sommet social » : les directions syndicales de nouveau au chevet du gouvernement

En pleine crise sanitaire, économique et sociale, les directions syndicales se retrouvent encore une fois à Matignon. Trois mois et demi après leur dernière rencontre, le premier ministre a de nouveau invité les représentants des organisations syndicales. Une nouvelle occasion pour l’exécutif de mettre en scène un « dialogue social » qui ne sert aucunement l’intérêt du monde du travail.

mardi 27 octobre

JEAN-FRANCOIS BADIAS / POOL / AFP

Face à la crise économique, le gouvernement avait dès la mi-juillet ouvert la voie à un retour en grande pompe au « dialogue social ». A peine nommé, le nouveau premier ministre Jean Castex avait reçu les directions syndicales et les organisations du grand patronat pour un sommet social avec pour objectif de remettre le « dialogue social » au cœur du quinquennat. Au programme, un certain nombre de thème sociaux et économique visant à mettre en scène la construction de la suite du quinquennat Macron.

Quelques mois après, la crise est passée par là. D’un côté la crise économique a détruit sur son passage un nombre très important d’emplois, près de 800 000 au total depuis la crise sanitaire. Mais surtout l’été a été ravageur en termes de destructions d’emplois notamment dans les grandes entreprises. De Total à Bridgestone, jusqu’à Airbus, des dizaines de milliers d’emplois ont été détruits par le grand patronat. En ce sens, que les directions syndicales se retrouvent en « négociation » avec le MEDEF qui licencie en masse révèle en substance la nature même de ce « dialogue social » : à savoir une manière pour les directions syndicales d’accompagner la casse sociale plutôt que de l’en empêcher.

Mais pourtant, placé sous le signe de la crise sanitaire et économique, le grand raout mis en scène par le gouvernement a accouché d’une souris comme l’affirme Les Echos. En effet, loin d’avoir permis de mettre en scène le « dialogue social » qui roule, la plupart des sujets sociaux ont été soit reportés, soit n’ont que peu avancé. De la réforme de la formation professionnelle à l’assurance-chômage, jusqu’au plan jeune, c’est plutôt un flottement généralisé qui s’est exprimé. Même du côté patronal, « Ca patine » rapporte Les Echos. « Ca sent l’enfumage » exprime-t-on du côté d’un représentant syndical, mettant en exergue l’exemple des reconversions professionnelles.

Mais ce que pourraient chercher à mettre en avant les directions syndicales, c’est essentiellement le report de deux réformes des plus explosives : celles de l’Assurance chômage et de la réforme des retraites. La première a déjà été repoussée au 1er janvier 2021 puis repoussée au 1er avril 2021 en raison de la crise économique historique en cours. Alors qu’il souhaitait relancer la réforme en cette rentrée, le gouvernement semble pour le moment considérer qu’elle peut difficilement être appliquée dans le contexte actuel alors que les licenciements pleuvent pas milliers. Les Echos rapportent les propos d’un poids lourd du gouvernement : « Réforme excellente mais inapplicable avec la crise. » Ce report est donc loin d’être une annulation, tant le gouvernement n’entend pas « renoncer » à son projet. De même pour la réforme des retraites qui n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Mais si le gouvernement n’entend pas encore abandonner ces deux réformes symboliques du quinquennat Macron, ce n’est en l’occurrence absolument pas le résultat d’une quelconque négociation. Il s’agit en réalité de la peur pour l’exécutif, largement mal en point, d’ouvrir une offensive de premier ordre dans un contexte social explosif. Alors que la colère sociale couve, une telle réforme pourrait être l’étincelle qui mettrait fin à l’atonie sociale qui demeure. C’est donc la peur de mettre de l’huile sur le feu qui guide l’exécutif dans ses choix.

Dans ce contexte, le rôle des directions syndicales dans l’illusion de ce « dialogue social » est d’autant plus délétère qu’il sert de béquille à un gouvernement bien mal en point. Contre toute illusion que ces « négociations » apportent quoique ce soit de progressiste pour le monde du travail, il est nécessaire de dénoncer avec force toute « concertation » avec le gouvernement et les organisations patronales. Ce dont le monde du travail a besoin, c’est tout au contraire un plan de bataille qui puisse répondre à la crise sanitaire, économique et sociale. Plus que jamais, il est nécessaire de rompre avec le « dialogue social ».




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