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Vague de colère

Sondage. Une nouvelle génération affirme qu’une autre société est possible

Un sondage Ifop commandé par l'Humanité révèle que près de deux tiers des jeunes de moins de 30 ans pensent qu'il est « possible de construire une société basée sur la coopération et le partage des richesses et des pouvoirs ».

Anna Ky

31 décembre 2020

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Crédits photo : O Phil des Contrastes

A la demande de l’Humanité, Ifop a réalisé un sondage sur « Le regard des jeunes âgés de 18 à 30 sur le communisme ». Réalisé sur un panel représentatif de plus de 1000 personnes, l’enquête révèle une génération pour qui la notion de capitalisme évoque quelque chose de négatif (à 60%) et dont 28% affirment le communisme est une idée d’avenir. Une génération qui n’a pas grandit dans l’idée qu’il n’existe aucune alternative au système actuel (contrairement au « There is no alternative » de Thatcher qui résonnait chez leurs parents).

Et si la moitié continuent à associer prioritairement le communisme à la dictature stalinienne ou à « l’échec d’une idéologie en URSS et dans le reste de l’Europe », un jeune sur deux pense que le communisme rime avant tout avec la mise en commun des biens publics, la partage des richesses, l’égalité ou encore une société débarrassée de l’exploitation. Au total, plus des deux tiers des sondés pensent que « les idées communistes ont été perverties par les crimes commis au siècle dernier en URSS » et 63% d’entre eux affirment qu’il est « possible de construire une société basée sur la coopération et le partage des richesses et des pouvoirs ».

Une enquête certes partielle, mais qui dessine les contours d’une nouvelle génération qui ne se résigne pas à vivre dans un système capitaliste en crise (reconnu comme principal responsable du dérèglement climatique par 58% d’entre eux) et qui est prête à relever la tête pour une société plus juste, débarrassée de l’exploitation et des oppressions. Ce que cette enquête vient illustrer, c’est surtout que la jeunesse en France ne fait pas exception au vent de révolte qui souffle sur le monde entier depuis plus de deux ans.

En Irak, au Liban, au Chili, en Algérie, à Hong-Kong... Ces dernières années, la jeunesse de plus en plus précarisée et exposée à un chômage grandissant, servant de variable d’ajustement au patronat, s’est trouvée en première ligne des épisodes les plus explosifs de la lutte des classes à échelle internationale. Point commun de la plupart de ces phénomènes, les revendications démocratiques et radicales mises au premier plan par les manifestants. Des militants se revendiquant « pro-démocratie » à Hong-Kong aux jeunes algériens qui scandaient « système dégage », les luttes anti-racistes et contre les violences policières qui ont secoué les États-Unis et la France ces derniers mois ne font pas exception à cette soif de justice et d’égalité.

« C’est tout un ensemble, c’est un ras-le-bol » expliquait une jeune fille interviewée par Révolution Permanente au cours d’une manifestation contre la loi sécurité globale. « Aujourd’hui les violences policières ne matraquent pas seulement des gens. Elles matraquent des idées, des mouvements sociaux » affirmait Matéo, étudiant à Paris 8, au cours du même reportage. « On a peur pour notre avenir, pour nos parents, nos retraites... Il y a plein de problèmes », poursuivait une autre jeune manifestante. « On a tous des raisons d’être dans la rue aujourd’hui, contre les inégalités, en ce qui concerne les femmes et les personnes LGBT, les personnes racisées, pour l’environnement... »

Une autre jeune interviewée décrète qu’il « faut un renversement du système capitaliste, on en veut plus ». Et quand Flora Carpentier, qui tient le micro de Révolution Permanente lui demande ce qu’il faudrait mettre à la place, elle répond du tac au tac : « Le communisme ! »

Frédéric Dabi, directeur général adjoint d’Ifop, décrétait il y a quelques semaines que les jeunes se voient « complètement comme une génération sacrifiée » et qu’une « part importante de segments de la population jeune qui se dit inquiète et pessimiste ». Pourtant, dans cette même interview, Frédéric Dabi revenait aussi sur un sondage qui révèle que plus de 60% des jeunes se disent optimistes quant à l’avenir en dépit du lourd tribut que leur impose la crise économique, sociale et sanitaire.

« Cette pandémie inflige un triple choc aux jeunes : non seulement elle ruine leurs perspectives d’emploi, mais elle perturbe aussi leurs études et leurs formations, et met des bâtons dans les roues de ceux qui veulent accéder au marché du travail ou cherchent à changer d’emploi » analysait déjà un journaliste des Échos en mai dernier.

Mais comme nous l’écrivions il y a un mois, cette « génération sacrifiée » est loin d’être résignée. Parmi les jeunes, qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise, une fraction importante est déterminée à lutter contre les inégalités croissantes, à se battre pour une autre société – ce que l’on a vu lors des derniers mouvements sociaux.

Le phénomène de politisation et de colère qui secoue le monde entier depuis 2018 et qui se fait ressentir en France est profond, et les explosions sociales sont loin de s’estomper. L’année 2021 sera placée sous le signe d’un approfondissement de la crise et des inégalités, mais aussi, on l’espère, marquera un réveil massif de la jeunesse, qui n’a rien à perdre et tout à gagner.


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