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Politique

Remonté conjoncturelle, impopularité structurelle

Sécuritaire, immigration... Macron tente de se refaire une santé à droite

Depuis quelques semaines, les appels du pied de Macron à l'électorat de droite sont constants.

mercredi 23 janvier

Le président des riches bénéficie désormais de 27% d’opinion favorable d’après un sondage Ifop réalisé pour le JDD. Il infléchit ainsi légèrement une chute tendancielle qui ne faisait que s’aggraver depuis avril 2018, c’est à dire depuis la bataille du rail, l’affaire Benalla et les départs en cascade de ses ministres à la rentrée. Alors que le mouvement des gilets jaunes, lancé depuis le mois de novembre, révèle une crise profonde d’autorité et de légitimité de la part du président marcheur, comment comprendre cette remontée dans l’opinion ?

Loin d’être une construction médiatique ou un coup de pouce artificiel et instrumentalisé, la remontée – toute relative quand on voit qu’il fédère encore 70% de mécontents contre lui – de Macron peut s’expliquer par les appels du pied constant qu’il adresse à l’électorat de droite depuis des semaines. Comme le souligne le politologue Jérôme Sainte-Marie pour Le Monde, les électeurs fillonistes sont les derniers chez qui Macron peut chercher un soutien pour asseoir sa base sociale structurellement faible car ce sont « les seuls électeurs disponibles et susceptibles de soutenir le chef de l’État – en dehors de son propre socle ». C’est d’ailleurs chez eux que Macron gagne, d’après le sondage Ifop-Fiducial de Paris Match, près de 10 points de cote de popularité dans la dernière période. Toutefois, comme le résume parfaitement Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, cette remontée n’est qu’« un petit bol d’air dans une impopularité qui reste structurelle ».

Cette remontée, un peu poussive il faut bien l’admettre, a cependant pour elle de sérieux arguments qui ont bien été entendus par l’électorat de droite. Tous azimuts, Macron a laissé entendre dans sa lettre aux français qu’il pourrait instaurer des quotas d’immigration tandis que Philippe avançait muni de sa loi anti-casseur, destinée à diviser le mouvement des gilets jaunes entre bons et mauvais manifestants, et que Blanquer, ministre de l’éducation nationale, proposait de couper les allocations familiales pour les parents d’enfants violents. Si l’on y ajoute la mesure qui consiste à exonérer les heures supplémentaires, mesure totalement sarkozyste, Macron et son gouvernement ont bel et bien mené une offensive en règle sur l’électorat de droite, notamment celui des Républicains.

Après avoir anéanti le PS lors de la campagne électorale, c’est donc au tour des Républicains. Avec constance, Macron s’emploie à détourner la base électorale filloniste à son profit afin de polariser la vie politique autour de trois grandes formations : le RN et LFI pour les « extrêmes » et LREM pour le centre. Si une partie des juppéistes est acquise à la cause de Macron tout comme une partie du Modem (en témoigne le groupe des Constructifs qui soutient totalement LREM), une partie de électeurs fillonistes, plus proches de Laurent Wauquiez, est en passe d’être siphonnée par Macron tandis que l’autre partie part vers le RN.

Ainsi, Macron entend se servir de la crise ouverte par le mouvement de gilets jaunes pour continuer sa politique d’hégémonie à l’extrême-centre. Il tente de former autour de ses propositions anti-sociales et sécuritaires un bloc anti-Gilets jaunes qui souhaite voir revenir l’ordre dans le pays. En somme, il joue sur les ressorts habituels de la droite qui mettent la sécurité et le mérite en avant pour masquer toutes les questions sociales que posent les inégalités structurelles du capitalisme.

Avec cette remontée, on peut avoir l’impression que Macron reprend les rennes du pouvoir et qu’il va inverser la tendance en redevenant le maître des horloges. Cependant, comme le souligne Jean-Dominique Merchet, journaliste à L’Opinion, dans un tweet : « Macron est en train de remporter une VICTOIRE TACTIQUE en rassemblant derrière lui la droite bourgeoise. Ce faisant, il prépare un choc encore plus frontal avec les catégories populaires (et majoritaires). DÉFAITE STRATÉGIQUE en perspective. ». En effet, la ligne de Macron est gagnante à court terme mais elle ne peut résoudre le déficit de légitimité qui marque un quinquennat entaché par un deuxième tour qui a vu une abstention record sous la Vème République. En outre, on ne saurait oublier que Macron reste plus impopulaire que son prédécesseur et qu’il fait fasse à un mouvement dont la profondeur marque rien de moins que le retour du spectre de la révolution.

Crédit photo : LUDOVIC MARIN/AFP.




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