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Du Pain et des Roses

Appel à se remobiliser le 2 octobre

Sondages sexistes et « tenues républicaines » : trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider !

Après une journée d’action contre les règlements intérieurs sexistes dans les collèges et les lycées, la tenue des jeunes filles est à nouveau au cœur du débat public. Alors que Blanquer les appelle à s’habiller de manière « républicaine » et après le scandale suscité par un sondage Ifop sur les « tenues correctes », nous devons soutenir les lycéennes qui appellent à se remobiliser ce 2 octobre !

jeudi 1er octobre

Crédits photos : Eric Bureau / AFP.

Depuis la rentrée, des milliers de collégiennes et de lycéennes défient les règlements intérieurs de leurs établissements, qui leur imposent des règles d’habillement sexistes sous couvert de l’obligation de tenues « correctes ». Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient sous les hashtags #BalanceTonBahut et #14septembre. Des marques de la colère des lycéennes face au sexisme institutionnel qu’elles ont subi tout au long de leur scolarité : harcelées, critiquées, sanctionnées pour avoir porté un t-shirt ou un short « trop court », un décolleté « trop plongeant », une tenue « trop provocante »...

C’est là la nature profondément sexiste de la réglementation des tenues des filles : parce que leurs corps sont sexualisés, qu’ils risquent de « provoquer » (sic) les garçons et donc de perturber le « bon déroulement des cours », elles se doivent de le cacher. Jupes et shorts courts, hauts à bretelles ou laissant apparaître le ventre, sont donc à proscrire, même sous des températures extrêmes, comme les 35°C atteints lundi 14, en plein mois de septembre.

Pour Blanquer, les injonctions sexistes sont normales et républicaines

Les réactions ne se font pas attendre du côté du gouvernement. Marlène Schiappa, en fidèle caution féministe de la Macronie, annonce soutenir ces élèves qui affirment « leur liberté face aux jugements & actes sexistes ». Jean-Michel Blanquer, lui, adopte un point de vue bien plus conservateur. « Les chefs d’établissements sont tout à fait dans leur rôle de faire respecter des tenues normales. Il suffit de s’habiller normalement et tout ira bien. » explique-t-il.

Mais qu’est-ce que « s’habiller normalement » quand on est une jeune femme ? Pour Blanquer, manifestement, la normalité, c’est de se plier aux injonctions sexistes et au deux poids deux mesures qui fait que le corps des femmes est sexualisé dès leur plus jeune âge, là où celui des hommes ne l’est pas. « Il serait temps qu’on ait dans ce pays des positions équilibrées. Entre ceux qui veulent qu’on ne voie pas leur visage et ceux qui veulent des tenues de tous ordres, je pense qu’il y a une sorte de grand bon sens à avoir » a ajouté le ministre.

Dans la foulée, l’Ifop publie un sondage scandaleux sur les « tenues correctes » pour les jeunes filles au lycée. Un panel d’environ 2 000 personnes a donc donné son avis sur comment les lycéennes devraient être sommées de s’habiller. Doivent-elles avoir le droit de ne pas porter de soutien-gorge ? De porter un haut décolleté ? De porter un haut laissant apparaître leurs nombrils ? Leurs bretelles de soutien-gorge ?

Rien n’est plus significatif que ce sondage, dans lequel une majorité des interrogés sont évidemment opposés à un certain nombre de tenues jugées « incorrectes » ; car, dans une société patriarcale, les femmes sont sans cesse sexualisées et ramenées à leurs corps, dès le plus jeune âge. Tantôt trop couvertes, tantôt pas assez, elles ne sont pas libres de s’habiller comme elles veulent, mais soumises dès l’enfance à se plier à un règlement qui, sous couvert de les protéger, les culpabilise face au sexisme qu’elles subissent.

Ni trop couvertes, ni pas assez : la double injonction sexiste et islamophobe

Jean-Michel Blanquer enfonce le clou sur RTL, quelques jours plus tard, lorsqu’il déclare : « on vient à l’école habillé d’une façon républicaine. » Qu’on ne s’y trompe pas, Jean-Michel Blanquer ne vise pas uniquement les jeunes filles qui veulent pouvoir porter des mini-jupes. Il vise également les jeunes filles voilées, tout autant victimes des règlements sexistes sur les tenues au sein des établissements scolaires.

Car si Blanquer a été prompt à dénoncer et culpabiliser les élèves qui se sont mobilisées pour leur droit à porter les vêtements de leur choix, il est également en première ligne du discours réactionnaire, colonialiste et islamophobe qui condamne et stigmatise les femmes portant le voile.

Dernier exemple en date de cette obsession pour les femmes voilées : l’humiliation publique de Maryam Pougetoux, du syndicat étudiant l’UNEF, par une élue LREM, pour la simple et unique raison qu’elle porte un voile dans l’Assemblée Nationale. Au nom du principe de laïcité, qui est pourtant censé protéger les croyances et les pratiques religieuses des citoyens, cette élue a quitté l’hémicycle, suivie par des élus LR. À gauche, c’est Ségolène Royal qui s’est distinguée par son islamophobie en qualifiant Maryam de « militante du voile » et en se disant étonnée qu’on l’ait laissée entrer dans l’Assemblée Nationale.

La jeunesse se mobilise et donne des leçons de féminisme au gouvernement

La lutte pour l’égalité femmes / hommes avait été déclarée « grande cause du quinquennat » par Macron ne passera pas par ce gouvernement et ces institutions rétrogrades. Ces
doubles injonctions, à se vêtir ni « trop court » ni « trop long », révèlent le caractère profondément sexiste et islamophobe de l’État et ses institutions.

Les ripostes organisées par les lycéennes et les collégiennes contre le sexisme sont symptomatiques d’une forte politisation de la jeunesse, notamment sur les questions féministes. C’est ce que le gouvernement cherche à freiner : un mouvement féministe qui dénonce l’écran de fumée de ses positionnements pseudos égalitaires, et qui passe par la rue. On a pu le voir le 23 novembre dernier, avec une manifestation historique contre les violences sexistes et sexuelles, puis le 8 mars, qui a réuni des femmes travailleuses, des gilets jaunes, et une jeunesse féministe combative contre ce gouvernement.

Vendredi 2 octobre, une nouvelle journée d’action est appelée par l’UNL dans les lycées, pour poursuivre le mouvement, sous le hashtag #LibertéVestimentaire. Les collégiennes et les lycéennes doivent être libres de s’habiller comme elles l’entendent. Face au sexisme et aux politiques réactionnaires en jeu dans les établissements scolaires, mais aussi dans toutes les institutions républicaines, la jeunesse doit s’organiser collectivement pour exiger une éducation aux questions de genre, le retrait de tous les règlements sexistes et racistes, y compris la loi sur l’interdiction du port du voile !

Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider !




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