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Politique

CRISE SANITAIRE

"Sortie de crise" de Macron : pas de stratégie sanitaire, mais un maintien des pouvoirs d’exception !

Ce mercredi, un projet de loi de « sortie de crise » a été adopté en conseil des ministres. Alors que les hôpitaux sont toujours saturés, le gouvernement prévoit la réouverture des lieux publics mais cherche surtout à maintenir les pouvoirs d’exception qu’il s’est accordé dans le cadre de la crise sanitaire.

mercredi 28 avril

Source photo : AFP

Une « sortie de crise » avec des hôpitaux toujours saturés ?

« Il s’agit maintenant de nous projeter sur les modalités de sortie de crise ». C’est ce que déclarait Jean Castex ce mercredi midi à la sortie du conseil des ministres lors d’une conférence de presse, à propos du projet de loi de « sortie de l’état d’urgence sanitaire ».

Pourtant, les chiffres concernant la situation sanitaire indiquent que la crise est loin d’être derrière nous. Si l’on peut observer une certaine inflexion des contaminations quotidiennes, celles-ci restent à un niveau particulièrement élevé, avec 30 317 nouveaux cas enregistrés ce mardi et 347 personnes décédées en 24h. Si l’on compare les trois périodes de déconfinements, il est facile de voir qu’actuellement, le gouvernement parie sur du vent : en mai 2020, il restait 2666 patients en réanimation, et on en comptait 3755 en novembre 2020. Aujourd’hui, ces chiffres sont deux fois plus élevés, puisque nous avons dépassé ce lundi le cap symbolique des 6000 patients en réanimation, chiffre en dessous duquel nous sommes repassés depuis !

Avec un taux moyen d’occupation de lits en réanimation qui équivaut à 117 % sur le territoire, la saturation des hôpitaux reste donc élevée, en dépit d’une tendance baissière relative du point de vue des contaminations hebdomadaires. Si le gouvernement insiste sur la réouverture, les soignants doivent continuer le tri des patients du fait de la déprogrammation d un grand nombre de rendez-vous et d’opérations « non-urgentes », ce qui risque à terme d’entraîner une surmortalité causée par un retard de diagnostic ou de prise en charge médicale.

Cependant, le gouvernement, avec son plan de « sortie de crise », semble loin d’être préoccupé par la réalité de la saturation des hôpitaux. Comme l’expliquait Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier sur BFMTV récemment le gouvernement assume de jouer sur la capacité des hôpitaux. « On ne peut pas s’attendre (...) avec la réouverture des écoles, la réouverture des terrasses et des lieux culturels, à avoir une épidémie qui va régresser, on va rester à ce niveau très élevé de tension hospitalière » notait ainsi l’épidémiologiste. Or sur plan sanitaire, le projet de « sortie de crise » ne s’accompagne d’aucune mesure ni moyens supplémentaires dans les écoles ou les lieux d’études, au service de la lutte contre la circulation de l’épidémie.

Si Castex et Macron continuent, dans le discours, de cantonner leur calendrier à l’avancée de la vaccination, celle-ci est par ailleurs loin d’atteindre les niveaux annoncés initialement. Après la cacophonie autour de l’AstraZeneca, instaurant une défiance envers ce vaccin, c’est désormais la question de la sélection par tranche d’âge qui entraîne un manque de candidats. La vaccination n’étant pour le moment pas ouverte au plus de 50 ans (sauf ceux atteints de comorbidités) et il y aurait ainsi actuellement plus de 280 000 créneaux non réservés, entraînant nécessairement un gaspillage des doses. Pourtant pendant la conférence de presse, Jean Castex, interrogé sur cette question, considère qu’il est « prématuré » d’ouvrir la vaccination à une population plus jeune. Difficile de ne pas voir les contradictions des décisions gouvernementales, qui cantonne donc la réouverture des lieux publics à une campagne vaccinale qu’il est incapable de mener à bien.

Une « sortie de crise » ou une fuite en avant répressive ?

En l’absence de stratégie sanitaire, Macron entend en revanche continuer sur la voie d’une gestion sous le signe des mesures répressives et des pouvoirs d’exception. En ce sens, le projet de loi de « sortie de l’urgence sanitaire » reconduit une grande partie des pouvoirs que s’est arrogé l’exécutif, mobilisant les mécanismes les plus bonapartistes de la Vème République. Le « régime transitoire » allant du 2 juin au 31 octobre, qui selon Castex, devra permettre de « d’accompagner le processus de réouverture par des mesures adaptées à la situation » laisse en effet le champ libre au gouvernement sur de nombreux points.

D’abord, le gouvernement conserve la possibilité de faire fermer, par décrets, des établissements accueillant du public, et maintient la limite de 6 personnes pour les regroupements extérieurs. Castex a également annoncé que le projet de loi inclut le renforcement des contrôles aux frontières. Celui sera désormais soumis à la présentation d’un test négatif mais également d’une « preuve de vaccination ». Une disposition qui va de pair avec un renforcement des contrôles des quarantaines, ouvrant la possibilité au préfet d’interdire un lieu s’il ne lui semble pas adapté. Une mesure qui sonne donc comme un premier « passe sanitaire », justifié par Castex au nom d’une « initiative européenne » mais qui pourrait ne pas se limiter aux contrôles des déplacements. Le premier ministre a en effet expliqué qu’il fallait « débattre », mais qu’il pourra y avoir de nouveaux usages de ce contrôle vaccinal « dans le cadre de la stratégie de réouverture » pour « l’accès à des grands évènements sportifs ou culturels ». Concernant le couvre-feu, le projet de loi ne permettra plus d’y recourir de façon généralisée comme dans l’état d’urgence sanitaire. Pourtant, il laisse toute de même la possibilité de soumettre 10 % de la population à un couvre-feu, mais aussi de réinstaurer un couvre-feu pour un mois en cas de volonté du gouvernement. Un élément dont il est tout à fait possible que le gouvernement fasse usage. Des mesures qui annoncent la couleur quant à la "sortie de crise" que le gouvernement compte instaurer, que Macron détaillera lors de son allocution prévue ce vendredi 30 avril.

En bref, si le gouvernement défend son calendrier de réouverture sans stratégie sanitaire, il tient à ses mécanismes autoritaires. De fait, depuis le début de la crise et l’instauration de l’État d’urgence sanitaire, le gouvernement a enchaîné décrets sur décrets, contournant les institutions parlementaires pour mieux appliquer des mesures répressives et pro-patronales. A ce titre, il est probable que la loi sur l’état d’urgence sanitaire retirée en décembre dernier revienne rapidement sur le devant de la scène. Face à cette gestion autoritaire, prête à assumer une circulation élevée du virus quitte à imposer bientôt de nouvelles restrictions, il est plus que jamais nécessaire d’imposer notre propre résolution de la crise sanitaire, en s’organisant par nous-mêmes sur nos lieux d’études et de travail, et en combattant dans la rue la politique du gouvernement.




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