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Politique

Greenwashing

Sortie des énergies fossiles : derrière les annonces de la COP26, des promesses sans lendemain

La nouvelle itération de la COP à Glasgow en Ecosse donne sans surprise lieu à une effusion de mesures toutes plus minimes les unes que les autres. Ce grand festival du greenwashing se targue de mettre fin au charbon et d’être une réponse sérieuse à la catastrophe climatique. Un coup d’œil sur les mesures mises en avant révèle une réalité toute différente.

vendredi 5 novembre

Crédit photo : AFP

A Glasgow en Ecosse, les dirigeants politiques du monde entier s’adonnent une fois de plus à la mascarade de la COP, qui réunit les Etats signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Alors que l’incapacité structurelle des Etats sur le plan environnemental apparaît de plus en plus comme une évidence et que l’avenir de la planète politise et préoccupe une partie croissante de la population, notamment la jeunesse, la convention a enchaîné depuis son ouverture le premier novembre les effets d’annonce : sortie du charbon, arrêt du financement des énergies fossiles à l’étranger ou encore réduction des émissions de méthane. Derrière ces engagements de façade, les logiques irrationnelles et criminelles de production à l’origine de la catastrophe climatique en cours sont préservées.

En 2015 lors des accords de Paris, les Etats s’étaient engagés à limiter le réchauffement climatique à l’horizon 2100 « nettement en dessous des 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Les rapports du GIEC parus depuis montrent que cet engagement est insuffisant : au-delà du seuil de 1.5°C, les effets seront dévastateurs et irréversibles comme le rapporte Reporterre. Pire encore, toujours d’après le GIEC, ce seuil de 1.5°C devrait être dépassé avant 2040.

La catastrophe est déjà là, comme on a pu le constater cet été entre vagues de chaleurs étouffantes, inondations meurtrières, famine ou encore des records de température au Groenland. Cela n’empêche pas la classe politique et les entreprises de continuer à nous envoyer droit dans le mur. En effet, Reporterre rapporte que d’après le Programme des Nations unies pour l’environnement, la politique climatique actuelle nous mène droit vers un réchauffement de 2.7°C à l’horizon 2100, autrement dit, une catastrophe totale.

La fin du charbon … vraiment ?

C’est dans ce contexte que les participants à la COP ont rivalisé d’initiatives pour apparaître comme les leaders des politiques climatiques et les plus responsables. Ainsi, une quarantaine de pays ont annoncé renoncer au charbon, source d’énergie particulièrement polluante, d’ici 2030 pour les plus développés et pour 2040 pour les autres.

Si la fin de l’utilisation du charbon est une urgence absolue pour éviter le gros de la catastrophe climatique, les détails de cet engagement montrent qu’on en est encore loin. Ainsi, seuls 40 pays se sont engagés sur ce point sur les 197 participants à la conférence. Les plus gros consommateurs de cette énergie fossile manquent à l’appel comme les Etats Unis, l’Inde ou encore la Chine, qui représentent à eux seuls plus de 70% de l’énergie issue du charbon consommée dans le monde en 2020.

De plus, s’il représente environ 29% des émissions de gaz à effet de serre résultant de la production d’énergie, le charbon est une énergie dont l’utilisation est en déclin dans les puissances impérialistes, supplantée par le gaz et le pétrole. Cette mesure règle donc une partie minime du problème, alors que les recommandations de l’IEA, agence internationale de l’énergie, sont de stopper immédiatement tout financement de nouveau projet dans les énergies fossiles pour limiter le réchauffement à 1.5°C.
Enfin, les délais de 2030 et 2040 posent également problème, alors que la situation gravissime demande des mesures radicales et immédiates. En 2040 le point de non-retour des 1.5°C devrait en effet déjà être dépassé.

La réalité de cet engagement est donc très loin des déclarations triomphantes du ministre britannique de l’énergie, qui affirmait que « Les ambitieux engagements faits par nos partenaires internationaux montrent que la fin du charbon est en vue »

Et le festival du greenwashing continue

Les autres « mesures fortes » de cette COP sont tout aussi faibles.
20 pays et 5 banques publiques ont annoncé mettre fin aux investissements publics dans les combustibles fossiles à l’international à partir de la fin de 2022, comme le rapporte Le Monde.

Là aussi, le détail de l’engagement révèle son inefficacité. Comme pour la mesure précédente, c’est un nombre réduit d’Etats qui se sont engagés. De plus, les financements seront tout de même autorisés si les projets sont pourvus de « dispositifs d’atténuation » des émissions de gaz à effets de serre, notion vague qui comprend entre autres les dispositifs de capture de dioxyde de carbone. Ces dispositifs sont couteux aussi bien économiquement qu’en matériaux et incertains quant à leur efficacité réelle. Ils jouent au final le rôle de carte joker pour permettre aux géants de l’énergie de se gaver sur les stocks restants d’énergies fossiles.

Malgré sa faible portée, cette mesure était trop radicale pour Macron, qui a décidé de ne pas risquer d’entraver l’aide qu’il accorde aux géants de l’énergie comme Total, notamment au travers des garanties export et de politiques impérialistes et guerrières.

L’engagement de 100 Etats sur la réduction des émissions de méthane est de la même trempe. Les émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, doivent en effet être réduites drastiquement. Pourtant, les Etats ne s’engagent qu’à une réduction de 30% à l’horizon 2030, en privilégiant comme piste pour réduire ces émissions … l’amélioration des systèmes de transformation du pétrole et du gaz ! On pourrait en rire si la situation n’était pas aussi grave.

Dans le même ton, Macron aurait manœuvré dans la COP26 pour faire accepter le gaz, énergie fossile responsable de 9% des émissions de gaz à effets de serre du secteur de l’énergie comme une énergie verte.

Face à ces mesures ridicules dont nous ont habitué les sommets, COP et autres mascarades qu’utilisent la classe politique et les entreprises pour maintenir un semblant de crédibilité sur le plan environnemental, la colère monte alors que le réchauffement climatique et ses conséquences sont de plus en plus palpables et meurtrières. Les organisateurs de l’évènement l’ont bien compris en transformant Glasgow en forteresse avec pas moins de 10 000 policiers appelés en renfort.

La crédibilité de la COP est au plus bas après 50 ans de politiques impérialistes, pro patronales et criminelles cachées derrière des discours écologiques enflammés et des « make our planet great again ». Et face à cette situation de plus en plus inquiétante, la colère prend la place de l’inquiétude, France Info rapporte les propos d’Eric N’Juguna, 19 ans, membre de Youth for Climate : «  Là on est à la COP26, toutes les précédentes ont été un échec et celle-là ce sera la même chose. Je ne suis pas venu à la COP26 parce que je pensais qu’il allait se passer quelque chose mais parce que je voulais voir en vrai comment les leaders du monde détériorent la vie des autres, comment il prennent les mauvaises décisions et comment ils jouent avec la vie des autres. » Sur les pancartes se succèdent les « Climat justice or riot [Justice climatique ou émeute] », « Changeons le système pas le climat » ou encore « Save the planet ». Pendant que les dirigeants arrivent en jet privé à la COP 26 une partie de la jeunesse se mobilise pour leur faire savoir qu’ils ne veulent plus d’eux pour prendre en charge l’avenir de la planète et de l’humanité. Des milliers d’autres manifestants sont attendus ce 6 novembre.

Pour l’instant, les mesures résultant de la COP ont donné raison à Adrien Corner, raffineur de Grandpuits qui s’exprimait ainsi au meeting de lancement de campagne d’Anasse Kazib : « La COP26 à Glasgow au mois de novembre sera une nouvelle mise en scène des patrons et des états à leur service qui vont collectivement faire semblant de se préoccuper du climat tout en faisant perdurer un système qui détruit cette même planète. Macron, comme la plupart des gouvernements capitalistes et les nombreux partis verts, nous promet une transition écolo main dans la main avec les entreprises. […] Le capitalisme détruit la planète, alors il va falloir détruire le capitalisme ». Alors que la catastrophe nous atteint déjà, il devient urgent de s’organiser en toute indépendance de l’Etat contre les politiques climaticides et le mode de production qu’elles servent.




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