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Soulèvement au Soudan

Soudan. Des criminels de guerre à la tête du pays, la lutte continue

Les militaires qui contrôlent le Soudan depuis la chute du dictateur Omar Al-Bachir tentent de sauver l’essentiel du régime et des intérêts de leurs sponsors internationaux. Les mobilisations se poursuivent !

lundi 15 avril

Crédit photo : DR

Depuis samedi, les militaires cherchent une solution à la crise qui secoue le Soudan. Ils ont rencontré les forces politiques du pays, ont promis de remettre le pouvoir aux civils et essayent tant bien que mal à faire rentrer les foules chez elles. Pourtant, les Soudanais ne sont pas dupes et restent fortement mobilisés.

Ils étaient plusieurs milliers dimanche soir et ce lundi devant le siège de l’armée à Khartoum, dénonçant une tentative de disperser le sit-in. L’Association des professionnels soudanais (SPA) n’a pas précisé l’identité des personnes qui ont tenté de disperser la foule et de lever les blocs qui protègent les manifestants mais des témoins expliquent que se sont des véhicules de l’armée qui ont encerclé le sit-in.

Un autre militaire à la tête du Soudan, un autre criminel de guerre

Les manifestants réclament toujours le transfert du pouvoir à un gouvernement civil de transition et de faire juger l’ex-président et les dirigeants de son régime. De fait, ils n’ont pas participé aux négociations de dimanche à cause notamment de la présence du parti du Congrès national, parti du dictateur déchu Omar Al-Bachir. Ces négociations qui allaient de paire avec le nouvel homme fort du Soudan n’ont pas eu l’effet escompté.

En effet, vendredi, le Général Abdel Fattah al-Burhan a prêté serment après la démission du Général Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf jugé trop proche de l’ancien régime. Ce dernier est un proche du chef du NISS (services de renseignements), Salah Gosh, et n’a fait que cristalliser la colère contre le nouveau pouvoir. Dès sa nomination, les manifestants ont réclamé sa démission. Salah Gosh a, lui aussi, été contraint à la démission et à la retraite ce week-end. Le but étant d’apaiser la situation et de faire des concessions envers le mouvement afin que ses représentants se posent autour de la table des négociations. Mais Salah Gosh est toujours libre malgré ses nombreux crimes. Et les manifestants refusent toujours de négocier.

Le peuple soudanais connaît également la nouvelle figure du TMC (Conseil militaire de transition), Abdel Fattah al-Burhan. Il a été l’un des généraux responsable de la répression et du génocide au Darfour. De plus, il est très lié aux pays du Golfe et a commandé les troupes soudanaises au Yémen dans le cadre de l’intervention militaire de la coalition menée par l’Arabie Saoudite.

Ce général a joué un rôle central dans le génocide notamment en protégeant Muhammad Hamdan Daglo dit « Hemetti » et en institutionnalisant la milice des janjawids qui faisaient régner la terreur au Darfour. Depuis cette ex-milice est sous commandement du NISS et s’occupent de la chasse aux migrants dans la région avec le soutien des pays européens et en premier lieu de la France. L’ex-milice a combattu au Yémen dans la coalition menée par l’Arabie Saoudite.

Hemetti est désormais numéro deux du TMC et a reçu ce week-end le chargé d’affaires américain. Les deux hommes forts du pays sont proches des saoudiens qui viennent d’annoncer un plan d’urgence pour le Soudan, avec des livraisons de blé, de pétrole et de produits pharmaceutiques.

L’Arabie Saoudite ne peut pas se permettre que la situation s’enlise chez ce précieux allié craignant une contagion dans la région. Il va de même pour l’Union Européenne et les USA et la CIA qui a ouvert un bureau à Khartoum (le Soudan occupe une position stratégique).

La population prend les devant de l’armée

Ce week-end, des Soudanais, notamment au Darfour, où plus de 300 000 personnes ont été massacrées au début des années 2000, ont pris d’assaut les bureaux du NISS, notamment à Nertiti, où le responsable de l’administration lors du génocide était le général al-Burhan, qui aujourd’hui est à la tête du TMC.

Les Soudanais qui ont osé braver la dictature ne comptent pas s’arrêter là. Ils continuent leurs sit-in et défient le couvre feu et le pouvoir militaire qui gère l’État depuis la chute d’Omar Al-Bachir. Les puissances impérialistes et régionales s’empressent de résoudre la situation et il faut s’attendre à ce qu’ils aillent dans le sens des militaires qui veulent gérer la transition démocratique pour que la situation n’échappe pas à leur contrôle. Rien n’assure qu’ils arriveront à leurs fins. Cependant, ce qui est clair c’est qu’en l’absence l’organisation des travailleurs et des classes populaires de façon indépendante des différents courants capitalistes et/ou impérialistes, le mouvement risque de se trouver rapidement dans une impasse, sera dévié, voire pire.




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