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Soudan : la répression fait 125 blessés et un mort, la mobilisation continue contre le coup d’État

Ce dimanche 2 janvier, plusieurs milliers de Soudanais ont manifesté contre la junte militaire issue du coup d'État du 25 octobre ; au moins 46 morts sont à déplorer depuis cette date. La mobilisation populaire doit s’affronter sans concession face aux militaires et leur répression.

mercredi 5 janvier

Crédits photo : MARWAN ALI / AP

Depuis le putsch militaire mené par le général Abdel-Fattah Al-Bourhane le 25 octobre, la mobilisation des Soudanais se poursuit contre le gouvernement et s’affronte à une répression brutale qui aurait fait au moins 46 morts. Ce dimanche 2 janvier dans les rues de la capitale plusieurs milliers de Soudanais ont manifesté demandant « les militaires à la caserne ». Ils ont été accueillis par un déploiement massif de l’armée dans l’ensemble de Khartoum. Les militaires ont fermé l’accès dans certains quartiers de la capitale, empêchant les ambulances de prendre en charge les dizaines de blessés suite aux affrontements, aux lancés de gaz lacrymogènes, les coups à bout portant des militaires et les balles tirées sur les manifestants. Deux morts sont à déplorer dans la banlieue nord de la ville selon un syndicat de médecins.

Pour se maintenir face à la mobilisation populaire, le gouvernement putschiste utilise tout l’arsenal militaire à sa disposition, bloquant les ponts avec des conteneurs pour couper le centre-ville et la banlieue, bloquant les principaux axes par des blindés équipés d’armes lourdes pour créer la peur chez les passants et préparer la répression contre les manifestants. La ville est en état de siège contre sa propre population et à chaque manifestation plusieurs morts sont à déplorer dans le camp de ceux qui luttent pour leur liberté et contre la pauvreté. De plus, le gouvernement bloque les communications à chaque journée de manifestations comme ce lundi 2 pour empêcher l’opposition populaire de s’organiser et que les Soudanais puissent transmettre au reste du monde la violence que met en place le gouvernement de Bourhane.

Les Soudanais par la mobilisation en 2019 avaient forcé l’armée à démettre le général Omar el-Béchir pour instaurer un « gouvernement de transition » vers un État démocratique. Aujourd’hui, les manifestants se rendent compte du mensonge qu’était ce compromis et demande « ni partenariat, ni négociation avec l’armée » dans un contexte où l’actuel président a instauré l’état d’urgence, arrête les membres « des comités de résistance » qui organisent les manifestations et fait preuve d’une brutale répression. Abdallah Hamdok, le Premier ministre représentant la « société civile » dans le gouvernement militaire, vient d’annoncer sa démission. Alors que le général Burhane avait promis une transition vers un régime « civil » et des élections libres pour 2023, il est revenu sur ces paroles annonçant que son mandat se poursuivra deux années de plus et qu’il écartera tous les partisans d’un pouvoir « démocratique ». C’est alors tout le pacte obtenu après la démission du général Omar el-Béchir qui s’effondre petit à petit.

Les membres de la société civile qui ont voulu collaborer avec les militaires sont responsables de ce glissement pas à pas vers un « Ancien Régime », en abandonnant les volontés démocratiques de la révolte populaire de 2019 au profit d’un gouvernement de transition qui a permis la reprise du contrôle de l’État par la junte. La demande du « pain et la liberté » des travailleurs et de la jeunesse soudanaise ne pourront jamais être accomplies main dans la main avec l’armée, ni avec des « membres de la société civile » qui respectent les accords du FMI et plongent la population dans plus de pauvreté, à l’instar de Abdallah Hamdok qui, pour recevoir une aide du Fond Monétaire International de 857 Millions de dollars, avait accepté de supprimer une subvention sur le carburant et avait instauré un taux de change flottant.

La révolte actuelle contre le gouvernement putschiste qui prend ses racines dans la mobilisation qui a défait l’ancien dictateur militaire sait s’organiser et riposter. Elle tient des barricades pendant de longues heures contre l’armée, organise elle-même le secours des blessés et s’appuie sur des mouvements de grève qui bloquent les secteurs stratégiques. Les espoirs d’une transition démocratique « par le haut » s’effritent de plus en plus pour de nombreux Soudanais qui risquent leur vie pour pouvoir mener une vie digne et libre. Les impérialistes tels que les USA ou l’UE sont un piège mortel. Alors qu’ils avaient soutenu le gouvernement de transition qui a mené au retour d’une junte militaire, ils appellent désormais à une désescalade de la violence. Pas pour que les Soudanais puissent avoir accès au « pain et à la liberté » mais pour mieux servir leurs intérêts dans le pays.

C’est seulement par la mobilisation sans compromis avec la junte militaire et sans illusion sur les prétendus représentants de la société civile, par l’élargissement des comités de résistances et la généralisation des grèves que la classe ouvrière soudanaise pourra faire tomber ce gouvernement. Soutien total à la lutte des Soudanais pour le pain et pour la liberté !




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