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Soudan : signature d’un accord qui légitime la présence des militaires à la tête du pays

Le Conseil de transition militaire et les leaders de l’opposition ont signé, mercredi, un accord de partage du pouvoir pour une période de transition de trois ans. Contrairement aux revendications initiales des manifestants, les militaires restent au pouvoir.

jeudi 18 juillet

L’opposition soudanaise et le Conseil de transition militaire, au pouvoir depuis la chute du président Omar el-Béchir en avril , ont signé, mercredi, un accord pour partager le pouvoir durant une période de transition politique, les trois prochaines années.

Avec la médiation de l’Éthiopie et de l’Union Africaine, les signataires se sont mis d’accord sur l’installation, pendant trois ans, d’un Conseil de transition, composé de six civils, dont cinq sont issus de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), à la tête de la contestation, et de cinq militaires. Ce sont les militaires qui auront la direction de ce conseil durant les 21 premiers mois, les 18 mois restants les civils prendront le relais, selon l’accord signé. Néanmoins, les militaires garderont deux ministères clés : ceux de l’Intérieur et de la Défense.

« C’est une avancée symbolique, mais l’accord reste une coquille assez vide. On l’a vidé de ce qui était sensible pour montrer que les négociations fonctionnent et pour rassurer la population. », déclare Anne-Laure Mahé, chercheuse spécialiste du Soudan à l’Institut de recherches stratégiques de l’école militaire (Irsem), interviewée par Ouest-France.

En effet, la question de l’immunité des militaires, responsables de la sanglante répression du 3 juin, qui a fait au moins 100 morts et 500 blessés, n’est pas abordée dans les accords signés. Cette question brûlante devra être tranchée lors des discussions sur un document constitutionnel, qui débuteront vendredi prochain.
Un des éléments qui a poussé les militaires à négocier, a été l’importante démonstration de force faite lors de la manifestation du 13 juillet, organisée en mémoire des victimes du massacre du 3 juin. Le retour d’Internet (coupé début juin), a facilité la diffusion des vidéos de cette sanglante répression, ce qui a motivé la population, malgré la crainte, à descendre massivement dans les rues dans tout le pays.

Une tentative de canalisation pour sauver le régime

Jusqu’ici, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) disait soutenir les demandes de masses qui voulaient, non seulement la chute d’Omar al-Bashir, mais de tout le régime, et appelait à la désobéissance civile. La signature de cet accord montre une opposition plutôt prête à négocier des places de pouvoir dans un futur gouvernement. Rien donc d’une rupture avec le régime telle que la souhaitent les manifestants.

L’active participation internationale dans la crise soudanaise montre la préoccupation pour éviter l’approfondissement du processus ouvert avec la chute de Al Bashir, pendant lequel plusieurs grèves générales ont eu lieu. L’Arabie Saoudite, l’Égypte et les Emirats Arabes Unis ont ouvertement prôné un gouvernement militaire. Les monarchies du golfe ont, en effet, soutenu le Conseil militaire avec une aide de 3000 millions de dollars.

Côté manifestants, « C’est avec l’Algérie que l’on remarque le plus d’échanges. Beaucoup de Soudanais reprennent des images de l’Algérie et renvoient à ce qui se passe là-bas. Les manifestants ont compris qu’ils étaient dans des processus qui se ressemblent énormément, bien que naturellement différents du fait de leurs histoires respectives » ajoute Anne-Laure Mahé, spécialiste du Soudan, à Libération.
L’intense activité développée par les travailleurs, les femmes, les jeunes , parsemée, depuis plus de sept mois, de manifestations, sit-ins, et grèves générales, en dépit de la rude répression, montre une forte disposition de secteurs de masses soudanaises à la lutte. La question de comment le mouvement affrontera cette tentative de canalisation du processus reste encore ouverte.

Crédits photo : EBRAHIM HAMID / AFP




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