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Sur fond de répression : la SNCF condamnée à reverser les jours de repos de la grève perlée

La cour d’appel a condamné ce jeudi 16 mai la SNCF à reverser l’intégralité des jours de repos des cheminots qui ont fait grève contre le pacte ferroviaire. Cette décision de justice prend des aspects de victoire dans un contexte où la SNCF réprime sans vergogne les militants combatifs comme Éric Bezou, menacé de licenciement.

samedi 1er juin

Crédit photo : LP/Philippe de Poulpiquet

La paye des cheminots a été sucrée par la direction sous prétexte que le calendrier de grève dit perlé était un « mouvement unique », c’est-à-dire continu. Or la tactique de la CGT était la suivante : puisque les jours de repos des cheminots sont décomptés au-delà de 48h de grève, le fait de poser 18 jours fois deux étalés sur trois mois permettait de conserver les jours de repos sur la paie. Alors que la CGT affirmait que cette méthode permettrait de limiter la casse, la direction, elle, n’a pas hésité à tout de même faire des retenues sur salaires. C’est aujourd’hui pour faire valoir leurs droits que les salariés et les syndicats ont dû saisir la justice en appel, alors que la SNCF avait déjà été condamnée pour les mêmes raisons en juin dernier par le tribunal de Bobigny. 

Macron et son gouvernement libéral devaient inaugurer dès leur première année la destruction de la SNCF en tant que service public, avec le changement de statut en une société anonyme à capitaux publics, l’ouverture à la concurrence des trains régionaux et des TGV ainsi que la disparition du statut de cheminot. Pour obtenir le retrait de cette réforme, qui prévoit un vaste plan social sous couvert du remboursement la dette du groupe, deux méthodes s’opposent chez les grévistes : celle de la grève « perlée » (avec un calendrier pré-établi), appelée par la CGT et suivie par l’intersyndicale, et celle pour une grève reconductible des assemblées générales souveraines qui décident régulièrement des conditions de grève. Le « pacte ferroviaire » est soutenu au moyen d’une répression d’ampleur, par la police comme par les médias bourgeois, pendant que des pressions ciblent en interne les cheminots combatifs. La conciliation dès le départ des syndicats comme la CFDT, l’UNSA et la CGT ont décidé par le haut d’opter pour une stratégie douteuse de la grève perlée et de l’imposer, afin de peser dans des négociations qui n’ont au final abouti a aucun résultat. Cette stratégie a donc mené a une situation inédite où la SNCF a cherché à répondre rapidement afin de casser la grève, et démoraliser les cheminots grévistes en considérant le mouvement de grève perlée comme un seul et unique préavis de grève, et donc en retirant des jours de repos aux cheminots qui y ont pris part. Or, chaque séquence de grève correspond à un préavis, et sont donc séparés, la SNCF a donc décidé de passer outre les lois, tout en ayant conscience de perdre sur le terrain du juridique. Ceci a donc compliqué les choses et les cheminots se sont vus retirer du salaire supplémentaire. On peut toujours regretter qu’il ait fallu passer deux fois au tribunal pour que les cheminots grévistes récupèrent le salaire que la SNCF leur doit. Il faut également souligner le deux poids deux mesures exercé par la justice qui n’hésite pas à condamner des milliers de Gilets Jaunes en comparution immédiate, mais qui met plus d’un an pour rendre justice aux cheminots.
Non seulement la réforme a été actée, mais les travailleurs doivent aujourd’hui se battre avec la SNCF pour obtenir leurs dû. Quant aux soi-disant négociations, elles avaient échoué bien avant que la bataille ne commence : 2 000 emplois doivent être supprimés en 2019, dans une marche générale où les effectifs sont passés de 400 000 en 1975 à 135 000 aujourd’hui. Soit trois fois moins d’effectifs, laissant des guichets vides et des répercussions quotidiennes en premier lieu à charge des usagers et des travailleurs précaires. Et alors que les besoins et les mobilités augmentent de pair avec la population, les actionnaires ont quand même eu des fonds pour investir 25 milliards d’euros dans l’axe Lyon-Turin, un projet fait en partenariat entre les gouvernements français et italiens, et ainsi un autre partenariat entre Vinci et la SNCF a « trouvé » 6 millions d’euros pour la ligne Paris-Bordeaux alors que de nombreuses lignes sont menacées d’être supprimées par le rapport Spinetta.

Cette fin du monopole de l’État sur le service public entamée en Europe dans les années 90 est le résultat de l’offensive des secteurs privés, et à laquelle le mouvement ouvrier a résisté comme en 1995 contre les réformes du gouvernement Chirac-Juppé. Cela profite exclusivement aux classes dominantes des Etats membres, comme avec les cas similaires de France Télécom ou de la Poste, mais les conséquences pèsent directement sur le compte des salariés et des (usagers devenus) « clients », qui doivent subir des changements violents liés aux restructurations, aux réorganisations, aux réductions d’effectifs, et au manque d’entretien des structures (comme le déraillement mortel de Brétigny-sur-Orge en 2013). Alors que les lettres de licenciement abusifs pleuvent, que des travailleurs comme Eric, Linda, Rénald ou Fouad se font réprimer en conseil disciplinaire, les syndicats Sud-Rail et la CFDT Cheminot dénonçaient dans des communiqués séparés la situation de détresse ainsi que les conditions de travail des salariés. Face à une direction qui maintient que « l’ensemble des managers de l’entreprise » est parfaitement « lucide » quant « aux inquiétudes qui existent dans le corps social », et qu’avec la réforme il y a « une bonne dynamique des activités de SNCF-Mobilités », Sud-Rail dénonce en retour « la casse du collectif des salariés fondé sur la maîtrise technique et le sens partagé du service public » et que cette « dynamique est celle de la souffrance au travail et de son expression la plus dramatique des suicides ».

Et comme cela a pu se faire sous le gouvernement Sarkozy avec France Télécom, Macron et sa clique comptent continuer de porter des restructurations d’ampleur du monde du travail comme avec la prochaine réforme des retraites. Cependant ils ne s’en tirent pas à si bon compte, comme l’atteste l’effervescence des gilets jaunes durant ces derniers mois qui est venue ébranler un gouvernent fragilisé par les contestations de 2018. On peut donc déduire que la défaite avec les retraits de salaires injustifiés, combiné au management agressif et aux SCOT (Souffrances causées par l’organisation du Travail) mènent a une situation similaire à celle de France Télécom à l’époque... Tout ça sous le plus grand silence des médias traditionnels qui préfèrent nous exposer les souffrances de Marlène Schiappa réveillée en pleine nuit par des Gilets Jaunes... Ce climat anxiogène à l’intérieur de l’entreprise et ce silence glaçant des médias qui ne soumettent pas un seul débat à ce sujet, alors que le procès France Télécom bat son plein dans une affaire inédite pour une firme du CAC40, où 7 dirigeants passent en procès devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir entraîné les suicides et les dépressions d’au moins 39 salariés lors du plan social de 2004 (permis grâce à la privatisation du groupe en 1994), le suicide de 60 cheminots depuis 2017, selon certains chiffres, montre l’état de survie des ouvriers et les conséquences meurtrières du capitalisme et des réformes néolibérales. Au-delà des chiffres retenus par la justice, ces stratégies de management brutale, en se généralisant, ont une répercussion concrète sur l’ensemble des salariés. Que ce soit dans le privé ou le public tous décrivent la souffrance et l’anxiété, ce que n’arrivent pas à enfouir les promesses d’embauche comme celles de 4 500 nouveaux emplois à la SNCF, qui correspondent en fait à un renouvellement de main-d’œuvre à des postes moins qualifiés sans bénéficier des droits d’ancienneté. 




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