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Politique

Un pas vers le centre ?

Sous pression, Fillon revoit sa copie sur son programme de santé

Boris Lefebvre Ce n’est pas la première fois que Fillon hésite sur son programme de santé, jugé trop radical pour pouvoir gagner les élections et gouverner jusque dans son propre camp. Mais, depuis, il y a eu le FillonGate et les pressions de centre combinées à celle de Macron et de Bayrou. Conséquence, le candidat de la droite a présenté à la Mutualité un programme de santé remanié, mais qui n’en perd pas moins son tranchant.

mardi 21 février 2017

Ce mardi, Fillon a présenté son programme pour la santé revu et corrigé. Attaqué jusque dans son propre camp en raison de l’acharnement qu’il montrait à vouloir définitivement privatiser la Sécurité Sociale, comme il avait privatisé auparavant France Télécom, le candidat de la droite dure revient avec un programme poli sur les angles mais toujours très incisif.

Dans la lignée de son précédent programme, Fillon n’amende pas la suppression de l’AME (Aide Médicale d’État) pour les sans-papiers. Pour un candidat qui se targue de n’avoir « jamais voulu mettre en place une santé à plusieurs vitesse », le maintien de cette mesure est un cruel démenti. Dans cette même optique, le sort que Fillon entend réserver à l’hôpital public témoigne de son opposition toujours aussi farouche au système publique. Le retour aux 39 heures est pour lui nécessaire bien qu’il n’évoque à aucun moment l’augmentation des effectifs. Surtout que quand on parle de la suppression de 500.000 fonctionnaires, on voit mal comment cela ne concernerait pas aussi l’hôpital.

Alors que les équipes médicales sont déjà sous pression, l’augmentation de la durée de travail revient à brader encore un peu plus l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, l’établissement auront désormais une plus grande autonomie de gestion dans « le recrutement des personnels, les marchés publics, les conditions de travail qui pourront être négociées localement au niveau de chaque hôpital ». Fillon entérine la loi travail et l’inversion de la hiérarchie des normes dans tous les secteurs du monde du travail. Cette mise en concurrence des établissements sera renforcée par un organisme publique d’évaluation des établissements et des services afin « que le patient choisisse en connaissance de cause ». Comment serait-il possible d’avoir à choisir son établissement alors que la santé n’est pas censée être à vitesse variables selon les catégories de patient-clients ? On le voit la mise au pas du service publique est en marche et, pour les récalcitrants, Fillon introduit un jour de carence pour « lutter contre l’absentéisme » des personnels. Ce mépris pour des équipes travaillant dans des conditions aussi difficiles, c’est le nouveau visage « rebâti, enrichi, amélioré » du programme de Fillon.

Mais Fillon sait aussi diluer la potion pour la rendre moins amère. Remboursement à 100% des lunettes pour les enfants, mesure qui a l’avantage de ne coûter que 60 millions d’euros par ans. Fillon se rachète une conduite à bon compte. Dans la même lignée, il talonne Macron en voulant réduire à zéro les frais pour les prothèses auditives et dentaires. C’est là un signe de son revirement vers le centre afin de chasser sur les terres de l’ex-banquier et sur celle de Bayrou dans l’hypothèse où il se présenterait. Axant ses efforts sur la prévention, Fillon veut financer une consultation de prévention longue disponible tous les deux ans. Gratuite pour les patients, elle rémunérerait les médecins à hauteur de 35 à 45 euros sur l’argent public. C’est donc une fausse gratuité qui se cache derrière cette mesure financée par nos impôts.

Bien qu’il ait supprimé de son programme la distinction entre grands et petits risques, les uns pris en charge par la Sécu et les autres par les complémentaires, l’esprit de cette distinction reste toujours dans le nouveau programme des Républicains. Fillon prône un renforcement des complémentaires santés afin de réaliser des économies et toujours plus nous serrer la ceinture pendant que le secteur privé augmente sa part du butin. Bien huilé sur les coins, le nouveau programme santé du candidat de la droite a l’avantage, pour le candidat de la droite, de conserver sa force d’attaque contre les services de santé tout en donnant l’illusion d’avoir mis de l’eau dans son vin.




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