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Politique

Catastrophe capitaliste

“Souveraineté énergétique” ou comment sacrifier l’écologie au bénéfice des géants de l’énergie

A rebours de toute politique écologique, les mesures pour « garantir la souveraineté énergétique » votées avec la loi pouvoir d’achat viennent relancer les industries fossiles les plus polluantes. Une catastrophe du point de vue de l’environnement, et aubaine pour les géants de l’énergie, au premier rang desquels Total.

mercredi 27 juillet

Crédits photo : la centrale de Cordemais (Pays de la Loire) / @AFP

Le 6 juillet dernier, à l’occasion de son premier discours devant l’Assemblée nationale, la première ministre déclarait en grande pompe : « nous serons la première grande nation à sortir des énergies fossiles, c’est la garantie de notre souveraineté énergétique ». Visiblement, la probabilité de voir les industriels confrontés à des difficultés d’approvisionnement à l’hiver 2022-2023 aura eu raison des vœux pieux d’Elizabeth Borne. Titre III de la « loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat », le volet « souveraineté énergétique » vient confirmer que, pour le gouvernement, il n’y a pas d’écologie qui tienne lorsqu’il s’agit de préserver l’économie pour les grands capitalistes. Le texte, qui ne contient aucune mesure concernant directement le pouvoir d’achat, est en effet un vaste bouquet de « cadeau à l’industrie fossile » que le gouvernement entend légitimer par l’entrée en « économie de guerre » en réponse au conflit en Ukraine et la crise énergétique qui en découle.

Une loi qui vient renforcer le recours aux énergies dévastatrices pour l’environnement

Le projet de loi validé par l’Assemblée autorise un « rehaussement » du plafond d’émissions de gaz à effet de serre en cas de « menace sur la sécurité d’approvisionnement en électricité sur tout ou partie du territoire national ». A rebours des mesures prévues par la loi sur la « transition énergétique », qui visaient un abandon du charbon pour 2022, il permet un recours accru aux centrales thermiques, et notamment aux centrales à charbon, trois fois plus polluant que le gaz. Le gouvernement prévoit ainsi d’augmenter la production de la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique), dernière de son genre encore en activité, mais surtout, de redémarrer la centrale de Saint-Avold (Moselle), qui devait jusqu’alors être démantelée et reconvertie pour devenir… moins polluante.

Un recul qui ne se limite pas à l’exploitation du charbon : au-delà de relancer des centrales ultrapolluantes, le gouvernement prévoit d’accélérer la construction d’un terminal méthanier au Havre (Seine-Maritime), pour importer du gaz naturel liquéfié. Exploité par TotalEnergies, ce terminal, qui vise à augmenter les importations d’une énergie en elle-même polluante, se verrait accorder une possible exonération d’évaluation environnementale, et permettrait à la première entreprise française d’importer en France davantage de gaz de schiste en provenance des Etats-Unis. Or, comme le souligne pour France Info l’écologiste Delphine Batho, la méthode d’extraction de ce gaz, la fraction hydraulique (interdite en France) en fait l’une des « énergies fossiles les plus sales à l’international ».

Alors que l’augmentation des prix permet des bénéfices records, une nouvelle salve de cadeaux pour Total et les géants de l’énergie

Alors que les prix de l’énergie ont augmenté en moyenne de 33 % en 2022 (entre juillet 2021 et juillet 2022, 28% pour le gaz, 24 % pour l’essence et 35% pour l’électricité), les multinationales ont largement profité des problèmes d’approvisionnement et de la guerre en Ukraine pour augmenter leurs prix et leurs marges. Au premier rang des profiteurs, Total affichait jusqu’à récemment des prix au-dessus des 2€/L, malgré la remise de 18cts du gouvernement, et devrait réaliser des bénéfices de 22 milliards en 2022, contre 15 milliards en 2021. Une dynamique largement encouragée par le gouvernement, qui prend le prétexte de la crise et de la nécessité d’une « souveraineté énergétique » pour multiplier les cadeaux au secteur de l’énergie. Le projet de « renationalisation » d’EDF, présenté comme une mesure en faveur de l’accès à l’énergie, vise avant tout à faire éponger la dette par l’Etat, avant de revendre les secteurs les plus rentables de l’entreprise. Comme le souligne le communiqué publié par les Amis de la Terre, avec la loi pouvoir d’achat, « le gouvernement instrumentalise la guerre en Ukraine pour faire des cadeaux à l’industrie fossile qui profite déjà largement de la crise ».

TotalEnergies se verrait ainsi accorder une série de dérogations procédurales, permettant l’accélération de la construction du terminal méthanier du Havre : l’exonération d’évaluation environnementale, mais aussi l’autorisation de réaliser une partie des travaux sans attendre la validation de l’ensemble du projet, ou encore le droit de passer outre la consultation des communes concernées par les travaux. Pour la réouverture de la centrale de Saint-Avold, exploitée par EDF, la direction devrait quant à elle bénéficier d’une dérogation au droit du travail pour permettre de réembaucher d’anciens salariés, licenciés du site lors de la fermeture, auxquels seront proposés des contrats précaires de 36 mois. Une attaque supplémentaire pour ces travailleuses et travailleurs.

Laurent Radisson, journaliste pour Actu-environnement, souligne que le projet de loi favorise par ailleurs les différents acteurs de la production d’énergie nucléaire en France : « Le projet de loi contient également des dispositions visant à organiser l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), qui permet aux fournisseurs alternatifs d’énergie d’avoir accès à moindres frais à une partie de la production d’électricité nucléaire d’EDF. » Une série d’amendements, proposés par les députés LR, vise à augmenter le coût de l’achat d’énergie pour les fournisseurs, afin de « relancer le programme nucléaire » et d’encourager le financement de nouveaux réacteurs, afin d’augmenter la production d’énergie nucléaire – qui sera ensuite vendue aux différents fournisseurs, avec, à la clé, un risque d’augmentation des prix pour le consommateur.

Face à la crise écologique, l’urgence de lier luttes pour l’environnement et contre le capitalisme !

Les cadeaux de gouvernement au secteur de l’énergie sont d’autant plus scandaleux que le secteur est le premier producteur de gaz a effet de serre mondial. En 2021, il a vu ses émissions progresser de 2 milliards de tonnes, pour atteindre les 36,3 gigatonnes, augmentation la plus importante de l’histoire, d’après l’Agence internationale de l’énergie, le charbon étant, à lui seul, responsable de plus de 40 % de cette augmentation. Une situation dont les capitalistes sont les premiers responsables : selon un rapport publié en 2017 par l’ONG Carbon Disclosure Project, 100 entreprises seraient responsables de 70 % de l’émission de gaz à effet de serre mondiale, au premier rang desquelles les géants de l’énergie.

Ainsi, contrairement à ce que peuvent faire croire les mesures de « sobriété énergétique », qui visent à faire peser sur les consommateurs la responsabilité de la gestion catastrophique des ressources énergétiques et de la crise climatique et environnementale, la responsabilité est avant tout celle des capitalistes, qui visent à produire toujours plus de profits, au détriment de toute autre considération. Non seulement le patronat ne renoncera pas de lui-même aux milliards de profits que représentent les hydrocarbures, mais les gouvernements, occupés à subventionner ces énergies, ne les forceront jamais à stopper le massacre.

Alors que les classes populaires sont les premières à subir les conséquences de l’augmentation des prix à la pompe et sur la facture EDF, mais aussi à subir la crise écologique, il est plus que jamais nécessaire de s’organiser pour faire payer les vrais responsables. En 2021, la lutte des raffineurs de Grandpuits a tenté de montrer qu’une alliance entre militants pour l’écologie et travailleurs de l’énergie était possible. Contre le greenwashing qui prétend sauver la planète tout en continuant à exploiter brutalement ses ressources et les travailleurs, elle visait à défendre une véritable transition écologique, au bénéfice de la planète et de ceux qui y vivent.

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