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Politique

14 juillet

« Soyez cool » : Macron fidèle à lui-même face à des Gilets jaunes

Le 14 juillet au soir, face à un groupe de Gilets jaunes, Jupiter paraissait bien fantoche, même s'il se défend toujours avec le même mépris de classe.

mercredi 15 juillet

photo : Kouliomj Richard / Gilets jaunes infos

Faudrait-il remercier la bourgeoisie, pour avoir fait de Macron son fondé de pouvoir et lui avoir confié la mission d’accélérer sa captation des richesses ? Car avec un gouvernement aux ordres de la classe dominante, ce qui s’est résolument accéléré, c’est la lutte des classes et la conscience de notre classe sociale. On disait "merci, patron" dans les années 70, il semble qu’on peut presque chanter "merci, Macron" aujourd’hui. Et puisque tout s’accélère, la déconfiture du gouvernement ne fait pas exception : en vitesse V on le voit en perte de crédibilité, dans une situation d’illégitimité manifeste aux yeux du plus grand nombre, tandis que se montrent les ficelles épaisses d’un pouvoir qui doit mener le spectacle jusqu’aux prochaines élections. Le 14 juillet au soir, face à un groupe de Gilets jaunes, Jupiter parait bien fantoche, même s’il se défend toujours avec le même mépris de classe.

Les rêveries du promeneur bourgeois

On a dû lui dire que c’était facile, qu’il fallait réformer le Code du travail et faire passer la couleuvre de la réforme des retraites, ubériser le travail. Le tout en pédagogue. Il avait le profil, l’auto-satisfaction, la confiance en soi et le vernis mondain : le mec fera le job. Seulement, voilà, à force de pousser le bouchon, tout un monde social a commencé à trouver que ça devenait de plus en plus difficile. Et les bouchons sautent un peu partout, les Gilets jaunes, l’hôpital, l’éducation nationale, la SNCF, les lycéens : Macron, t’es foutu, tous les prolos sont dans la rue !

Un reste de naïveté a peut-être fait croire au président qu’il pouvait se balader le soir du 14 juillet sans qu’on lui demande des comptes, après avoir réprimé une manifestation de soignants dans l’après-midi. Un groupe de Gilets jaunes lui a fait toucher terre rapidement : "vous êtes mon employé" lui rappelle un militant. Et on le sent mal à l’aise, encerclé par toutes ces personnes en t-shirt. Les Gilets jaunes réclament qu’on vire la BRAV - le service de police remis en place depuis leurs premières manifs. Macron, qui a peut-être perdu de vue le fait qu’il était président, répond qu’il n’y est pour rien... En matière de légalité, les rouages sont probablement complexes, et la prise de décision diffuse, mais en dernier ressort, ce sont bien les intérêts de la classe sociale que Macron défend, qui décident de réprimer et de se protéger au moyen de la police.

Du fondé de pouvoir au bouc émissaire

Avec l’accélération généralisée, la nature du spectacle macronien change : on le savait émissaire des banquiers et des places financières, on le voit désormais incarner l’illégitimité de l’exploitation qui structure notre société. Le rôle est nettement moins confortable : il est probable que la classe dominante se demande maintenant comment sauver le navire en sacrifiant le soldat Macron. Accélération également de l’usure du pouvoir : après avoir joué les fausses alternances, la carte de l’hyper-centre et du dépassement des contraires, la bourgeoisie n’a plus les coudées aussi franches. La réforme du Code du travail avait fait sauté un verrou dans ce Droit qui l’entrave, mais entre la situation sociale très houleuse depuis 2018, la crise sanitaire qui a mis en pleine lumière l’incompétence partagée des ministres, et la crise économique qui s’annonce, même le MEDEF craint que le navire tangue trop et réclame qu’on remette à plus tard la réforme des retraites.

En bon domestique, Macron pourtant promet qu’on y revienne et même, plus vite et plus fort. La leçon est bien apprise, décidément, le répétiteur doit être bon. La même logique que pour l’hôpital, le même argument : "on n’a pas fait assez vite" - entendre : si ça marche pas, c’est que la recette est bonne mais qu’elle a été appliquée avec trop de douceur.

Ce que montre l’échange entre les Gilets jaunes et Macron le soir du 14 juillet, c’est toute la décomposition d’un pouvoir bâti sur les intérêts bourgeois et qui n’a pour seule réponse - comme si on lui demandait un conseil : "restez cool". En réalité, on n’est pas "cool" du tout, on est même en train d’atteindre le point d’ébullition : "on est là" et on est chaud bouillant, Manu.




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