^

International

Répression

Sri Lanka. Le nouveau président déclare l’état d’urgence

Après l'instauration de l'état d'urgence, l'ancien premier ministre et président honoraire Ranil Wickremesinghe a ordonné l'évacuation du camp de manifestants logé devant le secrétariat de la présidence. Malgré le changement de personnel politique, la répression du gouvernement perdure contre le mouvement de masse.

vendredi 22 juillet

[Crédits photo : Eranga Jayawardena/ AP]

Dans la nuit du jeudi 22 juillet au vendredi 23 juillet, Ranil Wickremesinghe, président honoraire du Sri Lanka, a ordonné l’évacuation et la répression des manifestants de Colombo qui avaient installé leur campement devant le secrétariat de la présidence. Une décision qui a eu lieu après l’instauration de l’état d’urgence dans le pays, donnant le feu vert aux forces de répression d’arrêter la population et de la détenir sans chef d’inculpation. Alors qu’ils se préparaient à lever le camp ce vendredi, c’est par la répression que le gouvernement les a délogés. 

Ces événements se déroulent après que Wickremesinghe, leader du parti majoritaire au Parlement Sri-Lankais et détenteur de six mandats de premier ministre, ait été placé à la tête du gouvernement de transition en attente des prochaines élections.

L’enjeu principal de cette nomination : sortir le pays de la crise politique qui dure depuis des semaines et a débouché sur l’irruption spectaculaire des masses sri-lankaises dans le palais présidentiel le 8 juillet dernier. En bon soldat du régime, Wickremesinghe a déclaré : « Si vous essayez de renverser le gouvernement, d’occuper le bureau du président et celui du premier ministre, ce n’est pas la démocratie, c’est hors la loi ».

Loin des revendications qui ont poussé à la démission l’ancien président Gotabaya Rajapaksa, il se place dans le rétablissement de l’ordre en attendant la mise en place de potentielles nouvelles élections dans les prochains mois.

Ranil Wickremesinghe, un changement de main dans la répression des Sri-lankais

Alors que certains médias comme le Monde signe déjà la fin de la domination du clan Rajapaksa qui tenait les rennes du pays de 2005 à 2015 avec la démission de l’ex-président. En réalité, la nomination de Ranil Wickremesinghe se situe dans la continuité de ce que Savaranamuttu, fondateur du Centre forPolicy Alternatives, appelle un « népotisme absolu ». Un euphémisme pour désigner la dynastie sanguinaire responsable de l’assassinat de 40 000 manifestants tamouls lors de la révolte de 2009.

Gotabaya, l’ex-président avait mis toute sa famille à des haut-postes du gouvernement, à l’image de son frère Mahinda Rajapaska, ex-président qu’il avait nommé premier ministre ou encore de son autre frère Basil placé au poste de ministre des finances : la nomination de Ranil répond à la même logique. Ranil Wickremesinghe a été longtemps premier ministre et a joué un rôle de bourreau dans la répression des tamouls lors de la révolte de 2018. Le nouveau président est donc intimement liée aux politiques du clan Rajapaksa.

C’est dans l’optique de préserver leurs privilège que se préparent les prochaines élections où Dinesh Gunawardena, ami d’enfance de Wickremesinghe est le poulain du régime. Pour cause, il a été nommé ce vendredi premier ministre du pays quelques heures après la répression des manifestants.

Comme le dit Jeewantha Peiris, un des leaders du mouvement des dernières semaines, au micro de AlJ azeera News : « Nous avons manifesté pacifiquement pendant 100 jours sans qu’il n’y ait d’état d’urgence. Pourquoi le mettre maintenant ? ». Pour lui, « Ranil Wickremesinghe se prépare pour la répression mais notre lutte ne succombera pas à ces actions. ».

La répression brutale et la mise en place de l’état d’urgence démasque le rôle réactionnaire de ce nouveau gouvernement qui voudrait tenter de mater la révolte populaire. Il est clair que malgré le changement de présidence, la marche forcée vers l’appauvrissement de la population selon la loi du marché imposé par le Fond Monétaire International continuera sous l’égide d’un des membres les plus fidèles du régime sri-lankais.

Face à ça, les Sri-lankais, qui se sont révoltés massivement contre la vie chère et la caste politique totalement corrompue ne peuvent faire confiance qu’en eux même pour obtenir leurs revendications. La répression brutale par le nouveau gouvernement, exprime la difficulté du régime à calmer les mobilisations. Ranil Wickremesinghe craindrait-il pour sa piscine ?



Mots-clés

Révoltes   /    Répression policière   /    Sri Lanka   /    Solidarité internationale   /    Répression   /    International