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Sri Lanka. Les syndicats appellent à la grève, le gouvernement renforce la répression et fait un mort

La lutte et la colère populaire contre l'inflation et les pénuries ne désenflent pas au Sri Lanka. Rajapaksa s'accroche au pouvoir et renforce la répression, la police ayant tué un manifestant ce 19 avril.

mercredi 20 avril

Crédits photo : ISHARA S. KODIKARA / AFP

Depuis maintenant plus d’un mois au Sri Lanka, des manifestations massives demandent la démission du président ultranationaliste, Gotabaya Rajapaksa, après que la quasi-totalité de son gouvernement a démissionné au début du mois. Ces mobilisations ont lieu dans un contexte de pénuries, de coupures de courant et d’une très forte inflation menant à une pauvreté croissante sur l’île de l’Océan Indien. Les manifestants ont établi un campement devant le palais présidentiel en déployant des banderoles portant des messages comme : “Gota rentre chez toi !” 

Le 19 avril, la police a violemment réprimé les manifestants qui bloquaient une autoroute et des voies ferrées à Rambukkana, en faisant 1 mort et 24 blessés. Suite à ces manifestations le gouvernement a décrété un couvre-feu. Cette violente répression de la part du gouvernement démontre leur inquiétude face à une situation explosive. Depuis près d’un mois, la situation sociale est explosive dans le pays alors que la roupie sri-lankaise dévisse, conséquence à la fois de l’arrêt du tourisme pendant la pandémie et des contrecoups de la guerre en Ukraine. La population a toutes les peines du monde à trouver de l’essence pour faire le plein, les prix ont ont augmenté subitement, et la crise financière que traverse le pays empêche de maintenir une production électrique régulière, les longues coupures de courant étant devenues monnaie courante.

Le Courrier international rapporte les propos d’un chauffeur expliquant la situation sur place : “L’activité a chuté de plus de moitié. Quand je trouve du carburant pour ma camionnette, il n’y a plus de gaz pour la boulangerie. Quand on trouve du gaz, il n’y a plus d’électricité. Si l’électricité marche, il manque des ingrédients ou de l’eau. Et, quand on se débrouille pour trouver tout ce qu’il faut et avoir du pain et des pâtisseries à vendre, les gens disent qu’ils n’ont plus de quoi payer. C’est ça, la situation, aujourd’hui. Les gens meurent de faim. Voilà ce qu’ils [ceux qui sont aux manettes] nous ont fait.”

Les habitants vivent donc dans la privation mais aussi le manque de soins médicaux. Les hôpitaux sont particulièrement touchés par les coupures de courant, et les pénuries de carburant qui permettraient de faire tourner des générateurs. De même les fortes restrictions des importations depuis le mois de mars entraînent une pénurie de médicaments. RFI rapport le témoignage d’une habitante de Colombo (capitale du Sri Lanka) : “Le Sri Lanka est en train de vivre sa pire crise économique. Il y a des pénuries de carburant, de gaz, d’électricité. Et les pénuries de carburant ont entraîné la faillite de nombreuses grandes et petites entreprises. La semaine dernière, trois personnes âgées sont décédées en faisant la queue pour remplir un bidon d’essence ou pour se procurer du gaz. C’était horrible de voir que des personnes meurent en faisant la queue pour se procurer des biens de première nécessité. Aujourd’hui, j’ai assisté à une opération chirurgicale où les chirurgiens s’éclairaient à l’aide de leur téléphone portable, car les générateurs qui tournaient depuis des heures sont restés à court de carburant et l’opération ne pouvait pas attendre. Actuellement, il y a aussi une pénurie de médicaments. C’est un cercle vicieux, un cercle sans fin.” 

Le FMI est déjà en train de préparer des plans de racket de l’économie srilankaise sous prétexte de la remettre à flot.

Une grève générale a été appelé ce mercredi par le Collectif des syndicats et des organisations de masse. Les travailleurs de la santé, les ouvriers agricoles ont déjà montré une certaine participation au mouvement même si ce sont davantage des manifestations de masse que des grèves qui ont eu lieu pour le moment.

Le mouvement de masse a pour l’instant réussi à faire changer la peur de camp, après les années d’autoritarisme du clan Rajapska. Les démissions de ministres, la répression, les tentatives de censure des réseaux sociaux sont autant de signes de fébrilité des gouvernants. De leur côté, les manifestants témoignent d’une unité importante contre les élites, dans un pays à l’histoire déchirée par les conflits ethniques et raciaux.

L’intervention sur le devant de la scène de la classe ouvrière sri-lankaise par la méthode de la grève pourrait faire passer un cap décisif au mouvement pour que Rajapksa sa clique, et la fausse opposition qui n’attend que de capitaliser sur un mouvement populaire qu’elle craint, rentrent tous chez eux !



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