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Politique

Fête de la musique et répression à Nantes

Steve disparu : selon le directeur adjoint de la police à Nantes il n’y a eu « aucune charge »

Des déclarations qui contredisent pourtant celles de Castaner, qui n’a pas écarté que la disparition de Steve soit "peut-être" liée à cette opération policière.

jeudi 27 juin

Crédits photo : Nantes Révoltée

Tirs de LBD, jets de grenades de désencerclement et de lacrymos, chiens lâchés...

« Aucune charge » n’a été menée pour « repousser les jeunes vers la Loire », déclare cyniquement Thierry Palermo, directeur départemental adjoint de la sécurité publique (DDSP) de Loire-Atlantique. Cette déclaration vient pourtant contredire non seulement la violence des vidéos, ainsi que les nombreux témoignages, mais plus encore… le Ministre de l’Intérieure lui-même. Comme l’expose Le Monde : « Il y avait des gens qui couraient dans tous les sens pour échapper aux lacrymos, relate Aliyal, étudiante, qui participait à la fête. J’ai vu des gens tomber à l’eau qui criaient pour que les bateaux des secours viennent les chercher. » Les images diffusées sur les réseaux sociaux attestent de la violence de l’intervention et de la grande confusion qui règne alors sur le quai.

Steve Maia Caniço, animateur périscolaire de 24 ans, n’a toujours pas été retrouvé. Le jeune homme a disparu dans la nuit du 21 au 22 juin, suite à une charge de 15 et 20 policiers de différentes unités (compagnie départementale d’intervention, brigade anti-criminalité, maîtres-chiens), en pleine fête de la musique au bord de la Loire.

D’après une source policière citée dans une enquête de Médiapart, lors de cette « charge particulièrement violente à l’encontre des fêtards […] une dizaine de grenades de désencerclement ont été tirées, ainsi qu’une trentaine de grenades lacrymogènes et une dizaine de balles de LBD. » Ajoutez à cela au moins un chien lâché sur la foule, « des bergers belges » selon des témoins, et des coups de matraque nourris sur les fêtards. En plein moment festif, ces derniers se sont retrouvés brusquement étouffés par un épais nuage de gaz lacrymogènes. Un déferlement de violences de la part des policiers qui a fait suite au lancement d’une chanson antifasciste. Comme nous l’écrivions hier, « les motivations idéologiques et politiques de la police sont de plus en plus pointées du doigt ». Selon le site Nantes révoltée, d’autres témoins auraient entendu prononcer « sale gaucho » durant la charge de la police.

Une zone qui plus est extrêmement dangereuse puisqu’il n’y a pas de garde-corps, et les courants sont forts à cet endroit. La hauteur entre le quai et l’eau est de 7-8m, Steve, quant à lui, ne savait pas nager. Peu avant la charge policière, il se reposait, couché entre deux sound systems, à quelques mètres du quai.

Preuve que cette affaire pourrait prendre de l’ampleur, la recherche d’un responsable est déjà lancée et au sein même des services de police certains cherchent à se défausser en qualifiant « d’aberrant » l’ordre donné de charger – confirmant par-là même qu’un tel ordre a été donné. Selon Le Monde en effet : « ce sont des rangs même des policiers qu’ont émergé les premiers doutes sur le bien-fondé d’une telle opération, le long d’un quai dépourvu de parapet. C’est d’abord sous le sceau du « off » que certains fonctionnaires ont fait part de leurs réserves. « On n’intervient jamais au bord de l’eau ou sur un pont, même s’il y a des garde-corps, c’est trop risqué », confiait au Monde un haut gradé, expert en maintien de l’ordre, quelques heures après le signalement de la disparition. Au commissariat central Waldeck-Rousseau de Nantes, un policier parlait mardi de « branle-bas de combat » : « Tout le monde rase les murs, on sait qu’il va falloir trouver un responsable. » […] C’est finalement un membre du syndicat Unité SGP Police, majoritaire au ministère de l’intérieur, qui s’est chargé de rompre le silence, mardi 25 juin. Philippe Boussion, secrétaire régional, a pointé « la responsabilité » du commissaire qui a assuré le commandement de l’opération, l’accusant d’avoir « commis une faute grave de discernement » en donnant à ses troupes « un ordre aberrant ».

Une enquête de l’IGPN pour dédouaner la police ?

"Un jeune homme a disparu et peut-être est-ce lié à une opération, à une intervention de la police sur laquelle j’ai demandé des explications à la police des polices pour y voir plus clair". Rarement le ministre de l’Intérieur n’avait été si prudent dans ses dires, alors que, pendant le mouvement des gilets jaunes, ce dernier n’avait eu de cesse de nier toute violence policière, démontrant à quel point le gouvernement lui-même pourrait être gêné dans cette affaire.

Lundi, Castaner a saisi l’IGPN : « il y a une situation qui appelle à des questionnements ». Et de poursuivre : « c’est un lieu qui est particulièrement dangereux ». Une déclaration bien plus mesurée, qui vient contredire la version de Thierry Palermo, qui avait autorité sur le service d’ordre cette nuit-là, et pour qui « aucune charge n’a été organisée » car c’était « matériellement impossible ». Ce dernier évoque à ce titre une "riposte qui s’inscrit dans le cadre de la loi."

Le mépris et le déni de Thierry Palermo reflètent en réalité ce qu’est l’institution policière dont les crimes sont systématiquement impunis. L’IGPN, pourtant saisie des dizaines de fois depuis le mouvement des gilets jaunes n’a jamais condamné les policiers, réfutant « totalement le terme de violences policières ».

Qu’il s’agisse de l’invocation du cadre légal ou du fait de saisir l’IGPN. Comme le rappelle dans une tribune au Monde Sebastian Roché, « l’IGPN est non seulement un service du ministère de l’intérieur, mais en plus un service de police ». Le directeur de recherche au CNRS rappelle que « le directeur de l’IGPN est nommé par l’exécutif, les agents y sont affectés par le ministère de l’intérieur et leurs carrières en dépendent. Enfin, ce sont des policiers qui enquêtent sur des policiers. » Dans la majorité des cas, les policiers accusés ne parviennent même pas à être identifiés. Quant à la justification d’une « violence légale », outre les impunités flagrantes dont jouit la police, le droit est ajusté afin de légitimer la violence de l’ordre établi. Systémiques, les violences policières n’en sont pas plus légitimes qu’elle sont légalisées de fait, comme le souligne Sébastien Roché : « Une violence policière est une violence commise par un policier, une violence non policière est commise par un non-policier. Soyons-en conscients : si les violences policières sont légales dans notre pays, le problème n’est pas moindre, mais plus sérieux encore. »
Et pour cause, l’institution policière est le corps répressif au service du pouvoir exécutif, de Macron et des classes dominantes qu’il sert. C’est la raison pour laquelle ces crimes et violences demeurent systématiquement impunis.

Cette dénégation vise ni plus moins qu’à dénier la responsabilité des forces de police dans l’incident qui a poussé tant de personnes dans la Loire ; autrement, est-ce par plaisir que celles-ci ont piqué une tête ? Il est permis d’en douter. Les forces de police, appuyées par le gouvernement, ont montré, de l’affaire de Geneviève Legay à la fake news de Castaner sur la prétendue attaque de la Salpétriere, à quel point travestir la vérité est une pratique courante. Désormais, nous exigeons toute la lumière sur l’incident de cette nuit et de savoir ce qui s’est passé pour Steve, toujours porté disparu.

Alors que les recherches se poursuivaient encore ce jeudi, deux rassemblements de soutien auront lieu à Nantes. Le premier, ce vendredi soir, à 22h au Quai Wilson. Le deuxième devrait prendre la forme d’une marche « en musique » à la demande de ses proches, samedi à partir de 14h, entre le quai Wilson et la préfecture.

Par ailleurs, l’association Media’son est en train de récolter des témoignages afin de déposer une plainte collective pour « mise en danger de la vie d’autrui ».




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