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Lutte des livreurs

Suisse. Les livreurs de Smood en grève reconductible contre la précarité

Les travailleurs de l'entreprise de livraison à domicile, Smood, en Suisse sont en grève pour revendiquer de meilleures conditions de travail et une hausse de salaires. Soutien aux grévistes face aux entreprises qui font du profit en enfonçant les travailleurs dans la précarité.

samedi 27 novembre 2021

“Smood, Smood, t’es foutu, les livreurs sont dans la rue !” Initiée dans la ville d’Yverdon, une grève des livreurs et livreuses de Smood s’est propagée dans plusieurs villes de Suisse romande ces dernières semaines. Exigeant la rémunération intégrale de toutes les heures de travail pour l’entreprise (et non pas seulement que lorsqu’il y a une commande), les grévistes se mobilisent depuis le début du mois de novembre en tenant des piquets et sont soutenus par le syndicat Unia et Syndicom. “On ira jusqu’au bout et même si on va profiter directement mais pour la génération à venir, eux aussi en profiteront”.

Selon le quotidien suisse Le Temps, Smood, entreprise genevoise de livraison de repas et courses, emploierait 1000 livreurs sur le territoire suisse en se partageant le marché avec Uber Eats et Just Eat dans un secteur ayant connu une croissance exponentielle ces dernières années.

C’est à Yverdon dans le canton de Vaud que les livreurs ont lancé le mouvement le 2 novembre, rejoints ensuite par les livreurs d’autres villes romandes. Il faut souligner d’une part le caractère assez majoritaire de la grève. Ainsi, selon un des grévistes interviewé par Le Temps, les chiffres étaient par exemple de 13 grévistes sur 20 à Yverdon ou encore 7 sur 12 à Nyon. D’autre part, la solidarité des collègues prime sur les séparations régionales. “On est une même équipe” dit un gréviste. Ils dénoncent tous un décalage entre le temps pour lequel ils sont mis à disposition de l’entreprise et les courses et heures de travail pour lesquels ils sont effectivement rémunérés. Ainsi, ils peuvent être disponibles entre 11h et 20h pour Smood, mais ne vont être payés que s’ils font des livraisons. Ce temps mis à disposition comprend les attentes dans les restaurants, les aléas de la circulation routière, entre autres. En témoignant au journal Le Temps, un livreur explique également des mauvais calculs des courses par l’application. “Je suis parti de Morges direction La-Tour-de-Peilz, soit 35 minutes aussi, mais j’ai été payé seulement 9 minutes”.

Cela a comme conséquence des salaires bien différents de ceux qu’ils pourraient recevoir si l’intégralité des heures à disposition de l’entreprise était payée. Par ailleurs, les salariés dénoncent une répartition inéquitable des pourboires. Un gréviste dit qu’en cash, il pourrait toucher 150 francs mais en passant par l’application, il ne touche que 100. Où est passé le reste ?

Un autre point consiste en l’utilisation du véhicule privé et des frais professionnels qui ne seraient pas payés par l’entreprise. Une des revendications des grévistes est le “défraiement couvrant le prix réel d’utilisation du véhicule privé, ainsi que la location des véhicules utilisés pour des livraisons”. Ce type d’entreprise de plateforme a tendance au niveau international à recourir à des coursiers dits « indépendants » permettant à l’entreprise de ne pas payer des charges sociales. Dans le cas de Smood, légalement, les livreurs sont employés par l’entreprise mais le recours au véhicule privé et une rémunération à la livraison persistent. Les livreurs ne peuvent même pas savoir vraiment combien ils toucheront par mois ; ils ne savent qu’à la fin.

Les grévistes ont lancé une pétition synthétisant leurs revendications, pétition ayant récolté plus de 12’247 signatures en juste quelques semaines. Pour la déposer, des délégations de toutes les villes en grève se sont rassemblées mardi 23 novembre dernier à Genève et ont fait le déplacement jusqu’au siège de Smood et de Migros (première entreprise de la grande distribution en Suisse ayant un poids décisionnel sur Smood).

Le cas de Smood en Suisse ou encore les cas des livreurs de Uber Eats à Saint-Etienne témoignent d’une croissance de la conflictualité de classe dans un secteur florissant pour les capitalistes sur le dos et l’effort des livreurs. Mais le cas de Smood et leur système de planification témoignent d’une volonté des capitalistes d’avoir une main d’œuvre jetable, atomisée et dispo H-24 indépendamment des besoins de temps libre et de repos des salariés. Cette précarisation s’applique tout aussi bien au secteur de la livraison comme à de nombreux autres secteurs qui se basent sur des plateformes ou pas (le nettoyage, le commerce de détail, entre autres).

Mais ici, les salariés de Smood indiquent la voie à suivre pour tenir tête au patronat qui nous divise et atomise. Ils montrent que la détermination des salariés est plus forte, qu’elle dépasse l’isolement en créant des solidarités et c’est elle qui fera aboutir les revendications des salariés. La lutte continue, soutien aux grévistes de Smood !




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