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Notre classe

Crise sanitaire et transports en commun

Suite à l’incohérence entre les annonces et la réalité, les droits de retrait se multiplient à la SNCF

Ce dimanche, le secrétaire d'Etat aux transports Jean-Baptiste Djebbari et la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne, ont annoncé des mesures d'allègement des transports en commun pour limiter la propagation du coronavirus. La direction de la SNCF a finalement décidé de recevoir les organisations syndicales ce dimanche, après avoir refusé de le faire dans un premier temps. Malgré un certain nombre de mesures annoncées, un fossé existe entre les paroles et les actes. Usagers et cheminots mis en danger.

lundi 16 mars

Crédits photos : [ERIC PIERMONT / AFP]

Djebbari annonce une réduction progressive des transports publics et des longs trajets

Le gouvernement a annoncé ce dimanche une réduction drastique des transports publics de manière progressive à partir de lundi. En conférence de presse, Elisabeth Borne a affirmé qu’il n’y aura "pas d’arrêt brutal et complet" des transports. Une réduction à sept train sur dix est prévue pour lundi, avec un scénario de restriction progressive des transports publics d’ici la fin de la semaine.

A la SNCF, la prévision est d’un TGV sur 2, et de 2 sur 3 pour le TER et Transilien. A la RATP, le trafic sera normal sur les RER A et B, alors que le métro à Paris fonctionnera à 80%, tout comme les bus et le tramway.

Tout en assurant vouloir éviter au maximum un arrêt brutal du service de transports publics, il a été affirmé notamment lors du point presse ce dimanche que "l’objectif est de ralentir la progression de l’épidémie pour prendre en charge les malades dans les meilleures conditions". L’objectif est avant tout de limiter au maximum les transports “non essentiels” d’individus, alors que les transports de marchandises resteront pour l’instant totalement assurés. Des mesures annoncées qui pour autant ne semblent pas rassurer les salariés de la SNCF, dont un certain nombre devra dans tous les cas s’absenter afin d’assurer la garde de leurs enfants, étant donné que les écoles sont fermées à partir de lundi.

Après avoir refusé de le faire en urgence, la direction accepte enfin de recevoir les organisations syndicales

Face à la gravité de la crise sanitaire en cours dans le pays, les organisations syndicales ont demandé d’être reçues en urgence dès vendredi afin de mettre en place des mesures à la hauteur des enjeux pour assurer la sécurité à la fois des cheminots et des usagers. Après avoir refusé de les recevoir immédiatement, la direction a enfin décidé d’accepter une vidéoconférence en urgence dimanche matin dans laquelle elle s’est engagée à une série de mesures. Elle s’est notamment engagée à arrêter l’embarquement et l’accueil en gare, les contrôles à bord, ainsi que sur la mise à disposition de masques chirurgicaux et du gel hydroalcoolique, et la désinfection régulière du matériel roulant. Le télétravail sera mis en place à chaque fois que cela est possible, et la vente de billets en gare est, quant à elle, maintenue sous certaines conditions.

Néanmoins, il est évident que ces mesures ne sont pas encore suffisantes. Comme l’exige la Fédération Sud Rail dans un communiqué publié à l’issue de la réunion avec la direction, il faudrait que tous les agents souffrant de pathologie chronique ou en situation de fragilité puissent rester chez eux, dans les mêmes conditions que la garde d’enfants, c’est-à-dire sans aucune perte de salaire. Une nouvelle réunion aura lieu ce lundi entre la direction et les organisations syndicales.

Il y aurait également des mesures de bon sens qui pourraient être prises par le gouvernement pour réduire au maximum le flux de voyageurs dans les transports en commun. Toutes les usines non-indispensables devraient fermer, sans baisse de salaire, pour que les travailleurs puissent rester chez eux et les transports ne fonctionnent qu’avec un service minimum pour les déplacements indispensables. C’est à ceux qui se gavent tous les jours sur notre dos et notre santé de mettre la main à la poche et d’assurer nos salaires.

Face au double discours de la direction et la mise en danger des cheminots et usagers, les droits de retrait se multiplient

Selon les informations qui remontent du terrain ce lundi matin, même ces mesures élémentaires d’hygiène et sécurité auxquelles la direction de la SNCF s’est engagée ne sont que très peu respectées. Dans de nombreux chantiers, gares et postes, les agents, qui prennent pourtant des risques pour assurer la continuité du service public ferroviaire indispensable, n’ont même pas accès à des choses élémentaires comme le gel hydroalcoolique ou des masques.

Dans cette situation, de nombreux salariés ont décidé d’exercer leur droit de retrait, plus que légitime. En Ile-de-France, mais aussi dans de nombreuses régions en province, et dans différents métiers comme les technicentres, l’infrapole, ou encore les agents en gare, de nombreux cheminots se sont mis en retrait car ils craignent pour leur sécurité et celle des usagers. Face à cette situation, au lieu de trouver des solutions et mettre en place les mesures de sécurité nécessaires, la direction de la SNCF a répondu à certains endroits avec la mise en demeure des agents ayant exercé leur droit de retrait. Cette attitude de la direction est purement scandaleuse au milieu de cette crise sanitaire majeure dans le pays. Les cheminots ne se laisseront pas intimider et exigeront des mesures à la hauteur de ce qui est en train de se passer. Il s’agit du minimum pour des salariés qui sont en train de prendre des risques pour leur santé et celles de leurs familles afin d’assurer le service public.




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