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Politique

Traverser la rue

Suppression des allocations chômage en cas de refus de CDI : surenchère anti-pauvre au Sénat

Le passage du texte sur l’assurance chômage au Sénat est passé relativement inaperçu, contexte social et politique oblige. Pourtant, une nouvelle fois la navette parlementaire a accouché d’une nouvelle attaque d’ampleur, à savoir la restriction du droit à l’indemnisation chômage pour les travailleurs qui refuseraient un CDI.

jeudi 27 octobre

Photo : FRANCOIS GUILLOT / AFP

Début octobre, à l’Assemblée Nationale, les députés ont voté le second volet de la réforme de l’assurance chômage souhaitée par la macronie. Dans la continuité du premier volet, qui s’était clos sur la modification du mode de calcul de l’allocation chômage et la baisse des pensions, le coup d’envoi de la saison 2 a accouché d’un détricotage en règle de l’assurance-chômage.

Or, alors que l’Assemblée avait déjà entériné à la fois la prorogation des règles actuelles et leur durcissement, la possibilité de moduler l’assurance chômage sur la conjoncture ou encore l’assimilation de l’abandon de poste à une démission, il semblerait que cela n’ait pas suffi pour les élus du Palais du Luxembourg. En effet, à l’occasion de l’examen du texte en séance publique lundi, les sénateurs ont fait voter la suppression du droit à l’indemnisation pour les salariés en CDD qui refusent trois CDI.

Dans le cadre d’une véritable cabale anti-chômeurs, les élus LR n’ont pas réussi cependant à faire adopter une disposition visant à évincer de l’assurance chômage les employés en CDD dès le premier refus de CDI, l’amendement ayant finalement été rejeté in extremis après avoir été voté … à égalité. Cependant, ils sont parvenus à en exclure les intérimaires qui n’accepteraient pas un CDI de l’entreprise dans laquelle ils travaillent et pour le poste qu’ils occupent.

L’objectif poursuivi est clair : en pleine crise économique, il s’agit de constituer une main d’œuvre précaire et corvéable au patronat en obligeant les chômeurs à accepter des emplois toujours moins bien payés et des conditions de travail dégradées pour ne pas risquer de vivre sans indemnité.

Le 9 novembre prochain, le texte doit faire l’objet d’une commission parlementaire mixte (Sénat et Assemblée Nationale). En outre, les modalités de cette nouvelle forme de l’assurance-chômage seront décidées à l’issue d’une phase de discussion et de concertation de six à huit semaines avec les directions syndicales et patronales et appliquées par décret pour une entrée en vigueur début 2023. En résumé, la surenchère anti-ouvrière et anti-pauvre pourrait encore se poursuivre …

Alors qu’une colère s’exprime dans le pays sur les salaires et que les raffineurs ont montré la voie de la grève et de la méthode de la lutte des classes, il y a urgence à poser la perspective de la reconduction pour les salaires et face aux contre-réformes.



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