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Réforme sexiste, grève féministe !

Sur France 2, Borne échoue encore à faire passer la pilule d’une réforme « favorable » aux femmes

Jeudi soir, Élisabeth Borne était l’invitée de l’émission « l’Evenement » sur France 2 pour défendre sa réforme des retraites. Interrogée sur l’impact pour les femmes, elle a enchaîné les formules hypocrites, en difficulté pour masquer les conséquences désastreuses de la réforme sur les femmes et les personnes LGBTI.

Rozenn Kevel

3 février 2023

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Crédits photo : Capture d’écran de France 2

Jeudi soir, Élisabeth Borne était l’invitée de l’émission l’Evenement sur France 2. Deux heures de prime-time pour tenter de promouvoir la réforme des retraites au lendemain d’une mobilisation massive réunissant près de trois millions de personnes dans la rue, avec des taux de grèves élevés. Interrogée sur la question des femmes, le gouvernement se prend une nouvelle fois les pieds dans le tapis. Entre bafouillages et mesures hypocrites, Borne n’a pas réussi à cacher les effets catastrophique de la réforme pour les femmes.

30 minutes consacrées aux femmes, 30 minutes d’hypocrisie et de bafouillages

Tout le long de son argumentaire sur l’impact de la réforme sur les femmes, Elisabeth Borne n’a cessé de qualifier la réforme de « protectrice », cachant son attaque antisociale et sexiste derrière des phrases creuses et un bouquet de mesures toutes plus mensongères et dérisoires les unes que les autres.

Pendant l’émission, un reportage est diffusé : celui-ci montre une femme qui a commencé à travailler à 16 ans et, comme beaucoup, elle a connu une carrière hachée avec trois enfants à charge, et a également fait une reconversion professionnelle. Elle témoigne : « j’ai fais une simulation il y a quelques jours et j’ai pleuré parce que je me suis rendue compte que je n’allais pas pouvoir profiter de la vie comme je l’aurais voulu », « je vais perdre plusieurs mois de cotisations, c’est écœurant ». La première ministre ne se démonte pas, et répond par la nouvelle phrase type apprise par cœur : la réforme des retraites garantit un « système protecteur » sous prétexte que les congés parentaux permettent de cotiser pour la retraite. Pourtant le calcul est simple : en repoussant l’âge légal de départ à la retraite, ce sont les mois cotisés par enfants qui sont peu à peu sucrés.

Vient la question des vertigineux écarts de pensions. La journaliste interroge la ministre sur les 30 % qui séparent les montants des pensions des homme à ceux des femmes. Celle-ci assure que le gouvernement a à cœur de réduire cette inégalité : la réforme permettrait selon elle d’atteindre un écart de 20% … dans 10 ans ! Une promesse qui ravira sans doute toutes les femmes forcées de travailler plus longtemps pour une retraite de misère. L’étude d’impact réalisée par le ministère du travail affirmait ainsi noir sur blanc « [qu’]avec le décalage de l’âge de départ, [les femmes] vont plus prolonger leur activité que les hommes ». Une profonde injustice en termes de temps de travail qui se traduit mathématiquement par une minime réduction de l’écart de pension, que Borne présente comme un progrès. Il fallait oser.

Face aux reportages qui s’enchaînent montrant à quelle point cette réforme n’est ni souhaitée, ni tenable par les travailleurs et travailleuses, Élisabeth Borne sort une énième carte de son chapeau et nous promet de nouveaux droits, pour mieux attaquer les actuels.

Ainsi, le gouvernement met en avant l’élargissement à 40 000 nouveaux bénéficiaires de l’assurance-vieillesse pour les aidants. Celle-ci permet de valider les trimestres consacrés à s’occuper de proches malades ou handicapés, tâches de soins essentiellement prises en main par les femmes. Or, ce système reproduit les inégalités de genre sur les questions salariales et de pensions, ainsi que dans la répartition du travail de soin. Comme le rapporte France Info, dans le cadre du soin à un adulte handicapé ou malade, un seul membre de la famille peut bénéficier de ses trimestres. Il faut pour cela arrêter le travail pendant une période d’au moins trente mois ininterrompus (!), « Et le plus souvent, c’est madame qui arrête de travailler, car monsieur a un plus gros salaire », complète pour France Info Céline Bouillot, porte-parole du Collectif inter-associatif des aidants familiaux.

« Efforts partagés » est le nouveau « faire trinquer les plus précaires »

Pour défendre sa réforme profondément impopulaire, le gouvernement développe un argumentaire autour de sa « nécessité », et des soit-disant « efforts partagés ». Le tout, en adoptant une attitude hypocritement compréhensive, quitte à ce que les politiciens s’inventent une vie d’ouvriers.

Derrière la poudre aux yeux que le gouvernement tente laborieusement de jeter, la réalité est que ce sont les plus précaires, celles et ceux qui ont trimé toute leur vie à s’en abîmer le corps, qui vont trinquer. Ce sont les femmes aux carrières hachées, aux temps partiels imposés, à la pénibilité méprisée par le gouvernement.

Lors d’un entretien, l’économiste Rachel Silvera mettait le doigt sur la pénibilité totalement invisibilisée des secteurs féminisés du monde du travail. « Ça paraît tabou de dire que quand on est aide à domicile et qu’on n’a pas du matériel adéquat, on porte des personnes âgées et le dos en prend un coup. On le sait, il y a de plus en plus d’accidents du travail, de maladies professionnelles dans ce secteur. Quand on est caissières, on manipule des objets. Mais ce sont des gestes répétitifs qui sont exclus aujourd’hui de la prise en compte dans les comptes pour la retraite. À la fin de la journée, on a porté le poids d’un éléphant. »

Ce sont également les personnes LGBTI avec des besoins particuliers ou discriminées de l’embauche jusqu’au licenciement parfois, comme témoignait cette aide soignante trans pour Révolution Permanente : « En tant que personnes trans il y a plein d’obstacles qui retardent la retraite : pendant notre transition, on est parfois obligés d’arrêter de travailler à cause de la discrimination, ça a failli être mon cas. […] Mais je connais aussi des personnes trans qui se font tout simplement licencier lorsqu’on découvre qu’elles sont trans, les employeurs ont toujours des arguments concernant l’image de l’entreprise pour le justifier. Pour cette raison, beaucoup de personnes trans sont au chômage ou au RSA, très précaires... »

Les plus touchées sont aussi les personnes immigrées qui verront leur départ en retraite reculer du fait d’avoir commencé à cotiser plus tard en France. Luz, racontait au micro de Révolution Permanente : « Le montant de la pension qu’on me proposait était d’un peu plus de 700 euros. Avec cette somme, je n’ai pas eu d’autres choix que de continuer le travail. Pour compléter la pension, j’ai continué à faire assistante maternelle, mais à un rythme moins élevé. Les problèmes de santé se sont accumulés pendant toutes ces années. Hypertension, problème de dos, douleurs musculaires, etc...En sortant du confinement, je n’était plus en capacité de travailler. C’est à 79 ans que j’ai arrêté de travailler complètement. Aujourd’hui, j’ai 81 ans, et je touche une pension de 930 euros. C’est peu d’argent... »

Avec cette réforme, ce sont ces travailleuses et travailleurs précaires qui sont visés par le gouvernement. Les efforts collectifs s’arrêtent apparemment aux frontières du salariat, Bernard Arnault, Françoise Bettencourt et leur clique de milliardaires n’ont pas à s’inquiéter, pas un seul de leurs centimes ne sera mis en danger, bien au contraire.

Alors que le gouvernement veut nous condamner de mourir au travail avec une réforme anti-sociale et patriarcale, il est essentiel de continuer à massifier la mobilisation en y portant une politique féministe, à l’instar de l’action féministe organisée le 31 janvier à Toulouse par plusieurs organisations féministes et syndicales, dont Du Pain et Des Roses.

Pour gagner, il faudra dépasser les dates isolées appelées par l’intersyndicale et construire une alliance forte des secteurs du monde du travail avec les organisations de lutte contre le patriarcat et le racisme, pour entraîner le plus largement possible dans cette bataille. Une jonction essentielle, dans laquelle il serait possible d’obtenir non seulement le retrait de la réforme, mais également la retraite à taux plein à 60 ans et 55 ans pour tous les métiers pénibles, en défendant du même coup l’égalité des salaires entre hommes et femmes, le partage du temps de travail sans baisse de salaire et l’indexation des salaires et des pensions sur l’inflation. Un programme résolument féministe et antiraciste.


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