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Politique

DIALOGUE SOCIAL : DU PLOMB DANS L’AILE

Sur fond de conflit Air France, la CGT boycotte la conférence sociale

La direction de la CGT a décidé de boycotterla conférence sociale du 19 octobre. Le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez, ne participera pas à la rencontre des partenaires sociaux avec Hollande. Il avait pourtant confirmé sa présence, mais le conflit d’Air France et la garde à vue musclée des cinq militants syndicalistes interpellés à la suite de la manifestation de colère du 5 octobre lui interdisent de tenir ce rôle de « partenaire social » sans se discréditer totalement au sein du camp des travailleurs. Clair Manor

jeudi 15 octobre 2015

Dialogue ou colère sociale, les salariés ont choisi

L’affaire a débuté, on le sait, de manière très banale dans le paysage économique et social actuel. Un grand groupe, en l’occurrence Air France, décide, pour « assurer sa compétitivité » d’engager un « plan d’austérité » dont les payeurs seront les salariés. Histoire de faire apparaître un bouc émissaire, il commence par feindre denégocier avec « les plus nantis », les pilotes, en sachant bien entendu qu’il y a peu de chances qu’ils acceptent les reculs qui leur sont demandés. Le refus étant consommé, il ne reste plus qu’à dégainer le véritable plan : 2900 licenciements toutes catégories confondues.

L’explosion de colère a lieu le 5 octobre, lors de la réunion du CCE d’Air France, c’est-à-dire dans le cadre paritaire où se retrouvent le patron et ses acolytes face aux représentants des salariés pour annoncer le plan qu’ils ont ourdi. La colère qui s’est exprimée est une réponse absolument légitime à la violence de l’attaque portée aux salariés, à leurs emplois, à leur survie. Elle est le théâtre de l’explosion du dialogue social. La multiplication des plaintes et la mise en garde à vue de cinq salariés et syndicalistes en est la dramatique manifestation. Effet immédiat de cette déclaration de guerre, le Secrétaire Général de la CGT n’ira pas à la conférence sociale lundi prochain.

Les conférences sociales, un mode de gouvernance en période d’austérité

Avec la « représentativité syndicale », le principe des « conférences sociales », complète le dispositif dont Hollande a fait la matrice de sa gouvernance au service d’une politique néolibérale et d’austérité. Les premières conférences du genre ont eu lieu en 2012, 2013 et 2014.

Un bilan officiel réalisé en juin 2013 indique que « la méthode suivie dans la conduite des réformes, repose sur le dialogue social, la négociation et la concertation ». « La feuille de route sociale définie à l’issue de chaque conférence est suivie grâce à l’état d’esprit de confiance, de dialogue et de responsabilité qui se crée avec les acteurs sociaux et territoriaux ». Ce satisfecit du gouvernement indique assez clairement que le rôle desdites conférences sociales est de faire en sorte que tout le monde rame dans le même sens, c’est-à-dire celui des intérêts du patronat.

De fait, toutes les conférences sociales qui se déroulent sous le quinquennat de Hollande servent aux différents projets de « modernisation » qui sont autant de coups portés aux travailleurs. « Emploi, formation professionnelle, salaires, redressement productif, retraites et protection sociale, action publique avec ses agents … » tout y passe. Les travailleurs ont eu amplement l’occasion durant ces dernières années, de mesurer les effets de ces conférences et de leurs « feuilles de route ».

Boycott de la conférence du 19 octobre, oui mais encore …

La décision de boycott de la conférence de lundi prochain par la CGT, principale organisation représentative des salariés en France, a évidemment un retentissement politique important. C’est le « minimum syndical » de ce que Martinez devait faire face aux évènements des derniers jours à Air France et à la violente répression qui s’est abattue sur les salariés et représentants syndicaux en colère.

Mais est-ce suffisant quand on connaît la manière dont ont été traités les syndicalistes interpellés à 6h du matin en présence de leur famille pour être placés en garde à vue, et quand on sait qu’ils encourent jusqu’à 5 ans de prison pour « violence en réunion avec préméditation » accusation pour laquelle Ils passeront devant le tribunal de Bobigny le 2 décembre. Certes, tous les syndicats représentatifs d’Air France, à l’exception de la CFDT et de la CFE-CGC, ont appelé les salariés à une journée de manifestation le 22 octobre devant l’assemblée nationale. Mais cette manifestation, sans appel à la grève, se tiendra en même temps que seront présentés au Comité Central d’Entreprise les détails du plan de restructuration menaçant 2900 emplois.

Aucun dialogue n’est possible tant que des camarades sont sous la menace d’une condamnation lourde pour des actions qui n’ont été que la manifestation spontanée d’une légitime défense sociale. La contradiction devient ainsi de plus en plus saillante entre, d’un côté, un boycott tout à fait justifié de cette instance de « dialogue social » qu’est la conférence pour l’emploi et, d’un autre côté, la présence au sein des instances « paritaires » d’Air France dont on sait qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à négocier, en l’occurrence, que des reculs.

Quel avenir pour le « dialogue social ?


Le temps du dialogue social est confronté à une nouvelle période. Le libéralisme accru, l’effacement du pouvoir social centralisé de l’état au profit de la décentralisation des négociations dans les entreprises, la destruction galopante du code du travail, et surtout la volonté des capitalistes de reprendre aux salariés tous les acquis qu’ils avaient concédés change significativement la donne.

Du côté des patrons, le discours à la Sarkozy décriant le syndicalisme inutile et ringard à la française devient de plus en plus prégnant. Du côté des salariés, l’accumulation d’expériences où après que les manifestants aient scandé « ni amendable, ni négociable » - comme ce fut le cas récemment à l’AP-HP - les syndicats finissent par aller à la table des négociations ébranle peu à peu le principe même du « dialogue » et le rôle de « partenaire social ». Seul un syndicalisme lutte de classe associé à des formes d’auto-organisation apparaît comme une issue possible aux échecs répétés du « dialogue social et des conférences sociales de tout poil.




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