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Sur une liste étudiante d’extrême-droite, accusée de couvrir une agression… Qui est la tête de liste LREM ?

Présente sur une liste étudiante d’extrême-droite lorsqu’elle était à Science Po, diplomate de longue date accusée par une lanceuse d’alerte d’avoir couvert une agression et des détournements de fonds, catholique et féministe auto-proclamée… Portrait de Nathalie Loiseau en 3 points.

mardi 23 avril

Crédits photo : Francois Mori / POOL / AFP

Nathalie Loiseau, tête de liste de la République en Marche pour les Européennes, a fait couler beaucoup d’encre ces derniers jours, après la révélation de sa participation à des élections étudiantes sur une liste d’extrême-droite proche du GUD lorsqu’elle était à Science Po, à Paris. Brièvement passée dans le monde de la mode au début de sa carrière, diplomate durant 26 ans, directrice de l’ENA pendant près de 5 ans avant d’être nommée au quai d’Orsay, fervente catholique et féministe auto-proclamée… Le portrait tout en zones d’ombre de cette candidate.

A 20 ans, elle figurait sur une liste étudiante proche du GUD

Si son nom est apparu en première page de la presse ces derniers jours, c’est avant-tout parce que Mediapart a fait des révélations concernant Nathalie Loiseau. En effet, en 1984 alors qu’elle avait 20 ans et qu’elle entamait sa quatrième année d’études à Sciences Po à Paris, la candidate LREM a participé à des élections étudiantes sur une liste d’extrême-droite où figuraient des proches du GUD.

Sur cette liste portée par le syndicat UED (Union des Etudiants de Droite), son nom côtoyait notamment celui de Christophe Bay, homme de l’ombre ayant entre autres contribué à l’élaboration du programme électoral de Marine Le Pen en 2017. Une contradiction importante pour celle qui devait tenir le premier rôle dans un bis repetita du second tour des présidentielles, en s’érigeant comme rempart face à l’extrême-droite. Un scénario qui avait déjà peu convaincu en 2017, lorsque Macron s’était trouvé face à la candidate du Front National, au vu du taux d’abstention, mais qui perd encore en crédibilité lorsqu’on connaît les accointances passées de Nathalie Loiseau avec ceux qu’elle assure combattre aujourd’hui.

D’autant que la réponse de la candidate n’a pas joué en sa faveur. En effet, après avoir démenti sa participation à ces élections étudiantes sur la liste de l’UED, elle a ensuite feint l’amnésie, déclarant que « pour être tout à fait honnête [elle avait] complètement oublié cet épisode », devant les preuves fournies par Mediapart. Enfin, dans une dernière pirouette, elle a fini par annoncer : « Je regrette d’avoir été associée à ces gens-là ». Pourtant, la suite de sa carrière dans les hautes sphères de l’appareil d’État ne sont pas sans autres scandales.

Accusée par une lanceuse d’alerte d’avoir couvert des détournements de fonds et une agression lorsqu’elle était DRH au ministère des Affaires Etrangères

Dans un témoignage accablant (Nathalie Loiseau m’a tuer), la lanceuse d’alerte Françoise Nicolas qui travaillait dans l’ambassade de France au Bénin il y a une dizaine d’années accuse la Directrice des Ressources Humaines au ministère des Affaires Etrangères de l’époque d’avoir couvert de nombreuses exactions. DRH qui n’était autre que Nathalie Loiseau :

« Nathalie Loiseau, incarnation des baronnies du Quai d’Orsay, est en grande partie responsable de mes malheurs.
Responsable de l’absence d’enquête après mon agression.
Responsable de mon rapatriement disciplinaire sans commission de discipline.
Responsable de l’impunité de l’ambassadeur.
Responsable de la raison d’Etat que m’oppose le ministère des Affaires étrangères pour me priver de l’application des lois de la République. »

En poste à l’ambassade de France au Bénin, chargée de l’attribution de bourses d’études, de stage, des missions, des invitations et de l’organisation d’examens, Françoise Nicolas a dénoncé à partir de septembre 2009 un détournement du budget dont elle avait la charge, un véritable « système de créations de dépenses fictives ». Jugée trop indiscrète sur un fonctionnement obscur bien rôdé, elle est rapidement harcelée moralement, mise au placard, menacée. Sans parler du climat ouvertement raciste qui règne dans les locaux de l’ambassade et qu’elle s’acharne à dénoncer également

Tout s’accélère le 14 janvier 2010 lorsque sa collègue de bureau l’agresse avec un cintre cassé, tente de lui crever les yeux, l’étrangle, avant qu’un agent d’entretien vienne la maîtriser. Une scène traumatisante que Françoise Nicolas a de bonnes raisons de soupçonner être une agression commanditée.

Malgré les preuves accumulées, les témoins, le certificat médical dont elle dispose, il n’y aura pas de suite à cette affaire. Pire, Françoise Nicolas sera accusée d’avoir elle-même été l’agresseuse et sera renvoyée en France, écartée de fait de l’ambassade.

Durant cette période, la lanceuse d’alerte aurait contacté pas moins de 12 fois (dont 10 via des recours judiciaires) un proche collaborateur de celle qui était alors en charge du personnel de l’ensemble des ambassades de France, c’est-à-dire Nathalie Loiseau. « Elle ne pouvait pas ne pas savoir » a déclaré Françoise Nicolas sur le plateau du Media.

Catholique pratiquante, Nathalie Loiseau fait aussi rimer féminisme avec élitisme

Fervente catholique, la tête de liste LREM s’auto-proclame également féministe – drôle d’ironie au vu du mépris qu’elle semble avoir accordé à Françoise Nicolas. Mais le féminisme de Loiseau n’est pas n’importe quel féminisme. Elle revendique haut et fort son image de « self made woman », mère de quatre enfants parvenue à mener sa carrière politique de front. Un parcours qu’on imagine particulièrement difficile pour celle qui possède entre autres un appartement de 190m² à Paris, estimé à 2 millions d’euros…

« Je reproche aux femmes de ne pas être suffisamment ambitieuses, comme moi-même je n’ai pas su l’être au début de ma carrière professionnelle » a-t-elle ainsi déclaré sans honte en 2015, dans une interview accordée à RFI. En d’autres termes, pour Nathalie Loiseau, la condition des femmes serait avant-tout une affaire de manque d’ambition. Le féminisme made in LREM, on le sait, c’est un plus grand nombre de femmes à la tête de l’État et des entreprises, afin de mieux écraser et exploiter toutes les autres, celles « qui ne sont rien ». Et Loiseau ne fait pas faire exception à la règle.

Alors que Macron voudrait que le match des Européennes soit polarisé entre « progressistes » et « réactionnaires », sa tête de liste met à nouveau en évidence le fait qu’entre les deux, la frontière est bien mince… voire carrément inexistante.




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