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Racisme et violences d’Etat

Gestion coloniale

Surenchère répressive à Mayotte : le gouvernement envoie le RAID en réponse aux violences

Le ministre délégué des Outre-Mer, Jean-François Carenco, a annoncé ce lundi 21 novembre l'envoi d'un groupe de policiers du Raid à Mayotte pour réprimer les violences en cours. Les élus locaux jouent la surenchère sécuritaire et xénophobe en évoquant le lien entre immigration comorienne et insécurité.

lundi 21 novembre

Crédit photo : AFP

Depuis quelques jours, l’île de Mayotte, au large de l’Océan Indien connaît d’importants affrontements entre bandes rivales. Notamment à Mamoudzou capitale de l’île et dans ses environs à M’Tsapéré et Kawéni, où un jeune de 20 ans a été tué le 12 novembre dernier. Ces affrontements inter-villageois ont des conséquences dramatiques pour les habitants et les jeunes impliqués qui s’entretuent dans des épisodes de violence extrême. C’est une escalade de violences et de représailles qui semble être en cours sur l’île avec des dizaines d’habitations incendiées et de nombreux blessés.

Dans ce contexte que Gérald Darmanin et le ministre en Charge des Outre-Mer, Jean-François Carenco, ont décidé d’envoyer le Raid, s’inscrivant pleinement dans la gestion coloniale des territoires dits d’Outre-Mer par l’État français. Cette annonce fait suite à la surenchère sécuritaire et aux appels à la répression de la part de nombreux élus de l’île.

Estelle Youssouffa, députée de la première circonscription de Mayotte, a évoqué des « bandes de jeunes mineurs étrangers qui se déplacent par centaines » profitant de la situation pour faire, un lien xénophobe entre rivalités inter-villageoise et immigration comorienne clandestine. Elle a revendiqué « un choc de souveraineté. La prévention tout ça, bla-bla-bla. On est dedans on veut l’armée, le Raid, le GIGN », réclamant ainsi une gestion davantage répressive de la situation.

Le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila, a également joué la surenchère au micro de Mayotte la 1ère expliquant : « nous demandons une intervention forte, urgente et immédiate pour lutter contre ce terrorisme […] parce qu’il s’agit bien ici de lutte contre le terrorisme. »

Face une classe politique locale et nationale qui appelle à plus de moyens pour davantage de répression sur place et qui veulent faire de l’immigration comorienne le principal responsable des violences sur l’île, il est urgent de dénoncer cette surenchère sécuritaire et répressive, énième preuve de la gestion coloniale de l’île par le gouvernement français et ses valets locaux. En effet, il est clair que dans une telle situation, la répression et l’envoi de forces de polices comme le RAID ne feront qu’ajouter de la violence à la violence.

La violence actuelle est le résultat d’une violence économique et sociale qui touche particulièrement la jeunesse de l’île, avec plus de la moitié des élèves qui ne peuvent ni continuer leurs études, ni travailler à leur majorité du fait notamment d’une politique migratoire anti-comoriens des plus répressives.

Plus largement, c’est plus de 77% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté, des minimas sociaux qui sont en dessous de ceux en hexagone (280€ à Mayotte contre 565€ en hexagone), un accès à la santé dégradé et des services publics élémentaires quasi inexistants. Le premier responsable de cette situation c’est bien l’État colonial français et non l’immigration comorienne comme tente de l’avancer certains élus locaux en bons relais du gouvernement et de l’extrême droite.

Seule une mobilisation large des Mahorais.es pour l’amélioration de leurs conditions de vie pourra mettre un frein à cette escalade de violence qui déchire une jeunesse à qui l’hexagone n’a vraisemblablement rien d’autre à offrir que les contingents du Raid.



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