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Politique

Primaire des Républicains

Surenchère xénophobe : Les Républicains veulent un « mur » à la frontière biélorusse

Alors que plusieurs milliers de migrants sont actuellement bloqués à la frontière Pologne-Biélorussie dans des conditions humanitaires désastreuses, différents candidats à l’investiture LR ont affirmé dimanche soir leur soutien à la construction d’un mur par la Pologne, jouant la surenchère xénophobe.

lundi 15 novembre

Crédits photo : AFP

La situation humanitaire à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie demeure catastrophique : 4000 migrants, escortés par les forces de sécurité biélorusses et qui tentent de rejoindre l’Europe sont toujours bloqués, forcés de passer leurs journées et leurs nuits dans le froid, sans accès à des toilettes, et avec des ressources alimentaires limitées. Faisant face à la répression des autorités polonaises, lithuaniennes et lettones qui ont militarisé la zone, et empêchés de regagner la Biélorussie, ils sont livrés à eux-mêmes alors que journalistes et organisations humanitaires se voient interdire l’accès à la zone.

Motivés par la promesse d’un accès plus facile au territoire européen, ces migrants ont rejoint Minsk avant d’être pris en otages par la politique de chantage migratoire du gouvernement de Loukachenko à l’égard de l’Union Européenne. Ce dernier tente en effet d’utiliser la présence de migrants comme un moyens de pression face à l’Europe pour faire lever les sanctions contre son régime.

La semaine dernière, l’extrême-droite s’était déjà saisie de cette situation catastrophique pour déverser sa haine xénophobe. Julien Odoul (RN) avait notamment suscité la polémique en affirmant qu’il fallait laisser mourir de froid les migrants bloqués à la frontière avec le Belarus, et Eric Zemmour en avait profité pour réaffirmer lors de son meeting à Bordeaux que l’immigration était « une forme de guerre ».

« Péril migratoire » et défense de l’Europe forteresse

Dimanche soir, c’était donc au tour des candidats à la primaire de la droite de faire, eux-aussi, dans la surenchère xénophobe et sécuritaire sur le plateau de BFM TV, lors du second débat de leur primaire primaire. Entre discours sur le péril migratoire et défense de l’Europe forteresse, plusieurs candidats à l’investiture LR ont notamment défendu la décision de la Pologne de créer un mur à sa frontière afin de bloquer le passage des migrants, dont au moins une dizaine sont déjà morts dans le froid depuis le début de la crise.

Michel Barnier, ancien négociateur du Brexit, a notamment affirmé que la France devait soutenir la construction de ce mur, afin « de garantir une frontière polonaise solide ». Même avis pour Xavier Bertrand, qui considère qu’il ne s’agit pas seulement de « la frontière polonaise, mais de la frontière de l’Europe ». Faisant un parallèle avec la situation à Calais, celui qui est également président de la Région des Hauts-de-France a prôné une soi-disant « humanité », alliée « à la fermeté ». Une « humanité » exprimée par la défense du mur à la frontière orientale de l’Europe, au milieu des barbelés et des plus de 15 000 militaires déjà déployés pour empêcher hommes, femmes et enfants de rejoindre l’Europe.

Eric Ciotti emprunt lui aussi d’un élan « d’humanisme » n’a pas hésité à brandir le fameux triptyque immigration/sécurité/attentats, comparant les migrants à de potentiels terroristes : « Nous ne devons pas accueillir ces migrants car ce serait céder au chantage, on ouvrirait des brèches partout en Europe […] rappelons que dans ces flux migratoires se sont insérés en 2015 les terroristes du Bataclan ». Pour Valérie Pécresse, « c’est l’existence même de l’Europe qui est en jeu », face « au chantage migratoire » cherchant à « mettre l’Europe à genoux », reprenant la rhétorique belliqueuse pour mieux cacher le désastre humanitaire.

Quant à Hervé Juvin, inconnu de ces primaires, mais pas moins réactionnaire, il a défendu la suspension des accords de Schengen, une entrave supplémentaire à la liberté de circulation, afin de « renégocier avec tous les pays » et d’exclure ceux qui n’auraient pas « la même politique migratoire ».

Exiger l’ouverture des frontières

Cinq candidats et cinq nuances de xénophobie, faisant dans la surenchère sécuritaire et raciste sur les questions migratoires, dans un contexte politique de forte radicalisation à droite, avec la montée du phénomène Zemmour propulsé par les principaux patrons de presse. Pourtant, derrière le langage froid et belliqueux, on parle bien de milliers de vie humaines, prises en étau entre la politique migratoire réactionnaire d’une Europe forteresse - qui n’a pas hésité à fermer ses frontières - et les manœuvres du gouvernement biélorusse de Loukachenko qui instrumentalise ces vies pour servir son régime.

Mais si quelques milliers de migrants mettent à l’épreuve l’Union européenne et ouvrent une crise avec son voisin biélorusse c’est bien parce que celle-ci s’est bâtie sur un projet impérialiste hostile aux populations migrantes, considérées au mieux comme des variables d’ajustement pour les entreprises européennes, alors que ces personnes subissent chez elles les conséquences de la spoliation, des guerres, de la misère dont les principales puissances européennes sont responsables.

C’est précisément la politique anti-migratoire de l’UE qui permet à des dirigeants sans scrupules tels Loukachenko de jouer avec la vie de milliers de réfugiés. Face au sacrifice de la vie de ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, la solidarité de la jeunesse, des travailleurs et classes populaires des principales puissances européennes doit être totale afin d’exiger l’ouverture immédiate des frontières !




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