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Réponse sécuritaire à la crise sanitaire

Surveillance généralisée : à Cannes, des caméras pour contrôler le port du masque

Alors que le gouvernement est responsable pour une bonne partie de la crise sanitaire, ainsi que ses prédécesseurs, puisque le système de santé public a été largement sabordé au prétexte de la rentabilité et de l'austérité, alors que la gestion de crise le révèle inconséquent et incohérent, le seul domaine de stabilité, qui connait même un approfondissement spectaculaire, c'est celui de la répression : le flicage violent des quartiers populaires, l'application stop-covid, et désormais, à Cannes, des caméras à reconnaissance faciale.

mercredi 29 avril

Crédits : VALERY HACHE/AFP

Gouverner, c’est prévoir : le gouvernement aura manqué à l’adage en ce qui concerne la crise sanitaire. Lente à réagir au départ - sauf pour modifier le code du travail - la bourgeoisie essaie de rattraper son retard et son taux de profit en gardant le cap sur les instruments et la méthode qui sont les siens depuis toujours : par la contrainte et la répression afin de remettre les salariés au travail et d’organiser la vie sociale. Les jeux sont faits depuis longtemps : entre financer la recherche au long terme pour éviter les crises telles que celle que nous connaissons et financer des moyens d’assurer le contrôle et la surveillance de l’espace public et privé, la classe dominante avait déjà choisi. Elle continue d’innover sans relâche : à Cannes, des caméras intègrent des algorithmes qui permettent de repérer les personnes qui portent un masque et celles qui n’en portent pas.

Dans son édition du 29 avril, Libération décrit la situation au marché Forville de Cannes : on entre sous condition d’une prise de température et d’un lavage de mains réglementaire, à quoi s’ajoute désormais le logiciel de détection, intégré aux caméras, du port du masque. Pour l’instant, puisque l’obligation du masque n’est pas encore actée, en cas d’absence de masque, les employés de la ville chargés de la sécurité sont avertis par SMS ou par mail de la situation, comme l’indique encore l’article de Libération. Mais si la ville anticipe d’obéir à la législation du déconfinement en se donnant ces moyens de repérage, elle permet aussi, comme souvent dans des situations analogues de crise, de faire l’expérimentation de moyens high-tech de suivi, contrôle et identification - dont le prétexte sanitaire promet d’être vite dépassé par la pénalisation (et donc les amendes) ou par des préoccupations plus globales de surveillance.

On imagine sans difficulté quel marché s’ouvre là pour toutes les entreprises qui se sont spécialisées dans le traçage, la détection, la compilation des données, et à qui la crise sanitaire fournit un prétexte imparable. Si tu veux la paix, prépare des armes de guerre : à défaut d’avoir su produire des moyens de protection ou de traitement, la bourgeoisie se donne des moyens intrusifs de gérer un corps social menaçant, en profitant d’une situation qui lui donne les apparences d’une préoccupation sanitaire, mais qui vise - et de manière remarquable, cette fois, à long terme - à lui donner des moyens pérennes de surveiller massivement et de manière de plus en plus invasive.

Car si la crise a fait connaître massivement quelles sont les priorités de la classe bourgeoise, si elle a révélé que même les rentes colossales des grands patrons ne leur suffisent pas à supporter et à financer le confinement de leurs ouvriers (en 2016 le PDG d’Airbus a perçu 3 633 755 €), elle a aussi montré que la logique du taux de profit ne fait pas une raison économique suffisante pour qu’on accepte docilement d’aller bosser en risquant sa peau. Et quand un ordre social est à court d’arguments et d’illusions, il ne lui reste que la force et la répression. On comprend qu’il est donc plus facile à la bourgeoisie de financer des outils pour conserver ou durcir sa domination que de donner du budget à la recherche médicale qui - c’est bien le problème, mais c’est le nôtre - profiterait à tous.




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